Parce qu'elle n'avait que son talent et sa joie de vivre
L'histoire de Dolly Parton – comme celle de Jésus – démarre dans une pauvre petite maison de bois, sans eau ni électricité, à Locust Ridge, trou du cul du monde niché au pied des Smoky Mountains dans le Tennessee. C’est dans cette presqu'étable que naît, par un froid soir de janvier 1946, Dolly Rebecca Parton, quatrième enfant d'une fratrie de douze. Elle est la fille d’Avie Lee Caroline, femme au foyer, et de Robert Lee Parton... charpentier. La légende raconte qu’ils étaient si pauvres qu'ils payèrent le médecin venu pour l'accouchement avec un sac de maïs. Dans Coats of Many Colors, Dolly résume en quelques couplets cette enfance de misère à Ploucland, passée à déambuler en guenilles dans la poussière sans manteau ni chaussures sous les quolibets de camarades encore plus ploucs qu’elle. Elle raconte aussi l'amour de sa mère, qui l’a protégée de la honte et lui a donné confiance en elle. La fillette grandit donc pauvre mais aimée dans sa famille de crèves-la-dalle où la musique circule beaucoup. C’est à l’église, où ils sont tout le temps fourrés, que Dolly commence à chanter, à 6 ans. À 7 ans, elle se fabrique une guitare ; à 8, son oncle Bill, musicien, lui en offre une vraie, et à 10, elle commence à tourner dans des radios locales. De fil en aiguille, elle est bookée au Grand Ole Opry à Nashville, le show country des spécialistes. En coulisses, l'ado de 13 ans angoisse sévère, mais une fois sur scène, son talent convainc aussitôt la foule, qui en redemande. La fillette qui avait « toujours eu l'impression d'être différente » vient de trouver son chemin. Backstage, elle rencontre Johnny Cash (ouais), qui lui conseille de toujours suivre son instinct. Alors elle termine son lycée et, en 1964, le lendemain de la remise des diplômes, Dolly monte dans un bus et part pour Nashville.

Parce qu’elle a su s'imposer dans un milieu d'hommes
À Nashville, capitale de la country et du business testostéroné, il faut seulement deux ans à Dolly pour se faire connaître et sortir Dumb Blonde, un single au message clair : « Just because I'm blond / Don't think I'm dumb ». Le titre attire l'attention de Porter Wagoner, producteur aux effrayants costumes strassés du Porter Wagoner Show, l'émission country du moment. Il l’embauche pour cinq ans comme « girl singer » et, flairant le bon filon, investit à 50% dans sa boîte d’édition. Pendant ces années, Dolly enchaînera les duos à succès avec Porter tandis que ses propres morceaux passeront inaperçus, et elle apparaîtra la plupart du temps en potiche à belle voix « chaperonnée » par un homme. Pourtant, de plateaux de télé en salles communales, elle devient experte dans l’art de donner au public ce qu’il attend tout en imposant sa musique, son rire espiègle et sa voix claire. Le fait d’être exposée aux blagues lourdingues de ses camarades de tournée lui permet aussi de développer un sens de la répartie qui deviendra légendaire. Elle créera même ses propres « boob jokes », pour installer  une distance ironique avec son personnage d’hyper-femme et son statut d’objet sexuel comme le fameux : « I wanted to be the first woman to burn my bra. But it would have taken the fire department four days to put the fire out ! ».

Dès 1971, Dolly prend une place de plus en plus centrale dans l’émission de Porter grâce à sa reprise féminisée et vénère de Mule Skinner Blues, mais aussi grâce à Joshua, l’histoire tout aussi vénère d’une fille pas farouche qui s’aventure seule chez un hillbilly fort méchant – un chanson qui dit qu’elle n'a peur de rien, et surtout pas des hommes. Sortent encore Bargain Store, hymne aux femmes bafouées et Love is Like a Butterfly, bijou hippie, mais c’est Jolene, en 1973, qui va tout changer : dès sa sortie, le titre est un tube et bat des records jusqu’en Angleterre. Dolly décide alors de quitter son mentor pour se lancer en solo. Têtu, il refuse d’abord ses arguments. Alors, un soir, elle écrit I Will Always Love You, une chanson qui proclame : « Ce n’est pas parce que je pars que je ne t’aime plus. Je t’aimerais toujours mais je quitte la partie. » Le lendemain, elle la lui chante. Il est si ému qu’il se met à pleurer et qu’il l’autorise finalement à partir... tout en gardant la moitié de ses droits d’édition.

Parce qu’elle a dit non à Elvis
I Will Always Love You devient numéro un en juin 1974, et le morceau est si puissant qu’Elvis en personne se propose de le chanter. Mais lorsque son agent explique à Parton que si elle est intéressée, il faudra, là encore, qu’elle renonce à 50 % des droits, elle refuse : elle l’a écrite, chantée, publiée. Pourquoi faudrait-il qu’elle en cède la moitié ? Elle en pleure toute une nuit – il s’agit d’Elvis tout de même – mais elle tient bon. En 1992, pour le film Bodyguard, Whitney Houston en propose la version grandiloquente et désagréablement outrée qu’on connaît, ôtant à la chanson toute sa tendresse originelle. Quoi qu'on en pense, le morceau deviendra l’un des singles les plus vendus de tous les temps. Parton a déclaré avec humour qu’elle ne regrettait pas d’avoir dit non à Elvis car avec l’argent gagné grâce à cette reprise, elle aurait pu s’acheter Graceland.

Parce que Hollywood a adoré son personnage de bimbo cheap à gros cerveau
Dolly veut aller vers la pop, mais ce crossover est délicat car il faut que l’intelligentsia artistique de Los Angeles éprouve du respect et non de la pitié pour la musique et l’image de Parton. Elle contacte alors Sandy Gallin, l'influent manager de Cher. Ensemble, ils décident de faire monter en intensité le personnage que Dolly a commencé à créer. Ce personnage – un idéal du glamour tel qu’imaginé par une fermière à partir du catalogue Frederick’s – contient sa propre solution : pour éviter toute moquerie, il s’agira de faire de tout ce qui pourrait être ridicule (perruques, poitrine opulente, clinquant) quelque chose d'assumé. Ce qui offre des tas de possibilités à Parton  : elle n'a qu'à s’appuyer sur les figures les plus vulgaires et/ou artificielles de la culture populaire - de Mae West à Daisy Mae (de la BD Lil’ Abner) en passant surtout par la hillbilly tramp, la « pute white-trash » qu'elle croisait enfant quand elle allait en ville, qu'elle trouvait si belle et à qui elle s'était vraiment promis de ressembler – pour expliquer ses choix vestimentaires singuliers. Ainsi, ils ne pourront passer que pour du second degré ou de l’ironie. Pour contrebalancer cette artificialité assumée, cette féminité fabriquée, elle forcera le trait de l’« authenticité » avec des récits sur son enfance et la vie simple des gens de la campagne. Elle dira ce qu’elle pense « franchement », mais avec profondeur. Cette stratégie de com’, qui correspond à sa personnalité profonde, va s’avérer très efficace et, tout au long de sa carrière, elle s’appuiera sur cette dialectique du « real versus fake » pour asseoir sa crédibilité et marquer les esprits.

dollyparton2 (1) (1)En 1977, encore grâce à la vision de Gallin, Parton sort Here You Come Again, le titre qui la fait basculer du côté des superstars : l’histoire d’une femme abandonnée qui pardonne (« Here you come again / Just when I've begun to get myself together ») sur une musique qui ressemble un peu, avec son piano plink-plink, à une mélodie des Carpenters. Le single et l'album sont un succès, s’exportent en Europe et valent à Dolly un disque de platine. Avec l'argent gagné, elle engage une procédure contre Wagoner et récupère enfin ses droits d’édition. La même année, pour la promo de son disque, Parton passe chez Barbara Walters, la journaliste « sérieuse » de l’époque. Cette interview aura un impact considérable sur la staritude de Parton et contribuera à installer son personnage dans l’imaginaire des élites intellectuelles et artistiques. Dolly, adorable en combi turquoise et fleur dans les cheveux, y applique avec une exceptionnelle intelligence la recette « real versus fake », ce qui la rend follement sympathique et désirable, les urbains lettrés découvrant que leurs campagnes n’engendrent pas que des consanguins dégénérés. Quand Walters lui lance, culpabilisante : « Vous êtes magnifique au naturel (“real”). Pourquoi ces artifices (“fake”)? » Parton, répond, sûre d’elle : « C'est un choix , je ne veux pas  ressembler à tout le monde (“real”). Être à la mode, tout le monde peut le faire (“fake”). J'ai décidé que je voulais attirer l'attention en étant différente. Je voulais qu’une fois le choc passé à propos de mon accoutrement (“fake”), les gens m'apprécient pour ce que je suis, ma vision du monde, ma musique, qu’ils se rendent compte que je suis réelle (“real”). »

C’est cette fabuleuse manière d’être qui  lui ouvrira les portes de Hollywood. Elle jouera notamment en 1980 dans le jouissif 9 to 5 (dont elle compose la chanson-titre, hymne cool à tous les travailleurs anonymes), l’histoire de trois secrétaires (avec Lily Tomlin et Jane Fonda) qui s’allient pour dézinguer leur con de patron. Viendront ensuite La Cage aux poules (1982), l’histoire d’un bordel dont elle est la tendre et mae-westienne « Madame », Steel Magnolias (1989), dans lequel elle interprète une coiffeuse sympa du Sud des États-Unis, et beaucoup plus récemment Joyful Noise (2012), où elle joue une vieille peau peroxydée qui cherche des noises à Queen Latifah. Ce qui est intéressant dans ces films, c’est que Parton y joue à chaque fois et à peu de choses près – on change quand même son nom – son propre rôle. Ce qui signifie que son personnage est quasi-instantanément devenu un trope dans la fiction et la culture populaire américaine. Qui d’autre peut en dire autant ?

Parce qu’elle n’a pas attendu Judith Butler pour mettre en scène son genre
À l’instar de Leigh H. Edwards, auteur de Dolly Parton, Gender and Country music (Indiana University Press, 2018), on peut dire que Parton, en donnant à voir ce personnage à la féminité exacerbée et stéréotypée, et en insistant sur son artificialité (perruque, faux seins) « performe » bel et bien son genre, et que, ce faisant, elle souligne combien la féminité est socialement construite. Et c’est déjà super. Mais aussi que, en incarnant jusqu’à l’outrance, tantôt la traînée white-trash cheap et vulgaire, tantôt la bécassine innocente de la campagne, Dolly souligne et dénonce les stéréotypes de genre qui minent la culture country et la culture populaire en général. En associant ces deux topoï dans son personnage, en mettant à jour leurs aspects caricaturaux et en jouant à les mélanger, elle les rend visibles, risibles et donc moins limitants. Mieux, cette critique des stéréotypes de genre se double d’une critique implicite de classe : en incarnant avec panache une féminité white-trash méprisée et culturellement dévalorisée, Parton questionne le statut dominant d’une féminité middle-class plus lisse et plus domestiquée, réhabilitant du même coup l’honneur piétiné des femmes de la classe ouvrière. Et toc. D’autant plus qu’elle ne s’est jamais enorgueillie du qualificatif de « féministe », alors qu'elle a été un modèle d’émancipation pour de nombreuses artistes et de nombreuses femmes des milieux ruraux et/ou ouvriers.

Parce qu’elle a dit : « If I hadn’t been a woman, I would have been a drag queen »
En raison de ses récits sur le rejet et la pauvreté, de son optimisme dans l’adversité et de sa réussite à devenir elle-même, Dolly a, dès les années 70, été un modèle pour les groupes marginalisés et pour la communauté queer, qui l’adore aussi pour ses chansons pleines d'espoir, sa campitude absolue, ses 365 perruques et son business de perruques (Wigsbuy), ses faux-seins, ses sorties hilarantes et aujourd’hui ses tweets. Et elle prend son rôle d’icône gay très à cœur en se positionnant en soutien inconditionnel des LGBT (« J’ai dû me battre toute ma vie (…) juste pour être moi-même. Je pense que tout le monde devrait être autorisé à être qui il est et à aimer qui il veut », Billboard, 2014) mais aussi en médiatrice de la cause dans des endroits pas très djendeur, comme le Tennessee, où le mariage homosexuel n’a été autorisé qu’en 2015 (« Je pense que les gays devraient être autorisés à se marier. Ils devraient avoir le droit de souffrir comme nous les hétéros, haha ! », Daily Mail, 2014). Par ailleurs, Dolly est la bonne fée des drag-queens. Elle ne tarit pas d’éloge sur elles et prétend avoir perdu à un concours de drags où tout le monde était habillé en elle. En concert, elle change les paroles de Jolene en « Drag queen, drag queen, drag queeeeen ! », allant jusqu’à déclarer : « If I hadn’t been a woman, I would have been a drag queen ». Enfin, Parton a aussi été l’un des porte-voix de la cause transgenre en composant Travelin’ Thru, la chanson de Transamerica (2005), et a même été pour cela récompensée d’un Oscar.

Parce que Jolene est une une chanson queer
Comme le démontre la chercheuse Nadine Hubbs dans un article intitulé « “Jolene,” Genre, and the Everyday Homoerotics of Country Music », et comme largement pressenti, Jolene présente un étonnant sous-texte homo-érotique : cette chanson – et le thème qu’elle aborde – s’inscrit dans un sous-genre très codifié de la country qui s’appelle le « cheating song » ou « the other woman song » : une chanson dans laquelle une femme trompée ou sur le point de l’être, dit grosso modo à sa rivale, via des couplets agressifs, des métaphores senties et des riffs offensifs, qu’elle est moche, qu’elle est une pouffiasse finie et que si elle continue, elle pourrait bien se prendre un gnon ou deux (voir Fist City, de Loretta Lynn). Un genre qui encourage donc les femmes à entrer en compétition pour les hommes, dans une tradition tout à fait phallocrate de l’americana.

Sauf que dans Jolene, rien ne se passe ainsi : d’abord, il ne s’agit pas de menaces flippantes sur fond de guitare vénère mais d’une douce supplication en forme de rhapsodie  Jolene, Jolene, Jolene, Jolene, I am begging of you please don’t take my man »). Ensuite, plutôt que de dénigrer sa rivale, la narratrice de Jolene loue au contraire sa beauté Your beauty is beyond compare / With flaming locks of auburn hair/ With ivory skin and eyes of emerald green / Your smile is like a breath of spring / Your voice is soft like summer rain / And I cannot compete with you Jolene ») en termes plus qu’élogieux, avec des images poétiques qui parlent de sensations physiques (le feu, le vert vif des émeraudes, la caresse de la pluie) et relèvent plus du poème d’amour que de la menace. Enfin, la répétition du prénom tout au long de la chanson évoque davantage la fascination pour la rivale que le désir de la voir disparaître. Bref, vous l’aurez compris : dans Jolene, Parton transforme la traditionnelle rivalité hétérosexuelle féminine en rêverie homo-érotique. Bien sûr, on peut toujours minimiser en arguant que la narratrice se met simplement à la place de son amant et regarde Jolene avec ses yeux désirants mais, même ça, c’est déjà plutôt gender-bending, puisqu’une femme se met dans la peau d’un homme. Pour conclure, on vous laisse méditer sur le très bottom : « I had to have this talk with you / My happiness depends on you / And whatever you decide to do, Jolene ».

Parce qu’elle est complètement mégalo mais que c’est un ange
En plus de ses chansons qui ont déferlé sur le monde comme une grande pluie d’amour, miss Parton a aussi beaucoup donné à son entourage, à sa communauté rurale et à ses fans. Dollywood, le parc d’attraction qu'elle a racheté près de chez elle en 1986 et l’hôtel qu’elle y a greffé – le Dream More Resort – est la structure qui génère le plus d’emplois (3 000) et le plus d'argent dans cette région car chaque année, pas moins de 3 millions de visiteurs s'y pressent. Alors oui, c’est un peu stressant, cet hôtel où l’on croise sa photo partout, angoissant, ce parc avec un hologramme d'elle et des boutiques par dizaines où l'on n’achète que des produits Dolly, du self-help book au sandwich. Mais de nombreuses familles vivent de cette manne. Dans le registre bonté, Dolly s’est aussi toujours montré exemplaire avec ses fans, ne rechignant jamais à signer un autographe, à donner une interview ou à réconforter une âme en peine croisée ici ou là. Pour beaucoup, elle serait même un genre d’être céleste venu sur Terre pour aider l’humanité et à qui il ne manquerait que des ailes. C’est en tout cas l’impression qu’elle donne à Jane Fonda, qui déclare à Rolling Stone en 1980 avoir fondu pour elle sur le tournage de 9 to 5 : « Dolly's not political, but her heart, her instincts – she's just on the side of the angels ».dolly2pleine-page--bisParce qu’elle est restée prolote 
Ce qui achève de nous séduire, c’est la manière dont Parton est, au fond, restée la fille de ferme qu’elle a toujours été, et qu’elle l’assume. Quand on lui demande ce qu’elle aime faire quand elle ne chante pas, elle répond que son plus grand plaisir, c’est de partir en camping-car avec son mari Carl Dean, ou de manger une bonne grosse patate gratinée au four. «
Je suis fière de mon background white-trash. C'est quelque chose qui vous rend humble, qui vous rend bon. Et peu importe à quel point vous avez lutté pour vous en extraire, si c'est ce que vous êtes au fond, ça finit toujours par ressurgir à un moment ou un autre », concède-t-elle au Southern Living en 2014, après plus de cinquante ans de carrière, des millions d’albums vendus et une étoile sur le Walk of Fame. Il est en effet des moments où l’on voit affleurer chez elle cette vulnérabilité de classe, et ils sont irrésistibles parce que cette femme semble alors oublier qu’elle a un jour été la reine du monde.

Par exemple à Glastonbury en 2014, où elle est persuadée que les hipsters qui sont là ne sauront pas qui elle est. Elle déboule sur scène dans une tenue pailletée, stressée comme jamais avec un pauvre : « Hello Glastonbury, vous vous amusez bien ? » et démarre Jolene à moitié rassurée. Mais le trac se dissipe vite quand les 170 000 personnes présentes ce jour-là reprennent en choeur avec elle son si célèbre refrain. Autre scène : celle de son discours devant la promotion 2009 des diplômés de l'Université du Tennessee. La bimbo de 70 ans, en robe saumon et talons de douze, essaie de faire un speech correct devant un parterre de gens qu’elle imagine, à tort, tous plus éduqués qu’elle. Elle introduit plutôt bien avec, toutefois, des blagues qu’on entend peu dans les amphis de fac, puis déroule ses « conseils à un jeune ». Selon elle, il faut : 1) rêver plus, ne jamais blâmer personne pour ses échecs ; 2) lire plus, travailler dur et savoir saisir sa chance ; 3) faire plus, ne pas juger les gens, tenir ses engagements, se présenter sous son meilleur visage et... arriver à l’heure. Ça frémit dans les rangs, car, alors que jusque-là, elle donnait le change, Dolly vient malgré elle de trahir ses origines sociales : chez les pauvres, on met un point d’honneur à arriver peigné, propre et à l’heure. La situation devient bizarre et Parton le sent. Alors, plutôt que de trop s’enfoncer, elle saisit sa guitare et se met à chanter Try, une chanson si naïve mais si émouvante qu’elle vaut bien tous les discours du monde : « I've always been a dreamer / And dreams are special things / But dreams are of no value / If they're not equipped with wings / So secure yourself for climbing / Make ready for the flight / Don't let your chance go by / You'll make it if you try ». Et là, bêtement, j’ai sangloté devant mon écran.

Dessins : Stéphane Manel