Ça se binge : Making A Murderer
Parce que j’ai une vie et que je n’ai pas forcément le temps de mater toutes les séries en temps réel, il m’a fallu quelques semaines pour regarder la deuxième saison de Making A Murderer, deux mois après sa sortie sur Netflix. Traitez-moi de ringard si vous voulez, mais l'attente valait le coup ! Et puis ça me permettait de binge-watcher cette saison de la même façon que je l'avais fait pour la première - juste avant Noël, donc, entre deux pintades et quatre bûches. Ce que ça raconte ? L'histoire de Steven Avery, un homme d’origine modeste condamné pour agression sexuelle et tentative de meurtre en 1985, mais libéré après dix-huit ans de prison à la suite d'une expertise génétique. Chouette nouvelle, me direz-vous. Sauf que deux années plus tard, Steven Avery, qui a eu le courage (et la folie, visiblement) de s’attaquer au système judiciaire américain, finit de nouveau derrière les barreaux, cette fois aux côtés de son neveu Brendan Dassey, pour l’assassinat présumé de la photographe Teresa Halbach, survenu près de la casse automobile tenue par sa famille.makingAlors que les dix premiers épisodes se focalisaient essentiellement sur ce procès, cette nouvelle salve d'épisodes s'intéresse davantage à ce qui a bien pu se passer ces dix dernières années. Le mécontentement de la famille Halbach et de ses partisans, qui reprochent aux réalisatrices (Laura Ricciardi et Moira Demos) et à Netflix de prendre parti pour la famille Avery (et donc contre la justice américaine) ; l’arrivée de l’avocate de Steven Avery, Kathleen Zellner, qui a contribué à faire libérer dix-huit hommes condamnés à tort – ce qui explique sans doute pourquoi elle se permet de reprendre son dossier à zéro ; le travail de reconstitution, très méticuleux et passionnant à observer ; l’évolution d’une société, que les réalisatrices scrutent avec intelligence, et de manière bien plus affirmée que lors de la première saison.

Surtout, cette deuxième saison permet de mieux comprendre le titre de la série : «fabriquer un meurtrier». À travers les reconstitutions orchestrées par Kathleen Zellner Je n’ai qu’un seul but, celui de casser la condamnation de Steven Avery… S’il est coupable, alors j’échouerai», dit-elle, déterminée) ou les analyses méthodiques de Laura Nirigder, avocate de Brendan Dassey, Making A Murderer se rapproche de plus en plus du thriller (du divertissement, diront les plus exigeants !) et questionne plus franchement le rôle de l’État dans cette affaire. Pendant ce temps, Steven Avery, lui, continue d’afficher une sérénité qui, tantôt fait mal au cœur, tantôt force l’admiration.

Le trailer qui fait le buzz : One Punch Man
Désormais produite par J.C. Staff, l'un des studios japonais les plus réputés, One Punch Man annonce son retour pour avril. Saitama revient en effet kicker des fesses dans une saison 2, toujours écrite par Tomohiro Suzuki et dessinée par Chikashi Kubota. Et, à en croire le trailer, de nouveaux personnages (King, supposé être «l'homme le plus fort du monde») vont faire leur apparition. Reste à espérer, côté francophone, qu’Orelsan soit lui aussi de la partie pour assurer la voix de Saitama.

La série qu’on aimerait spoiler : Les Sauvages
Comme de plus en plus régulièrement ces dernières années, il s'agit d'une série française : Les Sauvages. Et les raisons sont nombreuses : parce que Rebecca Zlotowski est à la réalisation, parce que le casting est totalement fou (Marina Foïs, Sofiane, Roschdy Zem ou Amira Casar) et parce que la série adapte la saga de politique-fiction du même nom de Sabri Louatah. Soit la rivalité fictive entre l'ancien président français Nicolas Sarkozy et un candidat socialiste d'origine kabyle (Idda Chaouch) lors de la campagne présidentielle de 2012. Diffusion prévue sur Canal+ au premier trimestre 2019, c’est-à-dire le temps de tourner toute cette petite histoire en janvier, entre la région parisienne et Saint-Étienne.

OSEF : le retour des Chevaliers du Zodiaque
Parfois, on se dit que Netflix ferait bien de privilégier la qualité à la quantité - en France, les navrants Marseille et Plan-cœur en attestent de façon éclatante. Là, en voyant la bande-annonce du retour de Seiya et ses camarades chevaliers (prévu pour l'été 2019), on craint le pire...zodiaqueÀ noter que le site ADN (Anime Digital Network), première plateforme française de vidéo en ligne dédiée à l'animation japonaise, vient quant à lui de lancer un spin-off de la saga Saint Seiya : Saintia Shô. Et, sans vouloir installer une concurrence malsaine entre les deux plateformes, c’est peut-être là que le salut des Chevaliers du Zodiaque se trouve. 

L’interview du mois : Doug Ellin
Dans une interview accordée à Entertainment Weekly, Doug Ellin, le créateur d'Entourage, évoque sa vision d'Aquaman, lui qui envisageait à travers sa série (et à travers son personnage phare, Vince Chase) une adaptation cinématographique du héros de DC Comics. Une façon de rappeler que Doug Ellin a devancé de dix ans James Wan (aujourd'hui à la réalisation du film Aquaman, vous suivez ?), mais aussi de rappeler qu'Entourage a toujours senti les coups venir - petite pensée pour les producteurs qui ont financé Narcos et Gatsby Le Magnifique après que la série de HBO eut réalisé plusieurs épisodes autour de potentiels longs-métrages nommés Medellin et de Gatsby, où Vince Chase incarne tour à tour Pablo Escobar et Nick Carraway.

«Mon assistante en post-production, Janace Tashjian, a travaillé sur certains projets avec James Cameron, et j'avais écrit dans le script : "l'Aquaman de James Cameron". Donc elle me dit : "Qu'est-ce que tu es en train de faire ?". Je lui réponds : "Eh bien, tu dois me le ramener". Un peu comme si ça ne pouvait fonctionner que si James le réalisait, sinon il n'existera pas. Et c'est marrant parce que les dix années qui venaient de s’écouler - bien que Spider-Man avait été un énorme succès - donnaient l'impression que les films de superhéros avaient perdu de leur éclat. Et maintenant, dix ans plus tard, chacun de ces films a plus de succès que le précédent et semble encensé aussi bien par le public que par la critique. Mais à l'époque, ça paraissait un peu idiot. Même Vince le disait : "Je ne fais pas Aquaman".» Comme quoi, les modes changent à Hollywood !

La guest-star ultime : Ellen Page
Si on vous avait dit un jour que Gerard Way (ex-chanteur de My Chemical Romance) adapterait le comics  The Umbrella Academy pour Netflix avec Ellen Page dans le rôle principal, vous y auriez cru ? Personnellement, j'aurais préféré me fourrer des fourchettes rouillées dans les yeux plutôt que d'en admettre la possibilité. Et pourtant, c'est bien ce que Netflix vient d'annoncer pour le 15 février prochain, sans se douter du sentiment étrange que cela provoquerait.

umbrellaCar, oui, il est possible d’être totalement craintif à l'idée d'assister à une nouvelle adaptation en série d'un comics par Netflix (à part Daredevil, tous les autres projets ont suscité autant d’intérêt que la lecture de l’annuaire de Basse-Normandie, il faut bien le dire), mais également totalement intrigué à l'idée de retrouver Ellen Page à l'écran, elle qui s'est plutôt fait rare ces dernières années. À l'image de Robert Sheehan (Nathan dans Misfits) ou Mary J.Blige, également annoncés au casting, mais dont la rareté s’explique probablement par d'autres raisons.

Au fait, il y a quoi du côté des séries-documentaires ?
Parce qu'il n'y a pas que Making A Murderer ou Mindhunter : Netflix a décidé d'exploiter encore un peu plus sa fascination (et la nôtre également) pour les esprits criminels avec The Ted Bundy Tapes, une nouvelle série documentaire centrée sur Ted Bundy, un tueur en série qui, de 1974 à 1978, a enlevé, violé et tué (au moins) trente jeunes femmes. Pas vraiment la définition d'un mec bien, donc, et les nombreux enregistrements réalisés peu de temps avant son exécution sont là pour le rappeler. Mais aussi pour tenter de comprendre ce qui pouvait bien se tramer dans la tête de ce cerveau malade.

L’événement Black Mirror
Un geek mal dans sa peau qui vit seul avec son père depuis la mort de sa mère, un développeur de jeux vidéos aux faux airs d'Élise Lucet, un roman de fantasy à choix multiples qu'il s'agit d'adapter en jeu vidéo (Bandersnatch) : voilà, en résumé, le pitch de l'épisode interactif de Black Mirror. Celui que Netflix a publié juste après Noël, celui dont tout le monde parle depuis, celui qu'il faut avoir vu, pour ou contre lequel il faut se positionner, sans forcément prendre le temps de digérer l'innovation technologique proposée ici par la plateforme américaine. Car, oui, la prouesse technique est impressionnante : elle permet à certains stades de la narration de prendre possession de l'épisode, d'opter entre deux choix inscrits en bas de l’écran et de perdre complètement la notion du temps en s’amusant à choisir telle ou telle option (la barre du temps est d’ailleurs absente de l’écran, impossible donc de savoir où nous en sommes dans l’épisode, ou de revenir en arrière).

Bandersnatch_Netflix_Ringer.0

Au début, ces choix paraissent plus amusants qu’essentiels au bon déroulement du scénario (des Frosties ou des Sugar Puffs! au petit déj, sérieusement ?), mais très vite, les décisions se veulent de plus en plus cruciales et l’on comprend alors toute la richesse narrative de Bandersnatch, mis en scène par David Slade (déjà à l'œuvre sur Metalhead dans la saison 4). Ce n'est pas simplement le parallèle entre le spectateur et le personnage principal (lui-même programmateur d'un jeu à choix multiples) qui intrigue ici, c’est bien la spirale dans laquelle semble tomber Stefan (Fionn Whitehead, vu dans Dunkerque) au fur et à mesure que les minutes défilent. Peu importe les choix effectués (et on en a testé pas mal, au point de bousiller toute une matinée à se repasser l'épisode pour «jouer» notre propre histoire), l'état mental de Stefan paraît systématiquement fragile, tantôt sous psychotropes, tantôt perturbé par une myriade de théories du complot qui remettent en cause jusqu’à sa propre existence.

Et c’est probablement là la limite de Bandersnatch : malgré sa dizaine de fins possibles, aucune d’entre elles ne paraît réellement optimiste. Pire, comme l'a remarqué un utilisateur de Reddit, qui a cartographié l'épisode, seules deux décisions parmi les dizaines mises à notre disposition peuvent réellement faire basculer le scénario. Ça fait mal de l'apprendre, surtout quand on a passé presque trois heures à refaire la vie de Stefan, à l'obliger à revivre plusieurs fois les mêmes scènes façon Un jour sans fin (sauf que là, Relax de Frankie Goes To Hollywood a remplacé I Got You Babe de Sonny & Cher au réveil) et à lui faire commettre des gestes parfois morbides. Au point que l’on ne sait plus ce qui est le plus cruel : Charlie Brooker, qui s’amuse du spectateur ? Ou nous-mêmes, avec notre nouvelle faculté à contrôler la vie de personnages au destin parfois funeste ?

Le pilote qu’on aurait aimé voir un jour : Heat Vision and Jack
Imaginez un peu : on est en 1999, Ben Stiller, Jack Black et Owen Wilson sont alors d'immenses stars (notamment grâce à des rôles respectifs dans Mary à tout prix, Disjoncté et Rushmore) et la FOX a la grande idée de leur commander une série de science-fiction (tendance comique, bien sûr !), écrite par Rob Schrab et Dan Harmon (monsieur Community et Rick & Morty, dont on vous parlait ici-même). Cerise sur le gâteau : Metallica, Tom Jones et The Prodigy étaient censés assurés la B.O. de ce projet totalement fou, où Jack Black jouait le rôle d’un ancien astronaute et Owen Wilson celui d’une moto qui parle - tandis que le pilote, lui, se concluait dans un strip club avec Jack Black utilisant un soutien-gorge devant les yeux pour bloquer un Alien nommé Parangon. Hélas, le projet n'est jamais sorti.

L’interview du mois 2.0 : Steve Carrell
Et autant vous le spoiler d’emblée : l’interprète de Michael Scott dans The Office n’a pas vraiment l’intention de sacrifier sa série au nom d’un mythe trop présent : «J'ai l'impression d'être un disque rayé à parler de The Office, parce qu'on me le demande beaucoup. La série est beaucoup plus populaire aujourd'hui qu'au moment de sa diffusion. Je ne peux pas imaginer que ça (un remake, une suite, un reboot... ndlr) puisse être pareil, et je pense que la plupart des gens voudraient que ce soit pareil, mais ce ne serait pas le cas. Au bout du compte, je pense qu'il est mieux de laisser la série tranquille et de la laisser exister telle quelle. Il faudrait avoir littéralement les mêmes scénaristes, les mêmes producteurs, les mêmes réalisateurs et les mêmes acteurs, et même avec tous ces éléments, ça ne serait pas la même chose. Donc non. Mais j'adore la série ! C'était un moment hyper-excitant et toutes ces personnes sont mes amis. On l'adore tous. C'était quelque chose de spécial. C'était quelque chose de spécial bien avant que les gens ne considèrent que ce soit quelque chose de spécial. Mais non.»

La photo qui rend nostalgique :sherlock-holmes-critica-clasico-anime-miyazaki-pagotLes abonnés à Canal+ en 1984 ou les jeunes biberonnés aux matinées devant le Club Dorothée une décennie plus tard s'en souviennent parfaitement : l'anime Sherlock Holmes, sur lequel l'indépassable Hayao Miyazaki a pas mal bossé, est mythique à plus d'un point - et pas seulement parce que l'adaptation s'éloigne du côté purement british du scénario original d'Arthur Conan Doyle. Bonne nouvelle : juste avant Noël, Netflix a balancé l'intégralité de la série (soit une saison de 26 épisodes) sur ses différentes plateformes.