Capture d’écran 2018-10-04 à 16.48.04

Tapez dans le branding Made in France à papa

Si les blases sans voyelles ont connu leur heure de gloire (BRNS, MNNQS, SBTRKT, MSTRKRFT), la tendance est en net recul. Non seulement, on pourrait vous confondre avec un MC afro-trap mais la moitié du public n'arrivera pas à prononcer votre nom sans postillonner sur leur date. Afin d'éviter cette expérience client déceptive misez plutôt sur des valeurs refuges qui rappellent la France à papa, qui rallieront à votre cause tous les hipsters porteurs de marinière et qui ne jurent que par le Slip Français pour assurer le maintien de leurs bijoux de famille. Chaton et Voyou l'ont bien compris, les petits mots mignons de la langue de Molière vous garantissent un capital sympathie et peuvent rameuter sur votre Bandcamp des vieilles personnes qui ont dû mal à s'y retrouver avec les moteurs de recherche. Allez plus loin dans le côté caresse et tendresse et évoquez au client son enfance, que ce soit sa pause goûter (Petit Biscuit, Pomme, Miel de Montagne) ou carrément son stade oral (Tétine, King Doudou). Le côté dark et déprimant peut lui aussi fonctionner, à l'instar d'Usé, Savon Tranchand ou Strasbourg (si, l'Alsace, c'est dark et déprimant) mais vous cantonnera à un succès d'estime. Après tout, qui a le plus de thune ? Les indolents bobos du Canal St Martin ou les vrais rockeurs torturés qui s’automutilent avec des tessons de bouteilles dans des squats autogérés ? Hein ? Bon. Les jeux de mots grivois comme M.A Beat, les dignes héritiers des Beataucue, pourront vous attirer la sympathie mais risquent de saper votre fragile crédibilité. Enfin, le redoublement semble une stratégie marketing efficiente, agissant comme un mantra hypnotisant le public. La réussite d'Agar Agar ou Hyphen Hyphen en témoigne. Dans le doute, pourquoi ne pas tout combiner et vous appeler "Chat Beat Chat Beat" ?

Capture d’écran 2018-10-04 à 16.17.04

Pour le matos,  faites les crevards

Avec votre RSA, cela risque d’être compliqué d'acheter les guitares et les synthétiseurs vintage qui feront de vous la nouvelle sensation électro-pop. Surtout que si pour vous un Roland Juno, c’est le petit comédien qui souffre de calvitie dans Le Père Noël est une ordure (vous l'avez ?), il y a des grandes chances que vous vous fassiez arnaquer dans les grandes largeurs. Néanmoins, plusieurs options s’offrent à vous : vendre un rein sur le dark web pour vous acheter une TB 303 ou recruter un contorsionniste du Cirque du soleil façon Ocean’s Eleven pour aller braquer le studio d’Arnaud Rebotini. Si vous choisissez cette option, ne vous faites pas prendre, le DJ a beau avoir l'air d'un gentil nounours, il peut très bien enfoncer toute sa collection de vinyles Batcave dans votre rectum. Plus safe, notre conseil est de vous inspirer du plus grand héros français depuis Jean Moulin, je veux bien sûr parler de Louis La Brocante. Le groupe Forever Pavot, qui a réalisé un album uniquement réalisé avec des instruments trouvés sur Le Bon Coin, et Jacques l'ont bien compris : la récup', c'est l'avenir. Chinez donc dans les vide-greniers et fouillez le pavillon de vos grands-parents. Peut-être que leur set de casseroles en cuivre peut donner un kick de ouf, qui sait ? Sinon, vous pouvez toujours cracker Logic et broder autour des boucles du logiciel. Chris l’a fait et c’est pas dégueulasse du tout, quoi qu'en disent les haters.

Capture d’écran 2018-10-04 à 16.15.13

Kitsch is the new cool

Maintenant que vous avez un nom qui claque et des instruments, il vous faut un répertoire à peu de frais. Aujourd'hui, ce qui est trendy en diable, ce sont les covers de chansons ringardes "mais avec du second degré parce qu'on n'est pas des bas du front de prolos quand même". Alors faites-vous plaisir, déterrez ce qu'il y a de plus putride dans la fosse commune de la musique, plus c'est crade plus ça fera des vues sur Youtube : l'eurodance, Patrick Sébastien, la techno makina, Ilona Mitrecey ou même la Schtroumpf Party 4. Pour les fringues, c'est la même. Le nec plus ultra, c'est l'autrefois honnie chemise à fleurs et autres motifs tropicaux. Ça donne un côté Tom Selleck dans Magnum du meilleur effet mais attention à ne pas trop prendre d'embonpoint, sous peine de ressembler à un mauvais sosie de Carlos. Si parcourir les friperies et humer leur odeur de renfermé ne vous dit rien qui vaille, gardez sur vous les nippes que vous mettez pour descendre les poubelles et faites passer ça pour de la subversion normcore. Eddy de Pretto l'a fait et personne n'a rien remarqué. 

Capture d’écran 2018-10-04 à 16.29.50

Be yourself, comme tout le monde

Pour capter l'attention limitée des digital natives, vous devez absolument vous montrer sur les réseaux sociaux. Ne cherchez pas le buzz à tout prix en vous fritant dans un duty free d'aéroport, c'est réservé aux 5ème dan du music business qui ont accumulé un max de miles. Puisque vous êtes encore d'innocents rookies, vous n'êtes pas encore prêts pour naviguer en pirogue sur les rivières de haine gratuite que sont Facebook et Twitter.  On ne saurait donc que trop vous conseiller de commencer par le pédiluve : Instagram, le pays des bisounours où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Pour glaner un max de followers, la meilleure des solutions, c'est de rester vous-mêmes. Prenez comme exemple Angèle, la girl next door du R&B belge qui sait rester simple, et adoptez des poses ultra-naturelles :

 
 
 
Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Angèle 🌹 (@angele_vl) le

En dévoilant un peu de votre intimité, vous vous assurez une fanbase prête à se faire seppuku pour assister à vos showcases dans des salons de coiffure-tatouage-disquaire-bars à jus. N'hésitez pas à faire rentrer votre "communauté" dans les coulisses de la vie tumultueuse d'artiste 2.0, comme lorsque vous mangez un sandwich thon olive acheté à la boulangerie du coin à 17h, YOLO.
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Lomepal (@antoinelomepal) le

Montrez que vous vivez une belle aventure humaine, soudé comme un human centipede avec vos bandmates. Comme la fois où vous avez expulsé tous ensemble les endives au jambon de la cafétéria du Cora de Livry-Gargan au milieu des tulipes et des géraniums en vous tenant la main.
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par L'Impératrice (@l.imperatrice) le

 

Faites pleuvoir les euros grâce au Prix Société Ricard Live Music
Vous êtes maintenant prêts à récolter le fruit de votre dur labeur, soit les 60.000 euros qui sont investis pour l'accompagnement du lauréat du Prix Ricard Live Music. Non, il ne s'agit pas d'hectolitres de pastis mais d'une aide pour produire votre album, faire un clip, une tournée et squatter les festivals. Vous allez vous retrouver devant Bester Langs de Gonzaï, le patron de So Press, Eurobélix des Naive New Beaters, José et Romain de Stuck In the Sound ou Morgane des Concrete Knives, entre autres. Ne vous laissez pas démonter par leurs poker faces, il y a un coeur qui bat dans chacun d'eux, ou presque. Si vous êtes choisis parmi les cents premiers, le public aura son mot à dire, votre stratégie disruptive portera ses fruits et vous trottinerez vers la victoire, sans forcer. Ensuite, à vous le Fast & Curious de Konbini, le passage chez Jimmy Fallon et la retraite à 27 ans. Alors dépêchez-vous de vous inscrire, il suffit de cliquer . Si la concurrence est déloyale et vous prive du sacre suprême, sachez que les 10 finalistes gagneront le tournage d'un clip avec Rod Maurice et que les 90 restants auront la joie de profiter la distribution gratuite d’un single sur les plateformes légales de téléchargement et de streaming pendant un an. C'est bien aussi, mais ne pensez même pas à l'éventualité de l'échec, c'est dans la tête, ne retombez pas dans vos travers de flaques gauchiasses.

 

++ Vous avez jusqu'au 24 octobre pour vous inscrire au Prix Société Ricard Live Music et grimper vers les sommets comme un petit suricate. Plus d'infos ici.
++ Création du mignoble et dérangeant Mac DeMacron : Christian Lemaître
++ Nous avons été couverts de sesterces par Ricard pour écrire cet article. C'était ça ou on prostituait ce chaton.