Ça se binge : Le Bureau des légendes
Les températures (très hautes jusqu'à mi-octobre) ont commencé à baisser pile la semaine où la saison 4 du Bureau des légendes a débarqué sur Canal +. Une pure coïncidence ? Probablement un signe du ciel, tant on attendait ces dix nouveaux épisodes avec impatience, et toute une série de questions en tête : la disparition de Duflot (aka Jean-Pierre Darroussin) allait-elle nuire au parfait équilibre du récit ? L’arrivée de Mathieu Amalric est-elle autre chose qu’un joli coup de pub ? Sara Giraudeau a-t-elle enfin mué (oui, bon, chacun ses obsessions) ? D’entrée de jeu, Éric Rochant et Pascale Ferran (réalisatrice de Lady Chatterley et nouvelle arrivée dans l’équipe) répondent à toutes nos questions. Pour mieux en poser d’autres : on comprend en effet qu'il s'agit ici pour les scénaristes de comprendre les « répercussions de l’affect et de l’inconscient sur le travail du renseignement » et de mettre en scène la méfiance au sein même de la DGSE. À l’image de cette question balancée par JJA à la nouvelle patronne du service, Marie-Jeanne : « Est-ce que tu t’es méfiée de tout le monde dans le service que tu diriges ? Je ne parle pas de déloyauté mais de faiblesse, d’imprudence… ».5580227Cette menace invisible, c'est précisément ce qui constitue la trame de cette quatrième saison, principalement centrée sur le milieu des hackers russes, la traque de Malotru (Mathieu Kassovitz) et les tensions internes à la DGSE. Façon de dire que, bien plus que la présence de djihadistes français dans les ruines de Raqqa et de Mossoul, c’est ce bureau des légendes qui constitue le cœur de cette nouvelle salve d’épisodes : ce ce qu’il s’y passe, comment on y consacre sa vie et comment on y gère ses émotions, notamment à travers des personnages secondaires nettement plus présents à l’écran. Il y a bien sûr quelques moments de faiblesse (on aurait aimé une attention plus grande sur les cyberattaques, on aurait dû en savoir plus sur la cybersécurité), mais on avait rarement vu jusqu’à présent les héros du BDL aussi touchés émotionnellement, aussi sensibles au monde qui les entoure et aux mots de leur collègue. Pas étonnant, dès lors, que l’un des gros points forts de cette quatrième saison soient les dialogues – persuasifs, tranchants, inquiets, passionnés -, cette façon de faire de la discussion un champ de bataille où le spectateur ne sait jamais ce qui est vrai ou faux, sincère ou manipulateur.

La série qu’on aimerait spoiler : la nouvelle série d’Apple
À l'heure où l'on écrit ces lignes, la série n'a pas encore de nom. En revanche, de l'ambition, elle n'en manque pas : produite par Jennifer Aniston et Reese Witherspoon (sœurs dans Friends, rappelons-le aux mécréants !), écrite par Kerry Ehrin (Bates Motel, Friday Night Lights) et réalisée par Mimi Leder (The Leftovers, Deep Impact, Le pacificateur), elle pourra compter sur Steve Carrell dans le rôle principal. Celui de Mitch Kessler, un présentateur de matinale télévisée cherchant à rester dans le coup au sein d’un paysage médiatique de plus en plus chamboulé. Quand on sait que l’on n’avait plus vu l’acteur américain à la télévision depuis son départ de The Office, on se dit qu’Apple (qui se montrerait frileux à l’idée de produire des scènes trop érotiques ou violentes) est parfois capable de réaliser des projets séduisants sans pour autant donner l’impression à ses clients de se faire profondément enfler.  

Le trailer qui fait le buzz : Black Monday
Entre les diffusions de Kidding, The Affair, The Chi et Shameless, Showtime se porte plutôt bien actuellement. Et compte bien ne pas ralentir la cadence avec l'arrivée le 20 janvier prochain de Black Monday, série produite par Seth Rogen et Evan Goldberg, et portée à l'écran par Don Cheadle, revenu de ses différentes escapades chez Marvel pour aller orchestrer ce qui reste le pire accident boursier de Wall Street.

Ozef : le remake américain de Bref
La série de Kyan Khojandi et Bruno Muschio vient d’être rachetée par Snapchat et sera confiée au scénariste Carter Harris (Friday Night Lights, Bloodline). À croire que les rumeurs disent vrai : l’industrie américaine ne sait définitivement plus quoi inventer !

L’interview du mois :
Tout le monde s’en foutait probablement, mais on sait désormais où est passé l’ego de ce bon vieux Martin Scorsese : dans une interview donnée lors du Festival international du film de Rome, où il revient sur l’arrêt de Vinyl : « Ce fut tragique au final pour moi, car on a essayé pendant un an. J’ai réalisé le pilote. On a tenté pendant un an avec HBO, mais nous n’avons pas réussi à unifier les éléments créatifs. J’ai finalement compris que pour remédier à la situation… Je pense que j’aurais dû réaliser chaque épisode et travailler sur la série pendant trois ou quatre ans […] Si vous voulez bien faire, il faut le faire comme Sorrentino. Vous faites tout. Si vous ne voulez pas vous engager autant, vous ne devriez pas faire de séries. »Vinyl-Martin-Scorsese-and-Bobby-Cannavale (1)

La vidéo du mois :
Ce tuto de Jeffrey Thompson, directeur artistique de Rick & Morty, pour apprendre à dessiner les personnages de la série. Dont on attend toujours la saison 4. Adult Swim, si tu nous entends !

La guest star improbable : Tal dans Munch
Pour une fois, on se passera d’insérer une vanne. De toute façon, on ne fera pas mieux.

Le reboot qui buzz : Un prophète
Sorti en 2009, le film de Jacques Audiard est encore dans toutes les têtes. Des spectateurs, tout d’abord, pour sa qualité de mise en scène et la révélation au grand jour du talent de Tahar Rahim. Des amateurs de rap, ensuite, pour la prestation de Demon One, ex-membre de la Mafia K’1 Fry. Et des producteurs, enfin, qui souhaitent aujourd’hui en faire, non pas un prequel ou un sequel, mais bien un reboot. Les boîtes CPB Films et Why Not Productions l’ont confirmé, et en ont même profité pour annoncer la présence à l’écriture des scénaristes Abdel Raouf Dafri (Braquo, Mesrine) et Nicolas Peufaillit (Les Revenants), coauteurs d’Un prophète avec Jacques Audiard et Thomas Bidegain.
A-ProphetL’interview du mois 2.0 :
On dit merci à Dazed, qui a eu la bonne idée d’interviewer différents auteurs au sujet de la sortie de The Bisexual, la nouvelle série produite par Channel 4 (Skins, Misfits). Et là, c’est Emma Hope Allwood qui en parle le mieux : « Je suis une personne qui a tendance à retarder les rendez-vous romantiques - en grande partie par crainte que ma bisexualité ne soit considérée comme une phase sans engagement envers eux -, donc le fait de voir une adulte tentant de gérer son attirance pour les hommes et les femmes est intéressant à regarder. Être bisexuel, comme l'explique le personnage Leila, n'est pas cool. Selon les stéréotypes, vous recherchez de l'attention, vous êtes égoïste, vous êtes fourbe et vous allez probablement tromper votre partenaire. Comme le formule la série, dire que vous êtes bi n'est pas certainement pas aussi cool que de dire que vous êtes queer […] Au moins, maintenant, j'ai quelque chose à regarder à la télévision. »

Fanny Herrero, showrunneuse à 100%
Pendant que tout un tas de médias s'excitent à propos du retour de La Trilogie du Samedi sur M6 (mais le mardi désormais, c'est dire l'intérêt de cette information…), Dix pour cent fait son retour sur France 2. Et ça, c'est une vraie info, tant les trois premières saisons ont séduit, les critiques comme le grand public (chose rare en France !). Aux commandes, on retrouve toujours Fanny Herrero, une showrunneuse pas comme les autres. Ou du moins, plus à l'aise avec les dialogues que la plupart de ses contemporain(e)s de l’Hexagone. Peut-être est-ce dû à son expérience dans les salles d'écriture de Fais pas ci, fais pas ça, Kaboul Kitchen et Un village français. Peut-être est-ce dû également à sa passion pour le journalisme. Peut-être, enfin, est-ce dû à son passé de comédienne, ce petit quelque chose en plus qui lui permet de sentir le rythme et la profondeur d'un texte.
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Quoiqu’il en soit, Fanny Herrero a su trouver un vrai ton, pas du même calibre que celui de Six Feet Under et À la Maison Blanche (deux séries qu’elle admire !), mais suffisamment bien ficelé pour ne pas créer un sentiment de gêne chez le spectateur. Dans Dix pour cent, la Française semble même avoir suffisamment de liberté pour aborder des thèmes rarement évoqués à la télévision française : la place des femmes dans l’industrie du cinéma, le vieillissement du corps féminin, la difficulté de mener une carrière quand on a de jeunes enfants… Sans jamais tomber dans l'activisme pour autant : Fanny Herrero n'est pas de ces révoltés de l'industrie se trimballant de studio en studio avec leur petit livre rouge et un ouvrage de Judith Butler sous les bras, et c'est tant mieux ! À 44 ans, celle qui a commencé sur Arte avec un documentaire sur le rugby cherche simplement à créer un divertissement intelligent, au plus près de la réalité. « Nous nous inspirons du réel, a-t-elle confié récemment à l’AFTP. Je m'entretiens avec plein d'agents à Paris pour récolter des histoires et tenter de dégager des thématiques, je mène une sorte d'enquête. Ils me font confiance, je m'engage bien sûr à ne pas utiliser tel quel ce qu'ils me disent. »

L’instant drama : l’arrêt d’Orange Is The New Black
On peut dire ce qu’on veut. Que la saison 6 était moins captivante que les précédentes, que Jenji Kohan traite les sujets qu’elle aborde avec trop de superficialité ou, pire encore, qu’elle n’est qu’une version bête et féminine de OZ, les faits sont là : la saison 7 d’Orange Is The New Black, diffusée l’été prochain, sera bel et bien la dernière. Et elle va clairement manquer. « Nous voulons réduire notre dépendance vis à vis des studios extérieurs », écrivait le PDG de Netflix, qui, contrairement à Stranger Things ou Big Mouth, ne produit pas la série. Comme quoi, l’artistique n’est pas toujours au centre des préoccupations chez le géant de la VOD…

La punchline du mois :
Visiblement, chaque épisode de BoJack Horseman contient son lot de répliques mythiques, et ça nous va très bien. Comme dans l’épisode 6 de la saison 5, où il prend la parole aux funérailles de sa mère : « Navré pour le cercueil fermé. Elle le voulait ouvert, mais elle est morte, alors on se fout de ses souhaits… C'est méchant, désolé... Mais si elle avait pu se voir morte, elle serait d'accord. Elle avait cette tête... Comme un dinosaure en plastoc furax. On n'a pas pu lui fermer les yeux. Son visage restera figé dans ce masque d'horreur et de souffrance. Ou comme disait ma mère, la tête du mardi ! »

Le making-of du mois :
Peut-on réellement aimer une série sans comprendre comment elle a été réalisée ? La question mérite d’être posée et, pendant que vous tentez d’y répondre, on vous suggère de jeter un œil à ce making-of d’une scène de Kidding, « la série de Michel Gondry avec Jim Carrey » comme on tente généralement de la vendre à notre entourage.
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Dans cette scène, le réalisateur Jake Schreier choisit de montrer comment la vie de Shaina (une admiratrice du personnage interprété par Jim Carrey) a évolué ces dernières années, en temps réel et en un seul plan. À droite, on aperçoit ainsi la scène telle qu'elle a été filmée dans l'épisode, tandis qu'à gauche, on découvre tout le travail abattu par l'équipe technique pour arriver au résultat souhaité. Et, spoiler alert, c’est impressionnant.

La photo qui rend nostalgique :
Capture d’écran (248)