Tu es stressée avant la sortie ?
Mathilde-Marie de Malfilâtre : Je m'en bats les reins ! (Rires) Ça marche, ça marche pas. La publication est déjà une victoire.

Bon, y'a beaucoup d'éléments en communs entre ta vie et celle de l'héroïne. Mais on se doute que tout n'est pas vrai, à moins d'annoncer publiquement un trafic international de stupéfiants.
(Silence) C'est de l'art. Un besoin d'écrire. C'est sorti comme un tir de mitraillette. Luna, c'est une baby-girl, sucrée... Une icône. Une fille des temps modernes. Ça aurait pu être un conte. C'est comme une boule à facettes. Elle renvoie l'image que tu veux voir. Mais c'est avant tout un roman d'amour, policier, politique… C'est allégorique. Vrai ou pas vrai, on s'en bat les reins. Je vais te dire, les choses ne vont pas en rester là. Je ne peux pas t'en dire plus sur moi pour l'instant. Mais je fais un deuxième livre et il y aura beaucoup de révélations.

Ton histoire du conte, j'aime bien. Mais Luna, elle serait autant la princesse en détresse que le prince charmant qui défie le dragon.
Oui, elle a les ovaires bien accrochés. C'est une kiffeuse. Une femme universelle. Même le cul est trash parce qu'il n'y a pas que ça. C'est une fureur de vivre. Il y a un endroit et un envers. Ce n'est pas évident d'être aussi crue.

Tu  parles beaucoup de la génération Babylone dans le livre.
Une génération perdue, de toxicos, née dans un environnement écolo pourrave où on est tous intoxiqués. Mais pour moi, la vie est belle.

Avec ton parcours, on t'aurait plus vue dans le pool d'écriture du Bureau des Légendes.
Que veux-tu ? Je suis une artiste maudite.

Tu penses à la façon dont va être reçu le livre par tes anciens collègues ?
J'assume. Ils vont tomber sur le cul, c'est sûr. Mais je m'en tape. Il y a beaucoup de flics qui deviennent écrivains, mais il y en a aussi beaucoup qui deviennent dealers. C'est plus courant qu'on ne le croit. La drogue, ce n'est ni bon ni mal. C'est la combustion qui fait du mal. Sinon, c'est juste un amplificateur de conscience. Tout peut être une addiction. Les psychotropes sont une manière noble.

Cette approche de la drogue comme une élévation me rappelle Lucie dans le ciel (Tom Verdier, éd. Albin Michel, 2011).
J'ai rien lu depuis des années. Je me suis arrêtée sur Burroughs. Après, j'ai eu un gros trou.

Tu as une écriture très vive. Parfois on dit que quelqu'un écrit comme on parle, mais là, tu écris comme on pense.
C'est un style non-réflexif qui se rapproche de l'écriture automatique. Tu déconnectes. Tu ne cherches pas des tournures de phrases. Un jour, j'ai écrit sur une feuille de PQ au volant parce que j'étais inspirée.

Plus de tripes que de tête ?
Non, l'ensemble. C'est moi. Le moi, il est tout simple. Au final, cette nana est toute simple. À part qu'on a cinq corps dans un. C'est la théorie de la naturopathie que je suis. Il y a le corps de chair, celui d'énergie, le mental, l'émotionnel et le spirituel. Quand tu sens qu'un truc déconne, tu te concentres dans le corps de chair. Parce qu'on est des êtres incarnés.

L'avenir, c'est donc ce nouveau livre ?
Oui, il est déjà écrit. J'espère qu'il va plaire à mon papa. Mon papa, c'est l'équipe de Dilettante. Ils sont fantastiques.

++ Babylone Express, de Mathilde-Marie de Malfilâtre, éd. Le Dilettante, 256 p., 18 €