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Pourquoi va-t-on en festival ? Qu’est-ce qui pousse des gens a priori sains d’esprit à passer trois jours sans dormir (ou presque), à écouter de la musique sur une sono approximative, et à danser dans l’urine ? Dans son nouveau bouquin Half a Million Strong, l’universitaire Gina Arnold analyse les raisons étranges qui nous poussent à aller dans ces équivalents terrestres du septième cercle de l'Enfer. Selon l’auteur, il existe une vision idéalisée du festival de musique : celle d’un espace utopique de communion entre les êtres et de régénération spirituelle. Le docu de Michael Wadleigh sur Woodstock (1970), où l’on aperçoit des hippies s’ébrouer joyeusement sur des concerts en plein air et baiser au son des meilleurs musiciens de l'époque, a contribué à figer cette image d’Epinal. L’auteur démontre qu’il s’agit d’une vision largement romancée : le film se base sur de nombreux clichés fictionnels, comme l'idée romantique du retour à la nature. A rebours de cette vision un peu “coucou les nuages”, elle souligne l’aspect exclusif - majoritairement mâle, blanc et boubourge - de ce rassemblement mythique. 

Dans des pages denses et érudites, Arnold nous incite à brûler nos couronnes de fleurs en présentant les festivals comme des lieux hautement excluants, où s’expriment une débauche de privilèges. Il ne fait souvent pas bon d'y être une femme, comme en témoignent les agressions sexuelles massives qui ont eu lieu lors de la seconde mouture catastrophique de Woodstock en 1999.

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De la génération des BabyBoomers à celle des Millenials, les choses ne se sont pas améliorées. On vous apprend rien en vous disant que les prix des événements live ont explosé depuis la crise de l’industrie du disque. Aujourd’hui, les festivals comme Coachella ou Burning Man sont devenus des happenings de luxe, dans lesquels les participants exhibent de façon un poil indécente leurs privilèges (avec des villas de luxe, des tentes climatisées, et ce genre de choses). Bien sûr, à côté de gros mastodontes comme le Lollapalooza ou les Full Moon Parties, il existe des raouts plus petits et plus accueillants. Arnold cite l’exemple du Hardly Strictly Bluegrass, une teuf gratuite qui se tient chaque année au coeur de San Francisco - mais la cité californienne est l’une des villes les plus chères des Etats-Unis. Dans tous les cas, les festoches ne sont pas pour tout le monde.

++ Vous pouvez brûler vos couronnes de fleurs et choper votre exemplaire de Half a Million Strong: Crowds and Power from Woodstock to Coachella ici.