punkstasiOui, le punk est une réaction allergique, une bonne grosse plaque d'eczema sur le cul de l'Angleterre de Thatcher et l'Amérique de Reagan, mais pas que. Dans les années 80, il y avait certes la Dame de fer, mais surtout un rideau de fer qui scindait l'Europe en deux. Et côté Est aussi des bandes de freaks amoureux des riffs crades et des épingles à nourrice voulait tout foutre en l'air. Sauf qu'eux ne se révoltaient pas en hurlant "No Future" mais voulaient échapper au "trop de futur", à la vie bien réglée et planifiée par le régime communiste. D'ailleurs, l'un des groupes phares du mouvement s'appelait Planlos, soit, littéralement, "Pas de plan". Traqués par la Stasi, protégés par l'Eglise protestante, ils étaient des résistants, loin du nihilisme bourgeois de Malcolm McLaren. Le livre Burning Down the Haus de Tim Mohr revient sur cette période méconnue et c'est un putain de scandale que ce ne soit pas traduit chez nous.

Tim Mohr a recoupé documents officiels et histoire orale pour peindre sa fresque historique. Il y relate l'histoire de Major, le soi-disant "premier punk de Berlin Est", tombé amoureux des Sex Pistols après avoir entendu leur passage à Radio Luxembourg. Dans son sillage, ils furent des dizaines à oser dresser leurs cheveux sur la tête et enfiler le perfecto. Autant dire que dans l'austérité ambiante, ils détonnaient comme La Compagnie Créole à un meeting de Nicolas Dupont-Aignan. Très vite, la Stasi, le service de renseignement de la RDA, s'inquiéta de l'anti-patriotisme chronique de ces jeunes gens modernes. Ils devinrent des cibles de choix, fichés, suivis, tabassés, contrôlés et embastillés abusivement parce qu'ils ne ressemblaient pas à leurs photos sur les documents officiels. Quand ce n'était pas leurs proches qui étaient menacés ou torturés. Ô surprise, les églises luthériennes étaient des refuges pour les punks. Non pas par bigoterie mais parce qu'ils avaient avec les pasteurs un même ennemi commun.Capture d’écran 2018-10-10 à 14.57.38Etonnamment, le premier concert punk de Berlin Est eut lieu dans un endroit mondain, en 1981 : l'ambassade yougoslave. Un fils de diplomate avait monté le groupe Koks, pour cocaïne bien sûr. Pour les autres formations, qui ne profitaient pas des largesses de leur papa haut placé, la réalité était bien plus rude. Il leur fallait faire un peu de marché noir pour vivre et diffuser leurs morceaux, enregistrés sur des cassettes du label contrôlé par le régime, Amiga, en effaçant les originaux. Comme les excellents Feeling B, qui vendaient des boucles d'oreille pour financer leurs enregistrements bricolés. Plus tard, deux anciens du gang, Paul Landers et Christian Lorenz, formeront Rammstein, deviendront des stars du metal, passeront sur MTV et leur musique servira de B.O pour une pub Mercedes. Que voulez vous, le capitalisme récupère tout.