unnamedOn est toujours mieux chez soi, et notre grand reporter Sophie d'After sort pour que vous n'ayez pas à le faire. Chaque semaine, elle relate l'actualité brûlante des nuits berlinoises sans lesquelles on serait bien incapables de comprendre le monde. Moi, Sophie d'Af, sans âge, modérément droguée, gratuitement prostituée.

On était sur les derniers relents de Berlinale et Philippe me parlait des pornos Vince Banderos. «C'est le Nuit et brouillard du porno. Pour comprendre l'hétérosexualité, y'a pas mieux». Pour comprendre l'hétérosexualité, il y a aussi la misère sexuelle de tous mes haters. Ce qui concernait assez peu Zack, qui avait pourtant renoncé à son homosexualité pour se mettre avec Ramona, qui avait fait de même après avoir fait tourner les têtes de toutes les filles de la ville. La sexualité des gens ici est fluide comme un lac de cyprine, ça change de l'infrangible tas de merde qu'il y a dans la tête de certains. Donc Zack me racontait qu'avant d'avoir tourné hétéro, il partageait ce groupe Whatsapp avec tout un tas de mecs avec qui il avait fini dans une orgie. Comme l'un d'eux avait une chlamydia et que c'était un garçon bien élevé et responsable, c'était devenu «the chlamydia friends group» mais désormais, ils continuaient à échanger sur les sorties ciné ou les nouveaux restos d'Ostkreuz. Plus sympa que le groupe Whatsapp de l'immeuble de la Lido où les locataires arrêtaient pas d'envoyer des photos du local poubelles pour dénoncer le manque de discernement dans le tri sélectif.

Comme on avait décidé de moins sortir, il fallait faire du tri sélectif dans nos soirées, mais on passait par acquis de conscience à Buttons parce qu'on était sûrs d'y retrouver les copines et les copains. Danilo et Jacob, les organisateurs, étaient en pleine forme. Il y avait une cabane cachée dans le jardin transformée en coin VIP où un Italien torse nu jouait de la pop pour pédales. Finalement, c'était le meilleur set de la soirée. Un inconnu proclamait à l'attention de tout le monde dans la file d'attente des toilettes : «Depuis que j'habite à Berlin, j'ai baisé plus souvent dans ces chiottes que dans mon lit». Tout le monde acquiescait d'un signe de tête en se disant que ça devait bien être son cas aussi. On croisait Jean Wyllys, le député carioca qui avait fui le Brésil après des menaces de mort qui avaient suivi l'élection de Jair Bolsonaro. C'était la star de la soirée. Il pensait s'installer ici. On se demande bien pourquoi. La musique n'était pas au rendez-vous mais Buttons restait quand même the place to be. On continuait à Brenn, la nouvelle meilleure soirée in town jusqu'à la semaine prochaine. Tristan voulait embrasser un garçon qui lui répondait «I have a boyfriend». «So what ?», lui répondait l'assemblée. «Le pauvre, il est là depuis 3 semaines seulement, laissez-lui le temps.»

Uros (vraiment j'adore son nom) me confiait que son père avait été dans les services secrets serbes. Si j'additionnais le nombre de mecs qui pour m'emballer m'avaient révélé que leur père était au KGB, à la Stasi, ou tout organe occulte de l'ancien bloc soviétique, j'aurais de quoi me faire ma propre police secrète. Les gens étaient bien kétaminés, donc ça virait comme d'hab' en film de Buñuel où tout le monde se transformait en Tryphon Tournesol. «Can I have an orange juice ?», demandait l'un. «You want an erection ?», lui répondait-on derrière le bar. «Et au fait, comment va Johan ? Tu sais, le Suisse, le copain de Martin ? - Ah, mais il est Suédois et son copain s'appelle Marcus». Whatever...

En rentrant, Thomas avait une envie subite de chercher un mot dans le dictionnaire Duden. «C'est la première fois que j'ouvre un dictionnaire allemand sous kéta. C'est le K-hole assuré». Deux jours plus tard, alors que tout était revenu à la normale, je recevais un message de Zhenya : «Tu fais quoi ? J'étais au Berghain. Ça a fini à 15h.» Je prends un café Zhenya, on est mardi matin, il est 8h.