Capture d’écran 2019-01-07 à 10.37.55Pour certains trentenaires, porter un t-shirt où Jacques Chirac saute les portiques du métro est une sorte de madeleine de Proust hypra-hype qui les ramène à une époque où tout ne semblait pas si désespéré, ou du moins à un âge tendre où ils ne se rendaient pas compte de la merditude des choses. C'est bien mignon d'être nostalgique mais faire d'une icône pour hipsters et jeunes gens modernes celui qui en 1991 parlait du "bruit et des odeurs" au sujet des immigrés, c'est souffrir d'amnésie voire de révisionnisme aigu. Dernièrement, la tendance du recyclage pop des politiques s'est intensifiée : Giscard, Balladur, Raffarin ou Jean Lassalle se sont tous faits relifter, soit par des marques, soit par des musiciens. Pourquoi pas, mais quand vos petits-enfants se rabouleront avec leurs hoodies Marion Maréchal et leurs remixes trap-zouk-gabber des discours de Macron, vous allez voir flou. Au-delà de la liberté de parodier, et si on arrêtait de rendre cool à leur insu ceux qui nous gouvernent ou nous ont gouvernés ?

Fin novembre, Dombrance nous régalait d'une réjouissante track électro-disco à la gloire de Jean-Pierre Raffarin, grimé pour l'occasion en Salt Bae. Passé le plaisir de l'incongruité de shaker son booty en pensant à l'ancien premier ministre, jamais le dernier pour entonner du Johnny, on se retrouvait tout perplexe. Twerker avec celui qui a mené le désossage des retraites de la fonction publique avec François Fillon, est-ce bien sérieux ? Les reprises trap de Khaled Freak qui dopent à l'auto-tune les petites phrases politiciennes ou l'ode deep house à Jean Lassalle par le label marocain Palm Therapy Sounds, elles, sont bâtardes. Elles ont une portée critique en mettant en lumière l'impressionnante quantité de WTF proférée par nos représentants mais restent somme toute superficielles, un peu comme un montage made in Quotidien.  

Dans le rock indé aussi, la réappropriation des figures politiques fait rage. Le groupe Balladur, signé chez Le Turc Mécanique, redonne du cachet au nom du double menton le plus célèbre de France. Si on ne s'inquiète pas trop d'un éventuel retour de sympathie pour ce cher Edouard, c'est bien le signe que détourner les figures de la France à papa est une tendance lourde.

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Figurez-vous que même VGE a vu sa cote remonter à l'Argus. Vous connaissiez le steampunk, mais aviez-vous déjà entendu parler du Giscardpunk ? Le théoricien du genre, Florent Deloison, le définit ainsi : "le Giscardpunk est une uchronie dystopique ayant pour point de départ la réélection de Valéry Giscard d’Estaing en 1981. A partir de là, la France, redeviendra une grande puissance mondiale, les villes seront reconstruites afin de ressembler à la Défense, nouveau modèle d’urbanisme, et toute l’innovation technologique restera centrée sur les succès des années 1970 et 1980 tels que le minitel ou le TGV orange. " De la science-fiction franchouillarde qui a inspiré la synth pop de Cour de récré :

Dans le Giscardpunk, c'est la foi dans le Progrès et l'Etat, aujourd'hui très émoussée, c'est le moins que l'on puisse dire, qui inspire. En invoquant les anciens chefs, on s'inquiète en creux de l'anomie actuelle, qui fait vaciller toutes les institutions.

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A la fois symbole de l'ère du vide où tout est vidé de sa substance et réduit à l'état de slogan (coucou Gilles Lipovestky) et témoin du passéisme qui imprègne notre époque au pied du mur, restons vigilants face au phénomène. Car qui a envie de voir un jour sa descendance porter l'un de ces affreux bouts de tissu ci-dessous ?Capture d’écran 2019-01-07 à 10.43.59