Qu’on se le dise, 6ix9ine – aka Tekashi 69 – n’a pas plus de classe que de beurre au cul. Aujourd’hui en prison en attente d’un prochain jugement, le rappeur aux cheveux couleur Skittles risque de passer sa vie derrière les barreaux, ciblé par 17 chefs d’accusation liés aux activités un tantinet illégales des Nine Trey Gangsters (avec, dans le tas, du racket, du trafic de drogue et des vols à main armée). Rappelons aussi au passage que le New-Yorkais, accusé de « détournement de mineur dans le cadre d'une performance sexuelle » avec une fillette de 13 ans, a plaidé coupable en 2015 avant d’être condamné en octobre dernier. Bref, un modèle de pureté morale face à la jeunesse américaine décadente. Alors comment diable l’humanité aurait-elle pu donner naissance à un artiste encore plus extrême, avec des tattoos encore plus laids ?

ZillaKami, à l’origine des rumeurs de pédophilie
Le truc, c’est que 6ix9ine n’a à peu de choses près rien inventé de son personnage et de sa musique. Le rappeur est en fait allé plus ou moins tout piquer chez l’un de ses anciens potes : ZillaKami. Lui aussi originaire de New-York, dans un quartier héroïnomane de Long Island, Junius Rogers (son vrai nom) est en quelque sorte son double diabolique. Le style de cet ancien ghostwriter donne déjà une bonne idée du personnage : des tatouages en forme de cicatrices sur la tronche, un look vestimentaire pas très kawaii et des cordes vocales semble-t-il nettoyées à la pyrolyse.

Après avoir collaboré sur quelques sons comme YOKAI et Hellsing Station, précurseurs du style actuel de Tekashi 69 (avec des lyrics bien sales, une ambiance de film d’horreur sataniste, des basses saturées et un flow consistant à gueuler en continu dans le micro), les deux amis d’alors finissent vite par se bouder mutuellement. Le tout à coup de stories Instagram interposées et sur fond de bastons, d’embrouilles de sous et de vols d’instrus. En août 2017, ZillaKami lance même en personne les rumeurs de pédophilie autour de 6ix9ine, en diffusant sur son propre Insta une vidéo où ce dernier tripote les seins d’une gamine de 13 ans, avant de sortir plusieurs diss tracks comme KIDS KUISINE.

Un pyromane fan de lance-roquettes et de cigarettes au PCP
Sauf que si Tekashi s’est envolé en haut du Billboard, avec aujourd’hui des tubes beaucoup plus soft et globalement assez gerbants à l’écoute comme BEBE et FEFE avec Nicki Minaj (avec un flow volé au morceau Two 16’s de Valee, soi dit en passant), ZillaKami, lui, creuse toujours plus profond dans le rap hardcore. Mis à part une très bonne apparition en solo sur le dernier album de Denzel Curry, le rappeur a surtout créé avec un pote new-yorkais sorti de prison, SosMula, un groupe au nom qui respire l’amour et le fun : City Morgue.


Du côté du son, on se retrouve avec une espèce de nu-metal sur des beats de trap, assez similaire à d’autres artistes comme Scarlxrd ou Ghostemane. Mais c’est avant tout sur la forme que ZillaKami semble s’écarter de 6ix9ine. La preuve : ses clips font sans doute partie des vidéos les plus crades de l’histoire du rap.

De l’art de se piquer à l’héro face caméra
Vu qu’il assez difficile de résumer le tsunami de flingues, de gros culs et de drogues visibles à l’écran, tentons plutôt de dresser un top 10 du trash, avec une flopée d’exemples tirés en vrac  des morceaux Shinners 13, 33rd Blakk Glass et SK8 Head.

#10 : un gosse posté dans une ruelle fait mumuse avec une kalash pointée vers la caméra.

#9 : ZillaKami sort un calibre et tire en l’air par surprise, au point de faire sursauter son compère SosMula.

#8 : un type assis dans l’obscurité montre étape par étape comment inhaler du protoxyde d'azote.

#7 : on passe aux mélanges, avec de la MD versée dans une canette de Four Loko (un mix de bière alcoolisée à 14 degrés avec de la caféine et de la taurine).

#6 : de la coke par-ci par-là, avec une demoiselle qui se repoudre le nez sur la poitrine d’une camarade.


#5 : ZillaKami trempe sa clope dans du PCP (et il semble apprécier fumer des cigarettes hallucinogènes, vu qu’il répète plusieurs fois la chose dans ses vidéos).

#4 : passent aussi à l’image des mecs consommant de l’ecsta, du LSD et une tripotée de pilules en tout genre. SosMula engloutit même une sorte de cocktail de drogues mixées au blender, qui ressemble un peu au « death juice » visible dans le clip EARL de Earl Sweatshirt.

#3 : Ce petit plaisantin de SosMula joue maintenant avec un lance-grenades en main, tout sourire.

#2 : ZillaKami, lui, s’en bat les steaks au point de sortir un putain de lance-roquettes, jusqu’alors discrètement caché sous un matelas.

#1 : on atteint le point culminant de la crasse, avec un junkie qui – bien qu’apparemment pas très serein, transpirant à grosses gouttes et le regard dans le vide – se pique face caméra avec une seringue d’héroïne.


Au-delà des clips,
le compte et les stories Instagram de ZillaKami valent aussi le coup d’œil, en tout cas si jamais vous cherchez à tout prix à avoir une vision de l’enfer avant de mourir. Et si, au contraire, vous craignez pour le salut de son âme, rassurez-vous : l’artiste semble malgré tout avoir su rester un grand enfant, notamment lorsqu’il s’amuse avec son BMX, son skate et même des petites voitures (bon, même s’il verse de l’essence dessus pour les faire cramer). Après tout, le rappeur n’a encore que 19 ans.