Les temps sont durs pour nos amis chasseurs. À la rentrée 2018, ces soldats de la nature ont comme d’habitude été lâchement pris pour cible, après avoir obtenu deux-trois maigres avantages auprès de Macron (la baisse de 50 % du prix du permis national de chasse, entre autres). Et une fois de plus, des millions d’honnêtes gens, amoureux de l’environnement et passionnés par la régulation de la biodiversité, ont été calomniés par une armée de lobbies écologistes ; tout cela renforçant indirectement l’image du gros beauf stupide, un peu rustre et alcoolique.

Mais n’écoutez pas les extrémistes environnementalistes et autres agitateurs végans : contrairement aux stéréotypes diffusés par l’Ennemi, le chasseur a autre chose à faire que de se gratter le pétard avec le canon de sa carabine en picolant de la villageoise. À l’ère de l’internet mondialisé, voici venue la mode des vidéos Catch N’ Cook : des espèces de vlogs où de courageux vidéastes partent seuls dans la nature en quête de gibier, n’écoutant que leur instinct de prédateur, leur soif de pouces bleus, mais surtout leur faim tout court. Car le YouTubeur-chasseur ne fout pas une bonne branlée gratuitement aux nuisibles qui auraient le malheur de croiser son chemin ; quitte à tuer des bestioles (la partie « attraper »), autant les ingurgiter et ne pas faire de gaspillage (la partie « cuisiner »).

Dessouder de l’alligator au cutter
Voilà pour le concept. Pour avoir une idée un poil plus concrète du truc, il suffit de jeter un coup d’œil à Deer meat for dinner. La chaîne – sans doute la plus populaire du genre avec plus d’un million d’abonnés – et son créateur Robert Arrington suintent l’Amérique, la vraie. Côté maison, ce bon père de famille, un peu bedonnant mais franchement sympathique, se lève super tôt tous les matins pour taffer en tant que capitaine sur un gros bateau de pêche, pendant que sa femme Sarah s’occupe toute la journée de leur bébé, Emma. « Fier de subvenir aux besoins de sa famille » parce que « tout le monde dépend de [lui] », il possède également un vieux ranch en Floride, dans lequel il compte bien élever ses enfants et ses trois chiens loin des villes. 

Côté chasse, Rob reste sensiblement le même homme. Juste un type comme un autre qui, traînant péniblement chaque jour que Dieu fait son écrasante paire de testicules au contact du monde animal, rappelle qui est le patron. Au cœur des bayous, Arrington enchaîne les headshots face aux alligators, dont il récupère les œufs et le cadavre encore chauds en plongeant torse nu dans l’eau. De retour chez lui, Robert nous démontre aussi de A à Z comment dépecer et désosser le reptile dans son jardin, sur un air de banjo. Si jamais le tuto vous intéresse, sachez qu’il suffit de se munir d’un short cargo, d’un petit couteau bien affûté, d’un cutter, d’une quantité raisonnable d’eau de javel, avec une bonne après-midi devant soi. Sinon, à part frire du croco à la poêle, le vlogueur subvient également aux besoins en vitamines de son clan en mijotant du sanglier chassé avec un arc et des flèches, ou encore de la soupe de tortues fraîchement hameçonnées ; tout en n’omettant jamais l’essentiel, avant d’avaler les proies : prier en famille, autour d’une canette de Coca. Amen.

Des recettes simples et gratuites pour assaisonner un bébé ours écrasé par une caisse
Qu’il s’agisse de se farcir des poissons-chats géants, des requins à la canne à pêche ou des arthropodes marins préhistoriques, le Catch N’ Cook se passe en grosse partie dans la flotte. Juste un dernier exemple : l’Australien Caleb Wolff qui, seul et pieds nus, survit une nuit dans la mangrove en becquetant du crabe au citron (avec tout de même l’aide d’un briquet, après s’être brûlé les mains en tentant d’allumer un feu avec une ficelle et un bâton). Mais l’habitat naturel du YouTubeur-chasseur s’étend jusque sur la terre ferme, au cœur de nos forêts. Et dans la veine survivaliste, c’est Chris Leclair qui pousse la chose le plus loin, sur sa chaîne The Wooded Beardsman. Basé dans l’Ontario, le Canadien théorise toutes ses vidéos sur le même principe : vivre comme un chasseur-cueilleur à l’ancienne, et tuer de la protéine non pas pour le plaisir, mais pour bouffer et éviter au maximum de traîner au supermarché. 

Au milieu des bois, le barbu nous explique donc comment grignoter des os avec une hache « comme un homme des cavernes », cuire de la bidoche dans de la boue et réchauffer un bout de renard mort congelé, qu’il a coincé par mégarde dans un piège à lièvre. Et quand il ne fume pas un lynx à la carabine, il arrive aussi à notre trappeur de faire rôtir un bébé ours trouvé sur le bas-côté d’une route, après s’être vraisemblablement fait fracasser par un automobiliste. Dernière recette sympa à noter si vous aimez la cuisine traditionnelle : le porc-épic calciné dans la braise, dont la viande a selon Chris le goût de rosbif. Au passage, assurez-vous bien d’être en présence d’enfants en bas âge pour regarder la vidéo (la scène où la dépouille se fait ouvrir le bide a dû paraître tellement gore que 80 % de l’écran s’est au final fait flouter).

Chasse aux rats en slow motion
À ce stade, peut-être êtes-vous en train de vous questionner, perplexe : « Tout cela est bien marrant mais comment vais-je pouvoir m’en inspirer à mon petit niveau, en tant que simple citadin, et adopter les principes de la chasse survivaliste dans ma vie de tous les jours ? ». Pas de panique, la réponse se trouve sur la chaîne de Shawn Woods, un gars apparemment passionné par les tapettes à souris. Avec un rythme de bien trois-quatre vidéos par semaine, mettant à chaque fois en scène un nouveau piège inventé par le vidéaste, autant dire que – si vous habitez Paris – vous serez vite fait opérationnels pour affronter l’infestation de rats qui pullulent en ce moment dans la capitale. Au choix, vous pourrez apprendre à flinguer une souris avec un revolver, génocider 1000 guêpes d’un coup, trucider 11 rongeurs en un rien de temps en les noyant dans un seau d’eau, et même buter une taupe (oui, c’est mignon mais rappelons que le monde sauvage est injuste, seuls les plus forts méritent de vivre).

Reste le meilleur pour la fin, dans la plus pure tradition du Catch N’ Cook : la vidéo Cuisiner et manger des rats, dans laquelle Shawn trucide de la vermine à coups de gros caillou dans la tronche avant de la faire griller en brochette au barbeuk'. Voilà, vous êtes fin prêts à survivre et défendre votre territoire, tout en vous faisant de bons petits plats à déguster seul ou entre amis. Et si jamais, vous avez besoin de vous faire la main avant de partir au combat, YouTube possède aussi une collection remarquable de compilations vidéos de rats se faisant sniper au fusil d’airsoft, avec de magnifiques séquences en slow motion. Bonne chasse, et bon appétit bien sûr.