Pourquoi as-tu créé Jouissance Club, il y a sept mois ? Quel a été ton déclic ?
Ça a été un long processus, qui a pris dix ans. J’avais un amant qui avait l’air de parfaitement connaître mon corps, et qui était très créatif, contrairement à tous mes autres amants. J’ai longtemps pensé qu’il devait écrire un livre, chose qu’il n’a évidemment jamais faite. Mais je trouvais cela important de ramener de la créativité au pieu, d’essayer de comprendre son corps et celui de l’autre. Et puis un jour, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a demandé où se trouvait le point A (la paroi qui sépare le vagin du rectum ndlr). Je lui ai fait un dessin. Je me suis dit « oh mais putain mais ouais ! ». (Rires) C’était le premier dessin de Jouissance Club.

En plus des dessins en noir et blanc de doigts, de bouches, de sexes, et de zones érogènes, ton dessin intègre des petites flèches, des traits, en couleur. Ils indiquent le mouvement du geste sexuel, aspect généralement absent des illustrations des « manuels sexos ». Mouvement d’une langue sur un pénis, mouvement de doigts dans un vagin, etc.  C’est important, pour toi, ce mouvement ?
J’ai constaté que souvent, quand je regarde des manuels, ou sur internet, je comprends rien ! Donc oui, indiquer le mouvement c’est important. Mais le plus important, c’est surtout de faire comprendre aux gens qu’il faut qu’ils communiquent, pour comprendre quel mouvement apporte le plus de plaisir.  Ça ne sert à rien, mes petites flèches, si les partenaires ne parlent pas entre eux.36-périnée (1)

 

Quelles sont justement tes sources?
Et bien j’adore me faire doigter, tout simplement ! Donc ma source, ce sont mes amants. (Rires) Plus sérieusement, je n’ai pas la science infuse, donc je lis, et je parle beaucoup de sexe, à tout le monde autour de moi. Je commence d’ailleurs à saouler les gens !

Ton compte ne parle pas que de plaisir, il y aussi des informations de santé sexuelle. Je pense notamment à celui nommé « faire pipi après le sexe ».
Oui, parce que j’ai remarqué qu’il y avait pas mal de jeunes qui me suivaient. Quand je dis jeunes, c’est très jeunes. Notamment des gamins de 13 ans. Donc j’ai eu envie de faire un peu de prévention et de sensibilisation, sur des questions d’hygiène et de respect aussi. Des choses qui nous paraissent évidentes quand on a 30 ans. Et encore !19-tire-clito copieInstagram, c’est un espace de liberté, pour toi ?
Oui et non. Le format me plaît, car c’est collaboratif : souvent j’avance, je peaufine ma réflexion grâce aux commentaires des autres. Et j’ai aussi des retours de type « ma copine et moi/mon copain et moi, on a redécouvert notre sexualité, merci, avant on n’osait pas aborder certains sujets ». Cela me touche énormément, j’ai l’impression d’avoir gagné une mini-bataille. Mais en même temps, la liberté est limitée. Je me suis déjà faite « 
report ». Je sais qu’à tout moment je peux perdre mes données. Il faut que je fasse attention à ne pas dessiner trop de bites ou trop de chattes. Je suis un peu bloquée à ce niveau-là. Et puis sur le contenu, je pense plus tard, à écrire un blog, ou un livre, pour enfin dire tout ce que je veux.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui ?
J’ai fait un post une fois sur l’étranglement, et tout de suite j’ai eu des remarques comme quoi j’incitais à la violence, etc. (Soupirs) Moi, mon but c’est d’éduquer, pas d’inciter. Je ne me sens pas libre d’aller aussi loin que je le voudrais. Pour l’instant, parler de BDSM, c’est compliqué. Je ne sens pas le public prêt. Mais bon, de toute façon, il y a tellement de choses à aborder, que ce n’est pas très grave. Le BDSM, ça viendra plus tard.

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Il y a un post qui s’appelle :  « Et l’alchimie dans tout ça », dans lequel  tu expliques que c’est pas parce que quelqu’un suit tes conseils à la lettre, qu’il ou elle sera forcément un(e) bon(ne) amant(e) pour son/sa partenaire. Pourquoi as-tu ressenti le besoin de préciser ça ?
Parce que c’est une réflexion que j’ai eue sur mon travail : ce n’est pas parce que je donne des « modes d’emplois » que ça va forcément marcher avec n’importe qui. Cela me paraît essentiel, de désirer quelqu’un. J’ai expérimenté ça : être avec quelqu’un qui voulait « bien faire », qui avait plein de bonnes intentions, mais moi je n’étais pas dedans, tout simplement parce qu’il n’y avait pas assez de désir. Il faut en parler, aussi, de cela.

Comment expliques-tu le fleurissement de comptes Instagram sur ces thématiques liées à l’intime ?
Oui, il y a une mouvance. Beaucoup de femmes se sont lancées là-dedans. Le féminisme nous a fait pousser des ailes. On a pris conscience qu’on pouvait parler de sexe, aimer ça, sans être considérées comme des salopes. Avant Jouissance Club, j’ai commencé à publier sur mon Instagram pro des dessins érotiques. Et je n’en ai pas eu honte, car j’avais eu une sorte de révélation :  j’aimais le sexe, et alors ? Peut-être que pour les autres femmes, ça s’est aussi passé comme ça, il faudrait le leur demander.37-90-degres (1)Ton compte va un peu plus loin que le discours « rhô, les garçons, vraiment, ils savent pas où c’est qu’il est le clitoris / ils sont teubés ou quoi / ils s’en foutent de notre plaisir / salauds ». Comme si le sexe de merde était forcément de la responsabilité de la gent masculine... Tu es d’accord ?
(
Rires) Moi j’ai remarqué en effet que la plupart de mes partenaires essayaient de me faire jouir. Avec plus ou moins de succès. Bien sûr, y’a des connards partout, mais je suis rarement tombée sur des mecs qui étaient là juste pour prendre leur pied, jouir en moi, et partir ! Je sens souvent qu’il y a une envie d’apprendre. Ce n’est pas en leur disant : « vous êtes nuls, vous savez pas lécher », que l’on va réussir à dédramatiser le sexe. J’ai déjà essayé de coucher avec une femme, c’était la catastrophe ! (Rires) Je ne savais pas quoi faire. C’est hyper-intimidant, une femme. D’ailleurs j’ai fait n’importe quoi ! Bref, je pense qu’il ne faut pas humilier l’autre mais lui prendre la main et dire : « viens, je vais te montrer ». Et ça, ça passe aussi par la masturbation. J’ai fait pas mal cette erreur, là, plus jeune, d’attendre que le mec me touche correctement. Alors que je ne lui donnais aucune indication ! On ne peut pas demander à qui que ce soit de nous faire du bien, de nous donner du plaisir, alors qu’on ne sait pas nous même où est ce qu’il faut toucher, où aller... Il faut y aller ensemble, main dans la main. Apprendre son corps et suggérer à l’autre de le découvrir encore mieux, ensemble.

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