Il y a quelques semaines, Jonathan Cohen me disait qu’un tournage avec vous n’était que délectable. Vous êtes si parfaite que ça sur un plateau de cinéma ?
Marine Foïs : Oh non, c’est surtout que l’on est très copains, que l’on s’aime beaucoup et qu’il ne sait plus ce qu’il dit. D’ailleurs, le tournage d'Énorme ne ressemblait à rien, c’était complétement décalé, un peu à l’image de Sophie Letourneur, qui réalise le film. Ça été bien plus bordélique que celui de Papa ou Maman 2, où il était arrivé dans une dynamique infernale, quelque chose qui ne lui permettait peut-être pas de trouver toute sa place pour pleinement s’exprimer.

Celui d’Intime conviction s’est déroulé comment ? D’un point de vue extérieur, on se demande si vous arrivez à être totalement sérieuse sur les plateaux, même lorsqu’il s’agit d’un film noir…
Le ton du film n’entre pas vraiment ligne de compte. Quand on joue Les idoles par exemple, on est tous en train de crever du cigare tellement on rit. Et vous savez pourquoi ? Parce que le sérieux et le dramatique, ça excite ! Ce n’est sans doute pas pour rien si l’on rit davantage aux enterrements qu’aux mariages…

Au moment d’interpréter un rôle, ça vous est déjà arrivé de vous montrer aussi obsessionnelle que votre personnage dans Une intime conviction ?
Ça, il faudrait demander à mon entourage. Ce sont mes proches qui me supportent dans ces moments-là ! Ce qui est sûr, c’est que j’aime quand le film prend toute la place et devient une priorité absolue. C’est une nécessité et un plaisir. De là à me confondre avec mon personnage, je ne pense pas…

Honnêtement, ce genre de rôle, assez grave, c’est une façon pour vous d’enfin remporter un César ?
(Sourire) Vous êtes dingue, non ?

Je ne pense pas, non.
Ce serait pathétique de faire ça ! D’ailleurs, c’est probablement parce que je ne calcule pas ma carrière en fonction des César que je n’en ai pas.

Allez, je suis sûr que vous ne seriez pas contre une petite récompense.
Alors ça, oui ! Ça me ferait hyper-plaisir parce que j’ai un ego surdimensionné. J’aime être regardée, admirée, récompensée. J’aime les honneurs, tout simplement. Mais je vis très bien sans ce genre de certifications. D’ailleurs, je pense que l’on se plante sérieusement si l'on construit sa vie et sa carrière d’acteur à travers ça.

Quand on regarde votre actualité, on se dit que vous n’arrêtez jamais et que le rythme doit être assez intense. Il est si ennuyeux que ça, le quotidien de Marina Foïs ?
Marina se porte bien en ce moment. Et Maxime, comment il va ?

Plutôt bien également.
Plus sérieusement, actuellement, mon problème est de ne pas avoir le temps de faire tout ce que je veux. Parce qu’en plus de ce que je fais, il y a ce dont je rêve : des livres que j’aimerais lire, des gens que j’aimerais voir, etc. J’ai toujours un tas d’envie et je n’arrive pas à me canaliser. Si j'étais un gosse, on me filerait probablement de la Ritaline. D’ailleurs, si vous en avez, n’hésitez pas. Ça me rendrait peut-être moins hyperactive.UIC_©-Severine-BRIGEOT_SBR1051_R3 (1)Quand vous ne travaillez pas, vous courez ou vous tweetez si j’ai bien compris ?
(Rires) Il faut préciser trois choses. La première, c’est que je retweete plus que je ne tweete. La seconde, c’est que je suis davantage sur Instagram. La troisième, c’est que je suis aussi une actrice qui adore aller au cinéma. Je sais me cultiver aussi hein !

Vous y allez pour voir les nouveaux films de réalisateurs en particulier ou pas du tout ?
J’aime l’idée des rendez-vous avec un cinéaste. Donc, j’irai toujours voir un film d’Almodovar ou Honoré, par exemple. Mais ça fonctionne aussi avec les acteurs hein.

Lesquels ?
Par exemple, je ne louperai jamais un film avec Romain Duris. Parce que je le trouve prodigieux et passionnant. Je pense que son sens du détail et de l’écoute m’inspire. On a tourné deux films ensemble, mais j’aimerais renouveler l’expérience. On a d’ailleurs un vieux projet qui traîne à trois, avec Christophe Honoré. Je pourrais piétiner des gens s’il le fallait pour faire exister ce film.

Quand on regarde le Burger Quiz, on a l’impression que vous avez une relation spéciale avec Alain Chabat…
J’ai une passion pour Chabat. Je pourrais utiliser plein de mots ringards pour parler de lui. Du genre : « il une grande richesse de cœur », « il a une grande humanité », etc. Ça sonne faux, hein ?

On va dire que c’est le langage des actrices…
(Sourire) Il y a un peu de ça, c’est vrai, mais c’est sincère pour le coup. Et c’est ce qui fait la différence chez lui. Si on aime autant le Burger Quiz, ce n’est pas simplement parce que les questions sont hilarantes, c’est surtout parce qu’on voit Alain faire ses blagues et éclater de rire aux vannes des autres. Il est là, entouré de gens beaux et drôles. On se sent bien, en sécurité. C’est comme une maison très belle et chaleureuse. Mais je pense que plein de gens se sentent connectés à Alain Chabat. Il a un truc très rare, il est drôle un demi-pas en retrait, quelque chose qui lui permet de ne jamais aller sur des terrains qu’il ne maîtrise pas. Surtout, il a l’élégance de ne pas parler fort. Ça nous rappelle que l’on n’est pas obligé de beugler pour faire rire.

Vous vous souvenez de la première fois avec lui ?
Oulah, question audacieuse ! 

Question mal formulée, c’est vrai !
Je vous fais marcher. Ma première rencontre, c’était chez Wam, la boîte de production des Nuls. Farrugia, sous les conseils de Michel Hazanavicius, était venu voir notre pièce avec les Robin des Bois dans un petit théâtre à Fontainebleau. Il a fini par nous appeler, nous a convoqués chez Wam. On était tous dingues à ce moment-là. On était alors que des inconnus, on s’habillait de peaux de bêtes, on vivait dans la boue… Alors quand on a franchi la porte et que l’on est tombés sur Jean-Pierre Bacri et Chabat en train de jouer au flipper, c’était l’extase. J’aurais pu m’évanouir.

Avec Chabat, vous aviez la même prof d’Histoire, si je ne dis pas de bêtise..
C’est dingue, non ? Le truc, c’est qu’on a tous les deux grandi dans le 91. Lui à Massy, moi à Orsay, mais on s’est retrouvé au même lycée, Blaise Pascal, avec la même professeur d’histoire, Madame Viallat. Je ne sais même pas comment on a fini par s’en rendre compte.

UIC_181001_Photogramme-02_R3Ce devait être une bonne école.
Ou alors, une très mauvaise école qui nous a vraiment donné envie d’aller ailleurs et de ne pas continuer les études. J’opterais plus pour cette option !

Si elle lit l’interview, votre ancienne prof risque de l’avoir mauvaise.
Oh, vous savez, elle est peut-être morte aujourd’hui, hein !

Puisqu’on parle d’Alain Chabat, comment se passe un tournage du Burger Quiz ?
Tous les épisodes que j’ai tournés en tant que présentatrice ont été réalisés le même jour. Les auteurs sont tellement bons que l’on peut se contenter de suivre le fil rouge de l’émission, même si je suis sûre que des gens comme Jérôme Commandeur, qui sont de vrais comiques, ont proposé des trucs plus personnels. Moi, je me suis simplement contentée de préparer deux-trois blagounettes pour signifier que c’était impossible de passer après Chabat. Du genre : « navrée, ce ne sera pas aussi bien… » Même si on partage lui et moi le même goût pour les blagues autour de la bite, des Juifs et d’Hitler.

Sur Twitter, beaucoup vous ont suspecté d’avoir triché lors du Burger de la mort…
Alors, ça c’est dégueulasse ! Je veux bien tout entendre : que je suis nulle au jeu, que je ne connais jamais aucune réponse, que je ne comprends rien aux questions, que je ne suis pas dans le rythme ou que je suis un « problème », comme l’a dit Pierre Niney. Pas de souci avec ça, c’est la vérité ! Mais les gens ne me comprennent pas s’ils pensent que j’ai triché. C’était une question de vie ou de mort pour moi de gagner. Le prochain qui en doute, je le tue ! Ou alors, sentence suprême, je lui fais supprimer son compte Twitter.

(Marina renverse alors son verre, une serveuse arrive et Marina en profite pour passer une nouvelle commande : « Je pourrais avoir un expresso ? Mais attention pas votre expresso napolitain de merde, et un peu ridicule, mais un grand expresso milanais. Un vrai quoi ! »)

Il paraît qu’on vous reproche souvent d’être grossière. C’est si difficile pour vous d’être polie ?
Non, c’est juste que je suis grossière naturellement. Mais bon, j’avoue que c’est un peu trop, parfois. Ça m’arrive d’être dégoûtée de moi-même lorsque je m’entends parler… Mais je finis toujours par me dire qu’il y a parfois des grossièretés qui sont bienvenues.

Comme lorsque vous avez traité de Tahar Rahim de bâtard au Burger Quiz ?
Voilà, c’est le côté naturel qui ressort là !

Vous parliez de votre passion pour les blagues autour de la bite, des Juifs et d‘Hitler. Il y a un de ces sujets qui vous inspire plus qu’un autre ?
Je n’arrive pas vraiment à dissocier « bite » et « nazi ». Pour moi, ça va ensemble ! Ce que j’aime, finalement, c’est le glauque. Et la combinaison des trois, c’est parfait pour ça !

Maurice Barthélémy me disait que Les Robins des Bois étaient les spécialistes du bide, des blagues qui tombent à plat…
Oui, et ça m’arrive encore aujourd’hui de faire tout un tas de blagues foireuses… Bonjour le malaise… À vrai dire, c’est Chabat qui nous avait préparés à faire de la merde, sous-prétexte que l’on ne pourrait pas écrire cinq bons sketchs par jour. Il nous avait dit que l’on devrait assumer les blagues les plus merdiques du lot… Et ça nous a aidé à avancer en assumant nos bides. Certains étaient incompris, d’autres étaient simplement joués devant un public qui n’était pas réceptif. Mais rien de grave là-dedans : une blague, ça se tente !UIC_©-Severine-BRIGEOT_SBR2016_R3On vous parle encore de Sophie Pétoncule ?
Oui, regardez, vous m’en parlez, là.

Oui, mais en dehors de moi, qui ai fait quelques recherches sur votre vie pour l’interview ?
Il reste encore quelques fans des Robins, donc ça arrive encore, oui. Pareil en interview : les gens aiment connaître le point de départ, le truc qui a tout déclenché. Pour moi, par chance ou non, c’est Sophie Pétoncule.

L’absurde, c‘est quelque chose qui s’est perdu selon vous ?
Non, mais l’absurde n’est pas un humour français. Le dernier film de Quentin Dupieux (Au poste !) a marché, mais c’est une niche. Les rois de cet humour en France, ce sont Éric & Ramzy, mais leurs films ne sont pas toujours très bien reçus par le grand public et la critique. Personnellement, j’ai pissé de rire en voyant La tour 2 contrôle infernale, que je trouve beaucoup plus cinématographique que le premier. Mes fils aussi ont beaucoup ri, ce qui prouve que ce n’est pas quelque chose de générationnel. Et pourtant, le film a fait un flop.

Comment vous l’expliquez ?
Il n’y a pas de raisons précises. On sait bien que le succès d’un film est injuste. Il y a plein de malentendus qui en permettent le succès ou non. Il suffit que les entrées en première semaine soient bonnes pour inciter le public à aller voir ce « nouveau film prometteur ». À l’inverse, il suffit que les entrées soient décevantes pour que le public ne s’y intéresse pas.

Pour la promo du Grand Bain, vous disiez que la force de cette comédie, c'était de rire de, et pas contre son sujet. Vous trouvez qu’il y a encore trop de films qui abusent des clichés ?
Je ne sais pas ! Vous en pensez quoi vous ?UIC_©-Severine-BRIGEOT_SBR2529_R3Je suis votre intervieweur, je pense comme vous.
(Rires) Quand on a senti le succès arriver, je me suis dit que c’était une super bonne nouvelle, que ça pourrait permettre aux gens qui écrivent des comédies de comprendre qu’on n’est pas obligé de taper sur quelque chose pour faire rire et qu’une comédie peut aussi avoir une vertu « politique ». Taper sur les faibles, c’est usant à force. Les nains ou les pédés, c’est une cible un peu facile, non ? Ou alors, il faut le faire de manière subtile, un peu comme Michel Hazanavicius, qui fait les meilleures blagues antisémites de la Terre.

Il y a des films que vous regrettez d’avoir faits ?
Non, il faut assumer ses choix. Mais il y a des films que j’ai faits qui auraient pu se passer d’exister. Ça n’aurait fait de mal à personne, ça, c’est sûr !

 

Crédit photos : Sabine VillardSéverine Brigeot.