- Le culte de la win : Je deviendrai l’homme le mieux bâti du monde et j’irai en Amérique faire des films”, aurait dit Arnold à ses parents quand il était enfant. La fabrique d'Arnold Schwarzenegger retrace l’histoire d’une volonté peu commune : celle d’un homme qui a “sculpté la réalité à l’image de son rêve d’enfant” grâce à une discipline de fer. Un vrai self-made man devenu champion du monde de bodybuilding, puis superstar d’Hollywood grâce au succès de Conan le Barbare et Terminator, avant de briser le plafond de verre de la politique en devenant le premier culturiste à accéder au poste ô combien convoité de Gouverneur de Californie. Bref, un bon élément pour la start-up nation. Ou, comme il le dit lui-même, "l'incarnation du rêve américain en chair et en os".

- Les coachs lifestyle d’Instagram : Bien avant les instagrammeurs qui partagent des vidéos d'eux en train de faire du crossfit yoga, vantent les bienfaits de leurs smoothies gluten free et font des placements produits pour des détox anales, Schwarzy était l'influenceuse de toute une nation. Sous l’ère Reagan dans les années 80, il s’impose comme le visage de la culture du fitness qui se répand comme une flaque d’huile de coco aux USA. Dans les années Bush en 93, il démarre sa carrière politique en tant que président du Conseil du Gouverneur de Californie sur le conditionnement physique et les sports. Dans les cadres de sa fonction, il donne des cours de sport un peu partout dans le pays - et même sur les pelouses de la Maison Blanche. S’il avait 20 ans aujourd’hui, on parie qu’il se sentirait comme un poisson dans l’eau dans notre époque hygiéniste, où tout le monde semble plus que jamais obsédé par l'alimentation et le soin du corps.

- Les acteurs taciturnes : Le saviez-vous ? Dans le premier Terminator, l’acteur n’a en tout et pour tout prononcé que 17 phrases. Rep a sa Ryan Gosling.

- Le transhumanisme : Cyborg dans Terminator, produit d'une expérience génétique dans Jumeaux, hologramme dans Total Recall et Running Man, clone dans À l'aube du 6ème jour, et même homme enceint dans Junior... On pourrait regarder (presque) tous les films de la carrière de Schwarzy comme les épisodes d’une même série sur le thème du post-humain (le premier qui fait une référence à Black Mirror est fan de Phil Collins). Grâce à sa carrure hors-norme, le type se prêtait bien aux rôles de surhomme, augmenté par un arsenal de prothèses technologiques. Aujourd'hui, le futur que ces films prédisaient est tombé dans le réel : Raymond Kurzweil et les autres n'arrêtent pas d'annoncer la fin de l'homme, les premiers bébés OGM auraient vu le jour en septembre dernier en Chine, et la première grossesse masculine a été annoncée pour 2025. Et Arnold dans tout ça ? Qu’est-il devenu ? Comme les autres gadgets high-tech des années 80 (le premier Macintosh, le walkman K7, la platine vinyle à lecture laser), l’acteur a plutôt mal vieilli : difficile de jouer les machines tueuses quand on a le corps d’un homme de 72 ans. Ces dernières années, on l'a surtout vu dans des séries B médiocres ou dans des blockbusters qui capitalisent sur ses anciens succès.

schwarzy

- La politique-spectacle : Le “Chêne autrichien” n’est pas la première star à se lancer en politique : Ronald Reagan, pour ne citer que l’exemple le plus fameux, était déjà passé par là. Mais rendons donc à Conan le Barbare ce qui est à Conan le Barbare : Schwarzenegger a brouillé les frontières entre ses rôles cinématographiques et sa personnalité politique comme personne d’autre auparavant. L’acteur parsemait ses discours de références à ses répliques les plus célèbres (“Je reviendrai”, “Hasta la vista, baby”), et sillonnait l’État avec des bus baptisés d’après les gros cartons de sa carrière (Running Man, Total Recall, Predator). Comme l’explique Jérôme Momcilovic dans Prodiges d’Arnold Schwarzenegger, l’aller-retour entre la fiction et la réalité était total : Arnold voulait même produire un dessin animé et un comic book intitulés “The Governator” (le surnom que lui donnait ironiquement la presse) avec Stan Lee, dans lequel il mènerait une carrière de super-héros. Le projet a finalement été abandonné.

governator

Le bilan du Governator ? Contrairement à ce qu’on pourrait croire de notre côté de l'Atlantique, où il se traîne une réputation de grand-méchant-républicain, ses opinions  politiques sont plutôt modérées : libérales au niveau économique mais assez cool au niveau des moeurs. Il a notamment légalisé le mariage gay en Californie. Bien qu’il soit notoirement engagé pour l’écologie, on dit que c’est lui qui a introduit le Hummer dans la société civile (cette voiture est dérivée du véhicule militaire Humvee). Selon la légende, il aurait demandé à la firme AM General de sortir un modèle pour les particuliers, après avoir vu passer un convoi militaire sur le tournage d'Un flic à la maternelle en 90, au début de la Guerre du Golfe. Pour concilier son amour des grosses caisses et ses convictions vertes, il conduisait un Hummer... à l’hydrogène ! L'interprète du Terminator a aussi été un apôtre du "transpartisanisme", cette tendance consistant à penser au-delà du clivage gauche-droite. Cette forme consensuelle de la démocratie existe déjà depuis quelque temps aux États-Unis, mais le mal s’est depuis répandu comme une traînée de poudre (de perlimpinpin) jusqu’à chez nous. En marche !

++ La Fabrique d'Arnold Schwarzenegger de Jérôme Momcilovic et Camille Juza sera diffusé ce dimanche 10 février à 23h10 sur Arte.
++ Prodiges d'Arnold Schwarzenegger, le livre de Jérôme Momcilovic, est disponible en librairies.
++ Ecoutez un morceau de la playlist que Krikor a concoctée pour le film ici.