SARKOZY - KADHAFI
On commence avec le scandale. "L'affaire libyenne" : Sarkozy - Kadhafi. C'est comme une fistule anale. On ne sait pas exactement de quoi il s'agit, mais on comprend bien que ce n'est pas beau et que ça sent un peu la merde. Quatre journalistes d'investigation, à l'origine du scandale, ont porté l'affaire en dessins pour la rendre plus digeste. Et pourtant, elle passe mal. On digérerait mieux un plat de cassoulet - Nutella. Disons que dans un film, on se dirait que le scénario est un peu gros. Un peu lourd. Comme quand Frank Underwood pousse lui-même une journaliste sur les rail d'un métro.SARKOZY_KADHAFI_53-page-001On a tout dans cette affaire. Une alliance politico-industrielle. Un financement de campagne. Une démocratie bafouée. Mais surtout, une guerre menée pour masquer ces illégalités (on rappelle que les guerres, ce sont de vilaines bagarres qui laissent des dizaines de milliers de cadavres, des villes rasées et des populations vindicatives). Et un assassinat d'État. De quoi aligner des peines de prisons sans fin aux énarques et ébranler un pays durablement. Sauf que non. Parce qu'on est en 2019. Que l'Amérique a fait la guerre à l'Irak et l’Afghanistan alors que les trois-quarts des terroristes du 11 Septembre venaient d'Arabie Saoudite. Et que le cynisme est le nouvel ordre mondial. Mais comme être cool et à la pointe de la culture n'empêche pas de se scandaliser franchement, sincèrement et légitiment, on vous conseille tout de suite de lire cet indispensable.

Sarkozy - Kadhafi. Des Billets et des bombes, de Benoît Collombat, Michel Despratx, Elodie Gueguen, Geoffrey Le Guilcher, Fabrice Arfi et Thierry Chavant, éd. Delcourt, 240 p., 24,95 €
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LE CANARD ENCHAÎNÉ
On reste dans le domaine de la presse avec L'incroyable histoire du Canard enchaîné. L'histoire du célèbre journal, mais aussi de la France, de sa liberté d'expression et de quelques-uns des plus gros scandales qui l'ont étayée. Même si vous n'êtes pas un fidèle lecteur du mercredi, le journal fait partie de votre vie. Les diamant de Bokassa, les écoutes de Mitterrand, l'affaire Elf... même l'expression «bla bla» est née sous la plume d'un journaliste du palmipède centenaire.p9-page-001Né pendant la Première Guerre mondiale pour soutenir des soldats envoyés mourir pour rien, pour les mensonges d'industriels et de politiques relayés par une presse plus que complaisante, depuis lors, le journal n'a jamais manqué de cause à servir. Certes, la censure d'État s'est faite de plus en plus rare. La presse de plus en plus objective. Les contre-pouvoirs de plus en plus présents. Mais Le Canard est là. Tel un roc. Immuable. Sa mise en page, ses dessins, sa plume acerbe n'ont pas changé depuis près d'un siècle. Un phare auquel se fier, qui n'a toujours pas fait paraître la moindre publicité dans ses colonnes (les journalistes sont même obligés de payer leurs places de cinéma et leurs livres pour écrire une critique... un cas unique en France).

Que les extrêmes crient aux merdias, aux journalopes, aux islamo-gauchistes... Que les Gilets Jaunes et une partie des Français doutent des journalistes, de leur intégrité et de leur objectivité. Que toute la presse tremble, soit bousculée, parfois à juste titre, parfois de façon abusive. Au milieu du tumulte plane tranquille l'un des plus fiers garants de nos libertés : Le Canard enchaîné.

L'incroyable histoire du Canard enchaîné, de Didier Convard et Pascal Magnat, éd. Les Arènes, 208 p., 22,90 €

IRAN COVER_P485C-1 (1)LA RÉVOLUTION IRANIENNE
Ses portraits de l'Ayatollah Khomeiny sont les plus connus du monde. Michel Setboun est le photographe du soulèvement de l'Iran. Pour le 40ème anniversaire de cette révolution qui a porté tant d'espoir, le photographe maltraite ses photos pour les transformer en dessins noir et blanc. Comme un négatif de souvenirs. Parce que des souvenirs, il en a et il les partage. Il avait 20 ans à peine à l'époque. Pas un rond en poche. Pas une connaissance sur le terrain. Et pourtant, la révolution, c'est lui qui l'a suivie. Au plus près. Par besoin de se confronter au réel. Un besoin qui lui a fait sentir avant tout le monde que l'ancienne Perse aller éclater.p10-page-001Michel Setboun le rappelle : l'Iran est le pays de l'image. Parce que si la tradition sunnite interdit les représentations, au contraire, le chiisme se base sur les images. Il suffit d'ailleurs de voir l’effervescence du cinéma iranien. Ce pays marqué au fer rouge par une guerre avec l'Irak qui aura fait 800 000 morts. Le rouge du sang. Il y en aura encore. Comme la répression du Vendredi Noir de septembre 1978. Mais pas de quoi ébranler le désir de vie de ce pays, de sa jeunesse et de la jeunesse du photographe. Lui à qui Khomeiny demande expressément de rester en Iran pour témoigner, parce que «Je ne suis pas le personnage important de la révolution». Et il témoignera.

Michel Setboun partage un pan de l'Histoire mondiale qui retentit encore. Mais on comprend, surtout, que Michel Setboun fait lui-même partie de l'Histoire mondiale. Et il livre son journal intime.

Iran, révolution, de Michel Setboun, éd. Les Arènes, 192 p., 22,90 €Unehistoiredusexe (1) (1) (1)DU SEXE, DU SEXE ET DU SEXE
Ah, nous y voilà. Parlons sexe. Lecteurs de Brain, vous êtes l'ouverture même. Vous connaissez par cœur cette phrase de Woody Allen : «Le sexe n'est pas sale, sauf quand il est bien fait». Mais croyez-nous, vous êtes plein de tabous. Vous n'y êtes pour rien. C'est ici. C'est l'époque.

On ne vous parle même pas de Cléopâtre qui enfermait des abeilles dans des rouleaux de papyrus pour en faire des godemichés. Ou de la procession annuelle sur le Nil où le Pharaon, en tête, se masturbait dans le fleuve pour lui apporter fertilité. Ni ne mentionnerons à peu près toutes les mythologies du monde, qui démarrent par une fornication entre homme-dieux-animaux-et-tout-ce-qui-bouge-ou-pas. En fait, l'histoire de l'humanité est marquée par une valorisation de la sexualité. Un acte qui faisait partie de la sphère publique. Preuve et acte de vie, de fertilité, d'avenir, de création. Bref, ce que le sexe aurait toujours dû être.p48-page-001Mais nous avons intellectualisé la chose. Renvoyée à une pratique qui, si elle n'est pas honteuse, doit en tout cas restée secrète, tue, intime. Résultat : elle est méconnue. La majorité des hommes ne savent pas où situer le clitoris. Le plaisir est un Eldorado. L'acte sexuel une compétition. Et l'orgasme son trophée. Et encore, on parle ici de la meilleure des situations. Parce que souvent, le trophée est la femme. Sa possession, un signe de pouvoir. Et oui, monsieur Brassens, quatre-vingt-quinze fois sur cent, la femme s'emmerde en baisant. Mais on n'est même pas sûr que les hommes s'épanouissent drôlement à jouer les étalons.

Il faut lire cette histoire du sexe parce qu'elle nous remet à notre place comme les révolutions copernicienne, darwinienne et freudienne avant elle. Parce que le sexe est simple et joyeux. Qu'il est le dernier plaisir qui échappe à l'industrie du divertissement, expression pernicieuse du capitalisme. Parce que le sexe nous appartient. Et que chacun doit le redéfinir. Parce que le sexe est bon. Et qu'il n'est pas un outil de vente, de pouvoir ou de persuasion. Mais un outil de plaisir. Jouissons, les amis. Jouissons.

Une histoire du sexe, de Lætitia Coryn et Philippe Brenot, éd. Les Arènes, 204 p., 24,90 €