0On est toujours mieux chez soi et notre grand reporter Sophie d'After sort pour que vous n'ayez pas à le faire. Chaque semaine, elle relate l'actualité brûlante des nuits berlinoises sans lesquelles on serait bien incapables de comprendre le monde. Moi, Sophie d'Af, sans âge, modérément droguée, gratuitement prostituée.

« Vos téléphones sont bien chargés ? Vous aussi ? Ça y est on peut y aller ? » Il est important d'avoir assez de batterie et de drogue avant de partir pour un marathon en club parce que c'est toujours un peu ballot de devoir rentrer à la maison alors que ça fait seulement 18 heures qu'on est sorti. On attaquait avec Same Bitches, la soirée où ta seule chance de pouvoir rentrer, c'est d'avoir couché avec un des organisateurs. Autant dire que c'était blindé et que toute l'aristocratie de la night était là, en mode Le Temps retrouvé. Je tombais immédiatement sur Rob à qui je demandais des nouvelles de la ville, vu que j'étais partie en reportage en Turquie. « Bah ici rien n'a changé : on écoute de la techno et on prend des drogues » soupirait-il. Une trace de kéta plus tard, il était déjà en train de me parler d'Un chant d'amour de Jean Genet puis de son amour des pornos brésiliens. Kostas, qui regrettait qu'on n'entende pas Britney dans les clubs à Berlin se lançait lui dans une grande défense de l'auto-tune dans l'oeuvre de Cher. On savait que c'était ze place to be quand on retrouvait René aux pissotières. Ce sommelier de la pisse, que les habitués du Berghain connaissent bien, était toujours là aux meilleures soirées à quémander son breuvage agenouillé comme un premier communiant.

Je rencontrais Massimo à qui je parlais en anglais pendant une heure avant de découvrir qu'il était de Bruxelles. Un Allemand faisant preuve du légendaire sens du civisme qui leur est propre m'abordait gentiment pour me prévenir que j'avais un chewing-gum collé au cul. Mais pas sur mon legging, I mean, collé à mon anus !!! Quand je racontais ma mésaventure à Massimo aux toilettes alors que j'avais l'impression de me faire une épilation au Vicks Vaporub, je l'ai vu se décomposer « Ah bah merde, c'est moi qui l'ai laissé ». C'est là qu'une grande discussion très numéro vert s'engageait sur l'épidémie d'hépatite A. La clique des Espagnols l'avait tous chopée en même temps. Chacun y allait de sa petite infection vu que tout le monde était déjà séropo. « Moi j'ai du psoriasis, j'étais stressé, je savais pas si j'allais sortir ou pas ». Josué clôturait le débat avec son lapidaire « Ma gonorrhée, c'est mon seul animal de compagnie ».

Erik arrivait le sourire aux lèvres. « J'ai trouvé un mec d’Azerbaïdjan, on est resté une heure aux toilettes ensemble ». Sifflements impressionnés de l'auditoire. Quand tu chopes un mec des anciennes républiques orientales de l'URSS, c'est comme un mot compte triple au Scrabble.

Sur le dancefloor on retrouvait, un brin surpris, Cristian, un Roumain basé à New-York qui avait passé l'été à Berlin mais qu'on croyait déjà reparti. « J'ai décidé de m'installer » nous confiait-il, comme avant lui chaque année d'autres estivants qui ne voyaient pas quoi mieux faire de leur vie.

Alors qu'on repartait chiller à la maison, on se retrouvait dans les pattes avec ce spécimen si Français de la « reloue d'after » qu'on se figurait avoir laissée derrière la ligne Maginot. On la reconnaît vite, c'est la seule qui boit de l'alcool alors que tout le monde est au G. Après avoir pris possession des platines pour te mettre l'intégrale de Michel Berger suivie d'un Marcia Baila bien senti, elle te somme l'injonction de danser avec elle, avant de te raconter sa life, qui est pas « facile facile » entre deux sanglots et un éclat de rire. Après des généralités sur la France et les Français qu'elle ne connaît au fond pas plus que l'Allemagne, elle n'est plus que borborygmes ou éclats de voix incommodants. Alors qu'elle s'est endormie la bave aux lèvres sur le canapé, Erik, qui l'a écoutée pendant plusieurs heures, revient sur le passé nazi de sa famille en Suède. « Le deuxième prénom de mon père c'est Adolf. C'est chaud quand même, il est né en 47 ».

La fatigue commençait à se faire sentir et Josué éprouvait le besoin de faire le bilan de ses plans cul à Berlin. « J'ai pas forcément envie de devenir ami avec tous les mecs avec qui je baise » s'épanchait-il exacerbé « A 20 par semaine, ça ferait beaucoup trop, même pour Facebook ». On se quittait sur un aphorisme qui résumait nos vies : « De toute façon en soirée, personne ne se souvient de personne ».