Vous sortez I've Got Trouble In Mind Vol.2, une compilation de morceaux rares, d'inédits... et de chants de Noël. Vous pouvez revenir sur la genèse du projet ?
The Limiñanas : On avait sorti une première compilation I've Got Trouble In Mind en 2014. On voulait réunir tous les enregistrements qui étaient éparpillés a droite et à gauche. Les chansons enregistrées pour des tributes, les faces B…. C’était l’idée de Bill et Lisa Roe du label Trouble in Mind à Chicago, notre premier label (qui a donné son nom au disque). Parce qu'on est des vrais geeks de la musique, on est toujours en train d'enregistrer. Cet été, on s'est rendu compte qu'on avait accumulé tellement de matériel depuis cette première compilation qu'on avait de quoi sortir un double-album : un  live, quelques raretés, six morceaux pas encore mixés qu'on a envoyés à Jim Diamond (le producteur des premiers White Stripes, ndlr).

J'ai beaucoup aimé le disque alors que j'ai souvent du mal avec les compilation d'inédits et de raretés. Généralement, les maisons de disques raclent les fonds de tiroir et sortent des morceaux moyens en sachant que les fans hardcore vont les acheter quand même...
Nous-mêmes, on s'est tellement fait avoir avec ce genre de disques ! Tu achète un album des Stooges et tu te retrouves avec un enregistrement d’Iggy Pop qui tousse. (Rires) On voulait sortir un disque cohérent, dans lequel l'auditeur puisse entrer. Ça a nécessité un long travail de recherche et de tri.

La mixtape de Noël des Limiñanas

Votre trajectoire est inhabituelle : vous avez d'abord été repérés aux États-Unis avant d'être signés sur un label français, Because Music.
C'est un concours de circonstance. On jouait dans des groupes de garage depuis toujours. On n'avait pas prévu de faire un projet tous les deux ensemble. Encore moins de tourner partout. On s’est fait repérer par Trouble in Mind par hasard, parce qu’on bidouillait des morceaux à la maison. Ils nous ont proposé de faire un 45-tours. C'était il y a dix ans. On n'a jamais arrêté depuis. 

Vous n'aviez jamais pensé vivre de votre musique ?
Jamais. Mais ce qui est certain, c'est qu'on a bénéficié de toutes les galères qu'on s'est mangées dans les années 80. Aujourd'hui, l'industrie du disque est à sec. Nous, on n'a jamais eu d'argent, alors ça ne nous pose pas de problème. On a jamais eu besoin de travailler dans des conditions confortables.

Vous tournez dans le monde entier, mais vous rentrez toujours dans votre village près de Perpignan, Cabestany.  Ce n'est pas galère, parfois ?
Si, on doit aller à Barcelone pour prendre l'avion quand on va jouer en Grèce, par exemple. Mais il n'a jamais été question de partir. Ça n'a rien à voir avec de l'antiparisianisme primaire : on adore la capitale, on est toujours très heureux d'y jouer. Mais c'est plus facile et d'enregistrer de chez nous. La vie est plus douce et moins chère. Et puis, c'est chez nous depuis toujours. 

Passion chants de Noël

Dans I've Got Trouble In Mind Vol.2, il y a justement deux morceaux que vous avez sortis chez le disquaire indé / label de Perpignan Cougouyou
C’est le disquaire indé de la ville. Il est très érudit en musique électronique et en musique répétitive : toute la scène krautrock, Can et compagnie. 

En parlant de votre entourage, est-ce que vous pouvez nous parler de votre ami Elric Dufau, qui a réalisé les pochettes ?
C’est un vieux copain à nous, il est avec nous ce soir. Il est dessinateur de BD et illustrateur. On aime beaucoup son travail. On a déjà fait des concerts dessinés avec lui : il illustrait les morceaux les uns après les autres en direct sur un vidéoprojecteur. On connait aussi bien son père, qui est un grand fan de SF et de musique psychédélique. Il a appelé son fils Elric en référence au roman Elric le nécromancien de Michael Moorcock.

Sur le disque, on retrouve vos collaborateurs de longue date (Pascal Comelade, Anton Newcombe) mais aussi des plus récents comme Peter Hook (le bassiste de Joy Division et New Order, ndlr). C'est une association inattendue ça, non ?
Pour nous, c'était complètement impensable. On est de grands fans. D'habitude nos collaborations se font naturellement. Cette fois-ci, on avait demandé à notre label de nous mettre en relation avec lui. Quand on a reçu les parties de basse et de chant qu'il nous a envoyées, on était comme des gosses. On avait le son de ce type-là dont la musique nous a bercé toute notre adolescence.

Grosse grosse passion chants de Noël

On vous associe souvent à un son très sixties, alors que vous êtes aussi influencés par des groupes new wave des années 80 et bien d'autres choses...
On a mélangé tout ce qu'on aimait, tous nos disques de chevet. On écoute beaucoup de choses des années 60, mais pas que : des disques de Can, des Cramps, des Stooges, de chanteurs français barrés comme certains sons de Ronnie Bird ou le Gainsbourg de ces années-là, du punk américain, du garage punk des 60's, certains trucs néo-garage des années 80, des compilations de musiques psyché libanaises et turques... Aujourd'hui, on est moins hystériques sur l'achat de disques qu'on a pu l'être dans le passé, mais il nous arrive encore de nous prendre des gifles en découvrant des artistes qu'on ne connaît pas : il y a deux-trois ans avec Sleaford Mods, ou plus récemment avec le groupe psyché belge The Sore Losers.

Le disque comporte plusieurs reprises. C’est un exercice de style que vous affectionnez ?
On adore ça, c'est un exercice très drôle. Le travail est déjà fait. Tu n'as pas à trouver des grilles d'accords ni à écrire le texte. Les paroles c'est toujours la partie la plus compliquée du travail. Tu peux facilement avoir l'air con avec de mauvais textes, surtout quand tu écris en français. Avec une reprise, la seule question que tu te poses, c'est : de quelle manière j'aurais envie d'écouter ce morceau ?   

Parmi ces reprises, on trouve des références à vous évidentes (Kinks, Echo & The Bunnymen), mais aussi des choses plus surprenantes comme La Cavalerie de Julien Clerc.
C’est une commande à la base. On bossait sur un tribute à Etienne Roda-Gil (parolier qui a écrit des chansons pour Julien Clerc, ndlr), et on a redécouvert ce morceau dans ce contexte. On a trouvé que la production était vraiment bien, alors on a tenté le coup en se disant qu'on verrait bien ce que ça donne. On aime bien faire des reprises un peu étonnantes. Là, on vient d'en faire une des Poppys.

Une reprise d'un titre de Lords of the New Church

On l'a déjà dit, I've Got Trouble In Mind Vol.2 contient aussi des chansons de Noël (deux, pour être précis). Comment fait-on pour réhabiliter une tradition aussi désuète ?
On est super fans des chansons de Noël ! On a déjà repris Christmas de Darlene Love. C'est un morceau formidable, produit par Phil Spector. On l'entend dans toutes les compilations de Noël de Spector, et dans la scène d'ouverture des Gremlins de Joe Dante. Si quelqu'un prétend ne pas aimer les chansons de Noël, fais-lui écouter : s'il a un minimum de sensibilité, ça devrait marcher.

À quand le disque de Noël entier ?
Franchement, on le fera un de ces jours si on a le temps.

++ I've Got Trouble In Mind Vol.2 est sorti en novembre chez Because Music
++ Vous pouvez suivre The Limiñanas sur Facebook et Bandcamp. RDV ici pour voir comment leur énergie se déploie dans le feu du live.
++ Le 4 décembre, le duo se produisait dans notre bar de nuit éphémère, le (pardon). Report vidéo ci-dessous :

Crédit photo : Emmanuel Fontanesi.