klausbeyervignette

C'est l'histoire d'un ouvrier dans une usine de bougies de Berlin, avec une passion dévorante pour les Beatles. En 1980, Klaus Beyer (car c'est son nom) commence à traduire les paroles des chansons de son groupe préféré à sa petite maman pour qu'elle puisse les comprendre. A l'aide d'un magnétophone, il isole les boucles instrumentales de leurs plus grands tubes, afin de pouvoir chanter par dessus ses versions germanisées. Si sa performance vocale est pour le moins approximative, le plus grand intérêt de ses créations réside dans les films en Super-8 qu’il réalise pour accompagner ses reprises bricolées - des vidéos de lui en train de chanter, accompagnées de petites animations brutes mais charmantes.

Ses petits clips bizarroïdes auraient pu ne jamais être vu par personne d’autre que par sa mère (no offense). Mais ses vidéos dans l’oeil de son voisin, lequel organise une projection de son travail dans une petite salle locale. De fil en aiguille, une partie de son oeuvre est documentée dans des disques et un livre. Beyer se rapproche des représentants du mouvement artistique post-punk les Géniales Dillettantes (Die Tödliche Doris, Einstürzende Neubauten...), ce qui lui vaut d’acquérir une petite notoriété dans le cénacle de l’intelligentsia arty berlinoise. 

The Other Universe of Klaus Beyer, un documentaire daté de 1994 et signé Frank Behnke le suit ainsi dans les cinémas et les clubs alternatifs de capitale allemande, dans lesquels il se produit devant un public fasciné par ce personnage à part. Dans un courrier des lecteurs adressé au magazine musical The Wire en février 2002, un fan de Beyer explique son amour pour son idole en ces mots : “Le fait qu’il soit simplement un admirateur des Beatles, un amateur, et non un artiste dilettante aux faux airs de naïf, [...] est un facteur très important dans l’appréciation de l’esthétique (ou de la non-esthétique) de son travail".

On ne s'étonnera donc pas que la musique de cet artiste hors-norme ait tapé dans l'oeil des programmateurs des Rencontres Internationales Autour des Pratiques Brutes de la Musique, organisées dans le cadre du festival Sonic Protest. Ce week-end, ce cycle d’ateliers, de tables rondes et de performances mettra en avant des musiciens inadaptés ou en marge du système. Le "Daniel Johnston allemand" (selon sa bio Discogs) y présentera une sélection de ses films suivie d'une performance ce vendredi soir à 19h30 aux Chapiteaux Turbulents.