JOUR 1

Métro Anvers. Notre team de journalistes “sûres” s’engouffre dans l’Elysée Montmartre. Quelque peu désorientées au début, nous ne nous laissons pas distraire par le faste des escaliers et nous faisons remettre nos bracelets “presse” à l’accueil. Une folle série d’interviews peut alors commencer, ponctuée de moments d’errance en quête d’une connexion wifi.30077066_440772359688677_7088415163484733440_n-750x480La première artiste à se plier à l'exercice est la jeune et fringante Blu Samu. Après plusieurs vaines tentatives, la moitié de notre duo de choc, qui est aussi directrice de la photographie en dilettante, abandonne l’idée de cadrer l’interview devant une fenêtre entrouverte et s’avoue vaincue par le contre-jour.

Tant pis pour les toits de Paris baignés d’une lumière crépusculaire.Tant pis pour la poésie. Tant pis pour le parti pris esthétique qui imprègne chacune des stories du compte Instagram de Brain et devra aujourd’hui céder la place au pragmatisme vulgaire imposé par les conditions de tournage : nous nous résignons, la mort dans l’âme, à filmer la chanteuse devant un banal mur blanc.

Fort heureusement, la rappeuse bruxelloise est solaire. Suffisamment, du moins, pour nous faire oublier notre déception. Elle répond volontiers à notre questionnaire “Belgique VS France”, ne soupire pas d’agacement lorsqu’on lui parle de Benoît Poelvoorde ou de l’Atomium, et a même l’élégance de ne pas nous envoyer bouler quand nous remuons les crampons dans la plaie encore béante de la Coupe du Monde. Chapeau bas.

Nous patientons ensuite plusieurs dizaines de minutes dans une autre salle. Une pause qui donne l’occasion à notre professionnelle de l’image de publier les premières stories avec une célérité qui n’a d’égale que son talent (nda : l’auteure de ces lignes se défend de vouloir obtenir une quelconque augmentation).

L’attente est un peu longue. Les crocodiles en gélatine et les madeleines offerts par le festival font dangereusement monter notre taux de glucose. Nous commençons à nous impatienter quand Léonie Pernet arrive enfin, un casque de scooter sous le bras. Soulagement : nous avons frôlé le diabète de type 2.

léovignetteAprès avoir délogé en douceur un confrère installé dans la pièce qui nous avait été attribuée pour l’entretien (fun fact : les journalistes ont tendance à nidifier en période de festivals) : nous nous lançons sans filet. Le sujet de ce second interview concept est cette fois inspiré par le titre de l’album de Léonie : Crave, que l’une des auteures de cet article, titulaire de son TOEFL avec mention, a librement choisi de traduire par “mourir d’envie”.

Nous demandons à la multi-instrumentiste avec quel président de la Vème République elle crèverait d’envie de faire un feat, quelle célébrité elle inviterait à passer un weekend dans le Lubéron ou encore à quel point elle souhaite que notre interrogatoire s’arrête.

La compositrice parisienne est fidèle à sa réputation : érudite et affable. Malgré la futilité de nos questions, elle prend le temps de peser chaque réponse et nous gratifie d’un 6/10 plutôt généreux quant à l’urgence qu’elle ressent de mettre un terme à cet échange.
mnnqnsC’est maintenant au tour des joyeux drilles de MNNQNS de se prêter au jeu des questions. Intriguées par la surreprésentation de consonnes dans le nom du groupe, nous avons décidé de leur faire subir un quiz “Sans voyelles”. Les garçons se trompent malheureusement à plusieurs reprises et perdent la possibilité de remporter un séjour pour deux personnes à Center Parcs. Dommage... Beaux joueurs, ils nous remercient tout de même d’avoir enrichi leurs connaissances.

JOUR 2

Comme la veille, nous nous rejoignons en milieu d’après-midi devant le 72 Boulevard Rochechouart. Notre première victime volontaire du jour est un chanteur pop plein d’avenir et au charme ravageur : Adam Naas.adam-nass-panoLéger moment de flottement lorsque nous l’entendons discuter en anglais avec son manager : nous serions-nous trompées sur nos fiches ? Le musicien sera-t-il à même de comprendre nos questions, dont le seul intérêt repose sur l’homophonie entre “chanteur à fleur de peau” et “pot de fleurs” ? Le Parisien dissipe vite nos doutes en nous saluant : il connaît tout simplement ses verbes irréguliers par coeur.

Bercées par sa voix suave et sa bienveillance, nous nous prenons à rêver d’un monde plus beau. Sa candeur est contagieuse et son rire, un cheval sauvage qui s’élance à l’assaut de notre cynisme.

Nous ressortons galvanisées de cette entrevue et prêtes à en découdre avec Arnaud Rebotini dont la carrure imposante nous donne un peu le sentiment de monter sur un ring de box.  144654-arnaud-rebotini-article_top-1Nous réalisons rapidement que nous nous sommes plantées en beauté sur le personnage. Au lieu d’un grand gaillard aimable comme un physio de boîte, nous nous retrouvons à interviewer un artiste aussi drôle et réfléchi qu’abordable. Il n’hésite pas une seconde à répondre au questionnaire “Arnaud Reboti… nie tout en bloc ou confirme” que nous lui soumettons, quand bien même nous lui proposons une alternative moins douteuse.

JOUR 3

5132ae8ca41d1f6e5094353d4ca0d5701095e3d4C’est notre dernier jour au MaMA Festival. Nous avons rendez-vous avec un artiste aux propriétés anti-inflammatoires : Miel de Montagne. Nous lui proposons tout naturellement un entretien “Mielleux”, qui tranche avec le mordant de nos précédents interviews. Le jeune musicien, que certains médias surnomment déjà le Mac DeMarco français, nous dispense de précieux conseils lifestyle. Il n’hésite pas non plus à partager avec son public les secrets de sa réussite et contre toute attente,  son immense succès ne repose pas sur des cures régulières de gelée royale

Cette dernière rencontre achève de nous attendrir : nous quittons les lieux avec le sentiment du devoir accompli, et une jauge d'amour qui déborde. Une ravissement qui durera au moins, et c'est notable, jusqu'à l'ouverture des portes du métro. 

Par Oriane Olivier et Marion Girard.