Ça se binge : This Is Us
Inutile de tortiller sous prétexte de ménager le suspens : This Is Us, dans la construction des épisodes et dans l’intimité qu’il crée avec ses personnages, doit beaucoup à Lost – Dan Fogelman, le showrunner, ne l’a d’ailleurs jamais caché : il voue à la série de J.J. Abrams une admiration sans faille. Alors, forcément, on a tout de suite accroché à This Is Us, à sa façon de poétiser l’ordinaire, de se jouer de l’espace-temps pour raconter l’histoire d’une famille (les Pearson), ses réflexions, ses doutes, et surtout de nous inviter à croiser ces réflexions et ces doutes avec nos propres expériences. Parce qu’on se reconnaît en Kevin, Randall ou Kate, parce qu’ils pourraient être un(e) proche, un(e) ami(e) ou un membre de notre famille.this is usRegarder This Is Us, c’est être tour à tout nostalgique et confiant en l’avenir, mélancolique et joyeux, c’est voir des gens mourir tout en sachant qu’on aura l’occasion de les revoir au détour d’une scène (là est l’une des forces des flashbacks et des flashforwards), c’est observer l’évolution d’une famille, forcément mystérieuse et traumatisée, qui passe son temps à se dire «Je t’aime», sans jamais paraître gnangnan. Car This Is Us n’a rien d’un vulgaire soap. Disons que ça aurait pu l’être si Dan Fogelman et ses scénaristes n’avaient pas réussi à faire de ce récit éclaté quelque chose d’aussi consistant, où chaque décision d’un personnage atteint son entourage, le remue jusqu’à provoquer des scènes brillantes d’émotion – la deuxième partie de la saison 2, avec toutes ses révélations et ses moments de pure poésie, est encore dans toutes les mémoires. This Is Us, c’est certain, n’échappe pas à tout un tas de tics, mais chaque choix scénaristique paraît systématiquement justifié, chaque destin semble être scruté avec la même attention, la même bienveillance et la même pudeur – on a d’ailleurs rarement vu un personnage noir (Randall) autant dénué de cliché dans une série populaire.


Dès lors, regarder les épisodes de la saison 3, c’est ressentir jaillir la pleine et réconfortante chaleur d’un album de photos de famille que l’on ouvre. Avec tout ce que cela contient de secrets inavoués, de découvertes improbables, de souvenirs enfouis qui viennent tout à coup troubler nos certitudes et nos perceptions, de complicité à jamais perdue et d’amour. Car This Is Us ne parle finalement que de ça : d’êtres humains qui souffrent invariablement d’un manque et sont travaillés par le besoin vital d’entrer en contact avec l’autre (c’est Kevin qui cherche à comprendre le passé de son père au Vietnam, c’est Randall qui souhaite venir en aide aux plus démunis, c’est Kate qui tente de faire carrière dans la chanson…), de personnages normaux voués à nous séduire (et à nous faire pleurer parfois, même si ça doit nous faire passer pour des fragiles !) et de relations familiales, que Dan Fogelman semble chérir autant qu’il chérit ses personnages. C’est-à-dire beaucoup ! 

Le trailer qui fait le buzz :
Trois ans après une deuxième saison injustement mal reçue, True Detective revient pour une nouvelle salve d'épisodes le 13 janvier prochain sur HBO et se dévoile dans un trailer d'à peine deux minutes. Suffisant pour comprendre que cette troisième saison suivra l'enquête du détective Wayne Hays (aka Mahershala Ali, aka Juan dans Moonlight) autour de la disparition de deux enfants dans le nord-ouest de l'Arkansas. Suffisant aussi pour comprendre que l’on n’a pas besoin d’en dire plus pour susciter l’envie.

La série qu’on a envie de spoiler 
Concrètement, il suffirait de lire Le complot contre l’Amérique de Philip Roth pour connaître ce que réservent les six épisodes de la prochaine série de David Simon (The Wire, The Deuce...). Ce serait toutefois se priver du sens de la narration de l'Américain, capable d'analyser mieux que personne les dérives sociétales et politiques de son pays. Ici, la critique se formule à travers le personnage de Charles Lindbergh, un président des États-Unis ouvertement xénophobe, populiste et proche des idéaux nazis. Si ça vous rappelle quelqu’un, c’est que c’est probablement voulu.

La guest star ultime : Hugh Grant
Comme d'autres avant lui, Hugh Grant, à défaut d'avoir des rôles passionnants au cinéma, trouve une seconde jeunesse sur le petit écran. Après la mini-série en trois parties, A Very English Scandal, l’Anglais sera à l'affiche de The Undoing, un thriller psychologique piloté par le scénariste David E. Kelly (Ally McBeal ou Big Little Lies, qui devrait s'arrêter au terme de sa deuxième saison) et tourné aux côtés de Nicole Kidman. Un casting qui a donc tous les arguments pour susciter quelques mouvements dans les sous-vêtements des nostalgiques des 90’s.
Dizzee-and-Wiley-920x584Au fait, il y a quoi du côté des séries-documentaires ?
Le grime, chez Brain, on en a longuement parlé ici. Mais certains ont eu la bonne idée d'en faire des livres. De très bons livres, même, à l'image d'Inner City Pressure : The Story Of Grime de Dan Hancox, que Pulse Films et Paramount Television ont l'intelligence de vouloir adapter en série. Pourquoi ? Parce que rien ne raconte mieux le Londres des années 2000 et 2010 (sa pauvreté, sa politique, ses émeutes, sa gentrification, etc.) que les textes de Skepta, Stormzy, Giggs ou Wiley.

L’interview du mois :
«Quand on a lancé Woody Woodpecker sur YouTube en 2017, ça a tout de suite marché et la chaîne portugaise qui lui était dédiée pour le Brésil a cartonné ; on a su qu’il y avait là une opportunité unique d’en faire plus avec ce personnage culte.» Dans un communiqué de presse, Rob Bell, vice-président exécutif d’International New Media et NBCUniversal Global Distribution, explique le retour de Woody Woodpecker sur YouTube avec dix nouveaux épisodes de cinq minutes.

OSEF : le salaire des acteurs et actrices de vos séries préférées
Personnellement, on s’en fiche comme de la carrière de Julien Doré (oui, c’est ce qu’on appelle une attaque gratuite), mais Brain est un site d’informations. En bons gentlemen, on vous communique donc l’info. Ce qui donne : un million de dollars par épisode pour Javier Bardem, Reese Witherspoon et Jennifer Aniston (pour des séries pas encore diffusées sur Amazon et Apple), mais aussi pour Elisabeth Moss et Norman Reedus, respectivement à la tête de The Handmaid's Tale et The Walking Dead ; 350 000 dollars par épisode de Stranger Things pour Millie Bobby Brown (soit 100 000 de plus que ses petits camarades, la veinarde) ; ou encore 40 000 dollars pour les héros de Riverdale – en comparaison avec les autres acteurs et actrices pré-cité(e)s, KJ Apa, Cole Sprouse, Lili Reinhart et Camila Mendes passeraient donc presque pour des saltimbanques.twinKyle MacLachlan, un étranger à Hollywood
Dans la vie, il y a deux types de personnes : ceux qui connaissent Kyle MacLachlan pour son rôle de Dale Cooper dans Twin Peaks et ceux qui l’identifient grâce à ses apparitions récurrentes dans Desperate Housewives. Sans renier l’intérêt de cette dernière, on doit bien avouer faire plutôt partie de la première catégorie. Parce que David Lynch (avec qui Kyle MacLachlan collabore pour la première fois en 1984 sur le tournage de Dune), parce que la chambre rouge, parce que les tartes à la cerise, parce que le café et parce qu’Audrey Horne.

Mais Kyle MacLachlan, c'est surtout un acteur dont les apparitions (même brèves) marquent systématiquement les esprits. C'était parfois le temps de quelques épisodes (New York, unité spéciale, Roswell, The Good Wife), mais d’autres fois (par chance) sa présence à l’écran s’inscrit dans le temps. Les fans de Sex and the City se souviennent ainsi parfaitement de Trey MacDougal, le premier mari de Charlotte York. Ceux de How I Met Your Mother du capitaine George Van Smoot qui, alors que les aventures de Ted et ses amis commençaient sérieusement à saouler, permettait à la série de conserver un semblant d’intérêt. Pourtant, Kyle MacLachlan n’a que rarement connu les honneurs des médias et du grand public. Une hérésie, à en croire cette interview de David Lynch, donnée à l’époque de la sortie de Blue Velvet : «Il est intelligent, il est beau, il n’a pas de problèmes avec les filles. Et il peut jouer l’innocence, l’obsession, le raisonnement. Il y a des acteurs que vous ne voyez pas réfléchir quand vous les regardez dans les yeux. Kyle peut réfléchir à l’écran.»

Le truc, c'est que Lynch et lui se comprennent parfaitement : ils viennent tous les deux d'une petite ville du nord-ouest des États-Unis et entretiennent un profond respect l’un pour l’autre. MacLachlan, né dans l'État de Washington d'un père agent de change et d'une mère directrice de relations publiques dans une école, peut d'ailleurs remercier sincèrement le réalisateur américain d'être revenu avec une troisième saison de Twin Peaks à l'été 2017. Depuis, grâce à une performance aussi improbable qu’exceptionnelle, l’acteur a la côte : il y a peu, il était à l’affiche de La prophétie de l’horloge avec Cate Blanchett et Jack Black ; d’ici peu, il incarnera le président américain Franklin D. Roosevelt dans le cadre de la nouvelle série norvégienne Atlantic Crossing. Le pitch ? L'histoire qui lie le président à la princesse Märtha, héritière de Norvège, que Roosevelt a accueillie pendant la Seconde Guerre mondiale à Washington. Pour le moment, la diffusion d’Atlantic Crossing devrait être limitée à la Norvège. On peut bien évidemment le regretter, mais on peut aussi en profiter pour poser une vérité, vérité désormais irréfutable : Kyle MacLachlan est définitivement condamné à évoluer en marge de l’industrie hollywoodienne. Et c’est sans doute pour le mieux !

La guest star inattendue : Nekfeu
Récemment, My Hero Academia est revenu avec une saison 2, et une petite surprise : la présence de Nekfeu au doublage d'All For One, l'un des personnages les plus sombres du manga écrit et dessiné par Kōhei Horikoshi. Ce qui vient confirmer deux choses : qu’Orelsan, au casting de la version française de One Punch Man, n’est plus le seul à doubler des mangas ; et que Nekfeu est définitivement partout, sur les albums de ses potes (S.Pri Noir, Jazzy Bazz...) comme sur nos écrans. 

L’interview du mois 2.0 :
Dans une intrigante interview accordée à So Film, Laura Ricciardi, l’une des deux réalisatrices de Making A Murderer, revient sur les coulisses de sa série et de la deuxième saison : «Il y a eu tellement d’avancées scientifiques et législatives depuis la condamnation à tort de Steven Avery pour viol et agression en 1985 qu’on pourrait presque se dire que ce sont des erreurs du passé, que le système judiciaire a évolué au point d’être devenu pratiquement parfait… Sauf qu’avec la série, le but était de tester ça. Ça voulait dire essayer de comprendre comment les choses ont pu si mal se passer en 1985, au point qu’un homme innocent, qui n’avait jamais attaqué cette femme sur une plage du Wisconsin, a fini par passer dix-huit années de sa vie derrière les barreaux, alors même que le vrai criminel dans cette histoire était libre et attaquait d’autres femmes. Grâce à Making A Murderer, on a eu la possibilité de prendre de la hauteur et de mettre en lumière l’échec du système et les raisons de cette violente faillite de la justice. Et on a continué, on a suivi la nouvelle affaire en cours sans s’occuper de sa culpabilité ou de son innocence, mais en plongeant avec Steven Avery, sa famille, ses avocats, dans les méandres d’une affaire judiciaire.»

La photo qui rend nostalgique :
Les vrais savent qu’il y a dix ans tout pile, The Constant débarquait sur nos écrans et s’imposait illico comme l’un des meilleurs épisodes de Lost. Avec, en prime, l’une des meilleures déclarations d’amour de l’histoire des séries télé entre Desmond et Penny. Et ce n’était ni fleur bleue, ni plan-plan, c’était simplement génial !Capture d’écran 2018-12-04 à 14.17.55