Patrick Rambaud, prix Goncourt 1997, a 72 ans. Mais nous n'y trompons pas, il rend un bon siècle à Emmanuel Macron. Verve haute, plume précise et humour omniprésent. L'auteur n'en est pas à son coup d'essai. Il y avait déjà eu Les Chroniques du règne de Nicolas 1er en 6 tomes, et puis François le Petit. Dans la plus pure tradition des écrivains critiques des leurs puissants contemporains (Hugo, Lamartine, Zola...), Patrick Rambaud nous offre une respiration dans cette littérature auto-centrée.

On imagine l'homme écrire à la plume d'oie. Nous voilà plongés dans le XIXème siècle, quand les présidents côtoyaient les princes, les empereurs et les nostalgiques de la royauté. Quand la République se cherchait encore un peu. Et, ô surprise, elle ne s'est toujours pas trouvée. La Vème République est toujours une monarchie républicaine. Un système dont le président est à la fois le symbole (au même titre que le drapeau ou La Marseillaise) et le garant de l'exécutif. Autant dire une mission impossible. Comment incarner l'immortelle et intouchable France, et en même temps tremper dans les soucis quotidiens des Français ? Autant vouloir préserver l'amour de la passion en incarnant le prince charmant, tout en assumant son système digestif.

En nous parlant du Prince Emmanuel, des ducs de Bordeaux (Juppé) ou de Sarthe (Fillon), du baron de Pau (Bayrou), Patrick Rambaud se dispense d'un long argumentaire. Il nous plonge dans un monde qui semble si loin, et qui est pourtant bien le nôtre. Tout le monde n'a pas besoin d'une DeLorean. Non seulement Macron ne renouvelle pas la Vème République, mais il a même des relents royalistes. Parlons de Macron parce qu'il a été élu, mais ce fut la même chose avec n'importe lequel d'entre eux. C'est tout simplement un système qui cherche son homme providentiel (comme le roi). Qui sanctifie le vote des citoyens (comme la monarchie de droit divin).

Non, nous n'avons pas changé. En deux cent ans, une seule évolution : nous choisissons désormais ceux à qui nous voulons couper la tête. Mais si le livre de Patrick Rambaud est indispensable, c'est que rarement un homme a voulu autant nous faire croire au changement tout en défendant autant l'ancien monde. On dit « rarement », parce que Sarkozy ou Giscard avaient bien tenté d'incarner le changement, mais qui trompaient-ils ? Alors que le jeune Emmanuel a trompé son monde. Et la déception est forte. Si forte, qu'elle pourrait bien engendrer la fin de son système. Et si Macron était le dernier prince français ?

Le passage
Calculateur, le Prince se persuadait que le dernier tour n'offrirait aucune surprise, et il s'autorisait à fêter l'événement inéluctable. Certains allaient l'estimer prématuré, mais ces jaloux ne comptaient pas. Le peuple des votants refuserait l'accès au Trône à un Front populiste qu'ils jugeaient trop extrême. N'importe qui avait sa chance contre Mlle de Montretout. Le Prince régnait déjà. Il le montra en exultant sur scène quand il présenta la Princesse Brigitte qu'il tenait par la main. Plus tard, dans une brasserie de Montparnasse où le couple avait ses habitudes, il reçut celles et ceux qui avaient participé de près à son ascension.

Incipit
Le Prince était solitaire et en même temps affable. Ainsi était-il fait. Il n'avait jamais été enfant.

Excipit et explicit
« Si Votre Majesté monte sur des échasses pour voir le monde de haut, elle avance de toute façon grâce à ses jambes, et sur le trône le plus élevé, on n'est jamais assis que sur son cul. »

Vous avez aimé, vous aimerez...
La Langue de Trump de Bérengère Viennot, La Garçonnière de la République d'Émilie Lanez, Le feu et la fureur de Michael Wolff, Utopies réalistes de Rutger Bregman, Dans l'Enfer de Montretout d'Olivier Beaumont — oui, que des livres chroniqués sur Brain, mais si l'on vous en parle, c'est que ça vaut le coup d'oeil —, Sacré Graal des Monty Python, Sans peur et sans reproche de Gérard Jugnot, se dire qu'entre gilets jaunes et sans culottes, ce n'est qu'une histoire de liquette.

++ Emmanuel Le Magnifique, de Patrick Rambaud, éd. Grasset, 194 p., 18 €