Bonjour Clara et Canelle, qui êtes-vous ?
Clara et Canelle : Bonjour, on est les Not Cat. On fait des performances, de la décoration et de la scéno' pour des événements. Notre univers est à mi-chemin entre le burlesque et quelque chose de plus conceptuel. La plupart du temps, on fonctionne en jumelles. On interprète des personnages archétypaux, on se déguise et on réalise des actions en fonction. Par exemple : s'entraîner à la gym tonic dans le club en offrant des shots de gin tonic aux gens qui viennent faire du sport avec nous, faire le ménage dans la boîte habillées en soubrettes, s’habiller en veuves italiennes et commander des spaghettis sur Deliveroo avec une table dressée comme dans un restaurant italien au milieu du Badaboum...

C'est quoi l'intitulé de votre métier ? Performeuses ?
On ne sait jamais quoi dire quand on nous pose cette question. La performance ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. On fait aussi nous-mêmes nos costumes, on shoote des photos, on réalise des vidéos… On mixe aussi de plus en plus. Ca va sonner prétentieux, mais ce qu’on aime, c’est l’aspect “art total” de notre travail : tout concevoir de A à Z. Disons qu'on est des artistes multipass !

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Quelle option faut-il prendre au bac pour devenir artiste multipass ?
Option S, puis BAC +9, prépa maths-sup' maths-spé', et une école d’ingé.

J’ai vu sur votre CV que vous aviez fait beaucoup de choses différentes dans vos vies : la danse, la couture, la musique, de la naturopathie… Clara, j’ai même vu que tu avais été présentatrice pour la télé japonaise. C’est vrai ? 
Tout est vrai ! On a eu plusieurs vies. Tu vois ce film, Yes Man ? C’est un peu nous : on se lance dans toutes les aventures qui se présentent à nous.

Clara, comment on se retrouve à bosser pour la télé japonaise ?
Clara : 
J'ai vécu au Japon, je parle japonais couramment. Quand je suis rentrée à Paris, j'ai vu une annonce pour un boulot d'envoyée spéciale en France pour la télé japonaise. C’était une émission touristique avec un ton humoristique. On vendait une vision un peu clichée de la France, mais j’en garde un bon souvenir. Un jour, le descendant de Gustave Eiffel nous a fait monter tout en haut de la tour, à l’endroit où il y a les antennes. On le sait très peu mais il y a un appart là-haut, un petit studio avec une cuisine et une salle de bain. Il n’est plus utilisé, mais à une époque, les techniciens de maintenance y dormaient quand ils devaient bosser la nuit.

Cannes

Canelle, tu viens du burlesque. Comment t’es-tu retrouvée dans cet univers ?
Canelle : J'ai fait des études de langue. À côté, j'étais manager de la boutique du Crazy Horse. Je côtoyais les danseuses tous les jours. En parallèle, je baignais aussi dans l’univers des vêtements - mon grand-père était couturier. Un jour, j’ai commencé à fabriquer mes propres tenues et à danser.

Comment vous vous êtes rencontrées toutes les deux ?
Clara et Canelle : Lors d’une mission à la montagne. On était bookées pour bosser dans un club d'altitude, nommé La Folie Douce. C'était le genre de boîte kitsch où il y a un musicien avec un saxo à côté du DJ. On était sapées en Bond Girls. Pour rejoindre le lieu de la soirée, on devait prendre un télésiège dans le brouillard avec nos combis en latex. Ca pose les bases d'une vraie amitié !

Ce n’était pas bizarre de performer dans ce genre de lieu ?
Si un peu... Parfois on a envie d’amener ce type de performance dans des endroits différents, mais le public n’est pas toujours réceptif. Les gens ont l’habitude de voir des gogos danseuses, pas des shows plus conceptuels. Ils se demandent ce qu’on fout là, si on est payées pour le faire ou si on est juste folles.

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Il vous arrive de vous faire emmerder par des types ?
Pas vraiment, mais on a déjà été confrontées à des marques de misogynie. Une fois on a tourné les talons d’un club parce qu’on a été trop mal accueillies. On avait pas accès aux loges parce qu’on ne nous considérait pas comme des artistes. On devait se changer dans le coin où le financier faisait ses caisses...

Dans quels événements on peut vous croiser ?
Aux soirées du Bal Con, au Badaboum, Chez Castel... On a une résidence au (Pardon). Tous les mois, on fait une soirée construite autour d'un thème loufoque : on a par exemple fait une "nuit mondiale de l'haleine fraîche", durant laquelle on faisait faire des concours de gargarisme aux gens ! Ce vendredi 15 février, on va faire une soirée post Saint-Valentin. Il y aura une chapelle de mariage express. On performe aussi souvent dans des événements mode.

Ca se développe de plus en plus de faire appel à des performers pour des événements, non ? A quoi c’est dû, selon vous ?
C’est un peu triste à dire, mais je pense que c’est lié à la société dans laquelle on vit. On est passés dans le règne de l’image et de "l’expérience". Les gens veulent vivre des choses intenses, et avoir du contenu instagrammable. 

C’est assez déprimant…
Dit comme ça, un peu. Mais ce qu'on aime dans notre boulot, c'est de voir des gens blasés qui commencent à sourire. Au début des soirées, les gens sont souvent timides. Nous, on doit trouver le truc qui casse la vitre et qui fait qu'ils vont enfin commencer à se lâcher. Dans les soirées Fashion Week, c'est encore plus flagrant : tu sens que les gens s'emmerdent un peu, qu'ils attendent qu'un truc se passe. À une soirée Givenchy, on s’était déguisées en jumelles flippantes comme dans The Shining. On jouait à faire peur aux gens. On se mettait derrière eux discrètement pendant le photocall pour les faire sursauter. 

 
 
 
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#givenchyworldtour Party @givenchyofficial @villaeugenie, casting by @marion_boucard #pfw

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Vous ne vous sentez jamais timides ?
Dans la vie de tous les jours, on est plutôt réservées. Mais quand tu joues un rôle, ça te donne tellement de liberté. Tu peux briser toutes les barrières, et faire ce tout le monde rêve de faire sans oser. 

Vous avez de la chance en fait : vous êtes payées pour faire des conneries en soirées...
Oui, mais des conneries très travaillées ! Je pense que les gens ne réalisent pas le taff que c'est : on bosse toute la semaine et tout le week-end, la nuit et le jour...  

UFC Que choisir : c'est quoi votre meilleure performance ? La plus marquante ?
Pour une soirée House of Moda thème "Miss Catastrophe", on avait créé un décor de chantier. On avait mis des casques et des lunettes de travaux, et on cassait des trucs avec des marteaux. Une autre expérience marquante : la fois où été bookées pour l’anniversaire d’un milliardaire russe. C’était dans une crique au Monténégro. Le budget était faramineux : il y avait 17 performers, un feu d’artifice tiré depuis un bateau, et même un showcase privé de Mika. On avait fini par faire une contre-soirée avec les autres performers : on s’était jetés dans une piscine où on n'avait pas le droit d’aller, on mettait de la grosse techno et on buvait du champagne. On avait l’impression d’être des rockstars. 

 
 
 
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House of Moda Miss Catastrophe Performance @houseofmodaparis

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Quels "skills" faut-il avoir pour être un “ninja” de Not Cat, comme on le dit dans le milieu de l’entreprise ?
Ne pas trop aimer se mettre des mines ! Sinon, tu ne tiens pas la distance. À part ça, il faut être polyvalent, créatif, et surtout ne pas avoir peur de se lancer dans de nouvelles aventures. Quitte à se retrouver dans des situations reloues... 

Quel genre de situations reloues ? On veut des anecdotes.
Un jour, on a été bookées pour une soirée au festival de Cannes. On n'avait pas un rond, alors on est parties en camping-car. On dormait sur le parking du Gotha, une sorte de VIP Room au bord de la Croisette. Il n’y avait ni électricité ni salle de bain. La nuit, on allait dans des clubs de luxe où l'on se faisait photographier par la presse people. Le jour, on allait se doucher sur la plage et on faisait caca au café du coin. C'était un peu notre Fyre festival à nous. Je pense qu'on a vraiment vécu l'essence du festival de Cannes : il y a le paraître et l'envers du décor.

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++ Les Not Cat ont une résidence mensuelle dans le bar de nuit de Brain Magazine, le (Pardon). Ce vendredi 15 février, elles assureront le SAV de la Saint-Valentin pour vous. Au programme : chapelle de mariage express, cabinet de divorce facile, et DJ-sets groovy pour danser dans les bras de votre (futur) ex.