Ratgrave
La question n’est pas de savoir si nous sommes prêts pour un revival électro-funk, mais bien de savoir comment Ratgrave (soit l’association des Berlinois Max Graef et Julius Conrad) parvient à goinfrer nos iPods (pour ceux qui en ont encore !) et autres bibliothèques Spotify avec des mélodies aussi cosmiques, souvent perchées, qui proposent sans cesse des figures de styles inédites, hyper-efficaces et en même temps assez complexes.
À quoi ça ressemble ? À une jam totalement folle entre Thundercat, Herbie Hancock (période fin 70's) et Kraftwerk. Ça demande un peu d'imagination, mais croyez-nous, le premier album éponyme de Ratgrave, enregistré ces trois dernières années à travers le monde sonne exactement comme ça !
Potentiel de séduction : Beaucoup s’empresseront d’affirmer que l’on se trompe, que Ratgrave n’est ni Thundercat, ni Herbie Hancock, ni même Kraftwerk tant qu’on y est. Ça ne fera que justifier l’extrême conscience que les deux comparses ont de ne pas se mesurer à ces modèles. Après tout, Ratgrave c’est, certes, un héritier impeccablement appliqué, mais c’est avant tout une de ces entités adeptes du jamais-entendu.

Julia
Originaire du Sud de la France, Julia a grandi entre les 45-tours de jazz de ses parents et les mixtapes rap de sa grande sœur. Par la suite, elle a découvert les Fugees, et ça l'a visiblement encouragée à donner de la voix sur des productions concoctées par quelques amis fidèles (Saintard, Terrenoire), et donc à mettre au point ses propres morceaux, qui n’ont rien d’un plaisir coupable.
À quoi ça ne ressemble pas ? Julia a beau surfer sur la même vague que les nouveaux venus du R'n'B à la française (Sabrina Bellaouel, toussa toussa), c’est bien dans la langue de Wallen qu’elle choisit de s’exprimer. Un choix risqué ? Oui, mais parfaitement maîtrisé.
Potentiel de séduction :  On va être honnête : tout notre argumentaire repose pour le moment sur un seul morceau, Dunes, à la fois moderne et hyper sensuel. Les plus sceptiques ont parfaitement le droit de penser que c’est un peu léger, mais il est temps de l’affirmer : avoir un single de cette trempe dans son catalogue, c’est déjà beaucoup !

Rosalía
Les nuits sont chaudes à Barcelone, paraît-il. Un cliché ? En partie seulement à en croire la musique de Rosalía, qui actualise le flamenco et les palmas (claquements de main si caractéristiques de ce genre musical) en flirtant avec la pop, le R'n'B et le hip-hop. Mais aussi en ayant des rêves qui dépassent largement les frontières espagnoles - en témoigne le titre de son premier album, nommé Los Angeles.
À quoi ça ne ressemble pas ? Quelque part entre les grandes voix du flamenco (Carmen Linares ou La Niña de los Peines) et MIA, entre Rihanna et Young Thug, Rosalía, 25 ans à peine, a bel et bien trouvé un point de fusion. Qui n’appartient qu’à elle.
Potentiel de séduction :  En 2017, elle était la seule artiste espagnole nommée au Latin Grammy Awards à Las Vegas. Depuis, Rosalía a fait beaucoup de chemin, balancé des clips à faire mouiller les adeptes des productions léchées, publié des tubes qui transpirent l'été et les nuits sans fin sur la plage (Malamente, Pienso en tu mirá), et s'apprête à publier son deuxième album. Ce sera pour 2019 et vous ne pourrez pas dire que l'on ne vous a pas prévenu.


Easy Life
Le meilleur morceau d’Easy Life s'appelle Ice Cream, mais ce n'est en rien un tube pour l'été et ses chaleurs insoutenables. Non, là, on est en Angleterre, et ces cinq branleurs font avant tout preuve de je-m'en-foutisme, de cette nonchalance propre au working class hero de la middle-class anglaise. Autant dire que la musique d’Easy Life transpire les nuits de défonce à la mauvaise bière et l’ennui des Midlands.
À quoi ça ressemble ? On a l’impression – pas si fausse, peut-être – que les gars d’Easy Life ont tout pour être les nouveaux kings de la musique indie en Angleterre. Pourquoi ? Parce que leurs morceaux suintent par tous les pores le cool de Mike Skinner, les rues crades de Leicester (leur bastion), le goût du vintage (les 90’s ici) et le sens du refrain à la fois amorphe et accrocheur.
Potentiel de séduction :  Après un passage remarqué au dernier Great Escape Festival à Brighton, les Anglais ont balancé deux nouveaux singles début juillet : Frank et OJPL. Les écouter est la politesse que vous devez à vos oreilles.

Trouble
Promis, pour parler de Trouble, on ne va pas vous faire le coup de l’artiste bien entouré. Oui, son premier album (Edgewood), réunit un casting XXL (Drake, Quavo, The Weeknd, Boosie Badazz ou encore Fetty Wap), mais des tas d’autres rappeurs s'associent également à des invités prestigieux sans pour autant convaincre. Ce qui fait la force de ce MC d'Atlanta, salué par André 3000 en personne, c'est non seulement l'impeccabilité de ses productions (majoritairement assurées par Mike WiLL Made-It), mais aussi ces lyrics débitées avec le ton de celui qui en a fini depuis longtemps avec les surprises de l’existence.
À quoi ça ne ressemble pas ? Aux cadors de la scène d’Atlanta : les Young Thug, Future et autres Migos. Ceux qui tendent une oreille à December ou Real Is Rare le savent mieux que quiconque.
Potentiel de séduction :  60% ! Comme le nombre de jours qu'il a passés en prison en fin d'année dernière pour possession de drogues.

Sink Ya Teeth
En soi, Maria Uzor et Gemma Cullingford ne sont pas des jeunes premières. Chez elles, en Norvège, elles ont déjà pas mal bourlingué de groupe en groupe (KaiO ou Girl In a Thunderbolt pour les incollables de la scène scandinave). Sauf qu’aucune de ces formations n’étaient jusqu’à présent tombée dans nos oreilles (les miennes, du moins). Ce qui n’est heureusement pas le cas de Sink Ya Teeth, qui devrait ravir les nostalgiques de LCD Soundsystem et ESG.
À quoi ça ressemble ? On vient de le dire, à LCD Soundsystem et ESG, tant dans la mélodie (cet éternel punk-funk apte à faire groover n’importe quel unijambiste) que dans la mélancolie. Normal, après tout, pour deux femmes qui disent vouloir «explorer la fragilité de l'être humain» et qui chantent, dans If You See Me, «I feel a little depressed / A little melancholy at best».
Potentiel de séduction :  En Angleterre, les deux amies ont été repérées par le Guardian, en Amérique par Pitchfork et en France par Brain : est-il nécessaire d'en rajouter ?

070 Shake
À seulement 20 ans, 070 Shake n'a jamais été du genre à céder à la facilité : elle a fondé un collectif d'artistes (070), a pour manageuse une vedette des réseaux sociaux (YesJulz), a balancé plusieurs mixtapes, collaboré avec divers artistes du New Jersey (d'où elle est originaire) histoire de les faire connaître et a affirmé, depuis sa signature chez G.O.O.D. Music, vouloir devenir l'égale de Freddie Mercury.
À quoi ça ne ressemble pas ? Aux différents albums produits par Kanye West en juin dernier. Celui de 070 Shake (Yellow Girl) est censé paraître en début d'année prochaine et devrait laisser transparaître quelques inclinaisons funk. De quoi semer encore plus la pagaille dans l'esprit de journalistes cherchant à tout prix à ranger l’Américaine dans une catégorie bien définie.
Potentiel de séduction :  Forcément élevé quand on est signé sur le label de Yeezus et que l'on apparaît sur deux de ses derniers grands projets : son album solo (YE) et celui de Pusha T (Daytona).

DJ Khalab
Raffaele Costantino, aka DJ Khalab, est de cette catégorie de producteurs dont sortent les idées nouvelles, les initiatives et les expérimentations si nécessaires à l'exaltation d'une nouvelle scène - italienne ici, même si ses influences sont à chercher ailleurs : dans les sons ancestraux d'Afrique noire, dans la house et dans un free jazz déchainé, apte à transcender les foules.
À quoi ça ressemble ? On l'a dit, DJ Khalab vient d'Italie, mais c'est bien à la folie de la scène jazz londonienne actuelle qu'il emprunte son énergie et son ouverture d'esprit. Sur le morceau-phare de son dernier EP (Zaire), Dense, il invite même le chef de file de cette nouvelle meute anglaise : l'hyperactif Shabaka Hutchings.
Potentiel de séduction :  Ce n’est pas en cultivant le mystère autour de lui que DJ Khalab risque de convaincre les foules européennes, mais, comme le rappaient Ali et Booba en 1997 : «les vrais savent». Et ça semble parfaitement lui suffire à ce bon vieux Raffaele Costantino.

Hatchie
Il y a un an, le jour de son 24ème anniversaire, Harriette Pilbeam (appelez-la Hatchie) envoyait à Triple J Unearthed (un concours de talent australien, qui a notamment boosté les carrières de Courtney Barnett et Flume) Try, un titre qu'elle venait à peine de composer et qui lui permet d'emblée d'être sollicitée par tout un tas de managers et producteurs locaux. Mais pas que : l'Australienne est également repérée par les Anglais d'Heavenly Recordings (Beth Orton, Baxter Dury, Mattiel), qui la signent et lui permettent de publier son premier EP, Sugar & Spice.
À quoi ça ressemble ? Disons-le franchement, la musique d’Hatchie se présente sous la forme d'une pop à l'ambition et à l'esthétique assez identifiées. Sure, par exemple, doit autant aux envolées vocales d’Elizabeth Frazer (Cocteau Twins) qu’aux riffs abrasifs de My Bloody Valentine ou au romantisme d’une dream-pop jamais aussi séduisante que lorsqu’elle paraît si évidente, taillée dans l’étoffe dont sont fait les tubes.
Potentiel de séduction : Les cinq titres de Sugar & Spice parlent systématiquement d’amour, mais sans naïveté, ni niaiserie. Hatchie dit ne pas vouloir répéter cet exercice à l’infini, mais ça semble pour le moment lui convenir à la perfection. Et, franchement, ça nous convient amplement !

Kobo
Depuis sa Belgique natale, Kobo connaît ses classiques, et c'est tant mieux. Le titre de ses différents morceaux ? What's my name ? (coucou Snoop !), All Eyes On Me (salut 2Pac !) ou encore Baltimore, son dernier single en date, ouvertement inspiré par The Wire. Pour le clip, du moins. Le texte, lui, se veut nettement plus introspectif : «Quoiqu’il arrive j’me donne au maximum / J’pourrais pas m’contenter du minimum / Je cherche les pesos comme à Baltimore / Bloqué entre mes raisons et mes torts.»
À quoi ça ne ressemble pas ? Hormis le fait qu’ils se connaissent tous et qu’ils enchaînent les collaborations les uns avec les autres, impossible de rapprocher esthétiquement Roméo Elvis de Caballero & Jean-Jass, Isha de Damso ou d’Hamza. Kobo respecte donc la logique et élargit encore un peu plus les horizons de cette fameuse «nouvelle scène du rap belge».
Potentiel de séduction : Dans une interview pour Booska-P, Kobo, fraîchement signé chez Polydor, se veut très clair : «Je ne me considère pas vraiment comme un rappeur, mais plutôt comme un artiste. Je me dis que ça ouvre le champ des possibles. C'est bien de toucher un petit peu à tout.» C’est encore mieux de toucher un peu tout le monde. Ce qu’il ne devrait pas tarder à faire.