Capture d’écran 2018-11-13 à 11.32.16Si le terme "micro-pénis" est probablement votre deuxième mot préféré (qui peut détrôner "crotte", franchement ?), connaissez-vous son rôle majeur dans l'histoire de la littérature mondiale et de la liberté d'expression ? Evidemment que non, tiraillés par les hormones et la dramaturgie foireuse de l'existence que vous êtes. Encore une fois, Brain est là pour suppléer aux défaillances du système éducatif français. Lorsqu'un écrivain parodie des individus réels, même en changeant leurs noms, il risque le procès en diffamation. Juridiquement, écrire "toute ressemblance avec des personnes existantes bla bla bla" ne suffit pas à mettre à l'abri l'auteur et peut même prouver qu'il avait l'intention préalable de calomnier. Jules Verne et George Simenon, par exemple, ont connu des procès houleux pour avoir caricaturé leurs contemporains. Alors, comment s'assurer de porter l'estocade littéraire à un sale type ou, du moins, préserver sa liberté de parodier ? Ajouter un petit, un tout petit détail physique à la description du personnage. En effet, quel homme ira se plaindre d'être représenté dans une oeuvre si on lui attribue dans le texte un sexe d'une taille microbienne ? Une tactique habile exposée au public pour la première fois en 1998 dans un article du New York Times par l'avocat Leon Friedman. Depuis, le web a rebaptisé cette stratégie la "small penis rule". Donc dites-vous que si dans votre roman un perso a un petit kiki, c'est très certainement d'un vrai monsieur dont on parle. En 2008, l'auteur climato-sceptique Michael Crichton, qui n'avait guère apprécié la critique du journaliste Michael Crowley descendant l'un de ses écrits, avait créé pour son roman Next le sympathique Mick Crowley, reporter pédophile doté d'un attribut fort modeste. Sauf que cette fois, le subterfuge ne prit pas et Crowley assuma, parlant de "fuite littéraire" et rétorqua, d'après Slate : « Il y a un corollaire à la règle du petit zizi, que nous pouvons appeler la règle du petit homme : si une personne offre une critique constructive à un auteur et que cet auteur répond à tapant sous la ceinture… il reconnaît alors que la critique était juste.» On vous laisse méditer là-dessus.

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