1. Chez moi, je me débarrasse des vêtements trop étroits qui entravent ma liberté de bouger, et j’opte pour une tenue loose en maille douce.

  2. Pour me réchauffer de l’intérieur, je me prépare une grande tasse de chaï.

  3. J’évacue les tensions de la journée par une série d’assouplissements inspirés du haṭha yoga.

  4. Une fois que je suis bien assoup.l.i.e, j’enlève le bas et m’enroule sur moi-même, petit à petit, sans me brusquer, jusqu’à avoir le nez bien en face de mon appareil excréteur.

  5. Je prends le temps de faire connaissance avec mon appareil excréteur. Tiens, je n’avais jamais remarqué ces deux petites glandes de part et d’autre de mon tubercule anal !

  6. À l’aide de mes mandibules et de mes pattes antérieures, je stimule délicatement mes glandes séricigènes (car c’est bien d’elles qu’il s’agit) ; aussitôt, c’est un mince fil de soie qui émerge de mon pore subterminal dont j’ignorais l’existence jusqu’à présent. Dame Nature, comme tu es bien faite !

  7. Avec beaucoup de précaution, je m’emmaillote dans ce fil interminable que je sécrète et qui peu à peu prend la forme d’un cocon. Pour le tissage, je n’hésite pas à laisser libre cours à ma fantaisie : point mousse, point croisé, double torsade… tout est permis ! (plus d’inspiration sur burdastyle.fr)

  8. Une fois que je suis confortablement lo.v.é.e dans mon cocon, j’inspire à fond jusque dans l’abdomen, j’appelle mon employeur pour poser une RTT, et je me détends.

  9. Deux mois plus tard, ça y est : je suis devenu un bombyx laineux (Eriogaster lanestris) ! Les collègues ne vont pas en croire leurs yeux !

  10. Mon espérance de vie étant de 3 à 4 jours, je me hâte de me reproduire avec l’un d’entre eux. Il me reste quelques heures pour pondre et profiter de la vie ; avec tout ça, je n’ai pas eu le temps d’attraper la moindre angine ! Mission accomplie ! 

++ Cet article est extrait du Brain Papier numéro 4 qui est disponible partout ou presque.

Illustration : Amina Bouajila