weirdcityÇa se binge : Weird City
Si vous lisez régulièrement différents papiers centrés autour de l'actualité sérielle, vous savez probablement que Weird City est la série de Jordan Peele (réalisateur de Get Out), qu'elle est produite par YouTube Premium et qu'elle est présentée par tous les médias comme un Black Mirror humoristique et décalé. C’est déjà ça, certes, mais toutes ces informations sont loin d’être suffisantes. Car ces six épisodes indépendants de 20 minutes ne sauraient se limiter à une pâle copie déjantée de la série de Charlie Brooker, même si les deux projets partagent une même inquiétude quant à l’impact des technologies numériques et les mêmes velléités dystopiques. Ici, la ville est divisée en deux parties : d’un côté, les riches civilisés qui vivent dans une sorte d'utopie postmoderne où tous les aliments sont sans gluten ; de l’autre, les plus démunis, parqués dans des banlieues inférieures, royaumes de la malbouffe et de la pollution.

Autrement dit, la classe moyenne a disparu. Contrairement à l’humour potache des différents épisodes, portés par un casting apte à mettre le palpitant des sériephiles en surchauffe : Michael Cera (Arrested Development), Ed O'Neil (Modern Family), Laverne Cox (Orange is the New Black), Gillian Jacobs (Community, Love), Rosario Dawson (Luke Cage), Hannah Simone (New Girl) et même Mark Hamill. Tous se mettent au service ici de gags cruels, un peu bouffons, mais toujours très weird : en gros, ça évoque aussi bien des bébés emojis et des distributeurs de psychothérapie que des voitures qui fument des joints (oui oui !) ou des baskets à orteils avec un doigt de pied apparent. Et tout ça sans le moindre complexe, sans la moindre crainte de paraître ridicule ou stupide.

Débile, Weird City ne l'est de toute façon jamais, même si les effets spéciaux sont parfois gênants et que quelques épisodes (notamment le premier et le quatrième) paraissent mieux ficelés que d'autres. Sa force, justement, c'est de savoir glisser en une scène de l'humour à l'angoisse. Comme lorsque deux personnages d'une série d'action prennent conscience de leur existence fictive, où lorsqu'un couple lesbien ne cesse de se disputer à cause d'une intelligence artificielle trop envahissante. C'est à la fois hilarant, immersif et assez malin dans cette façon de tendre un miroir (ni black, ni déformant) à la société actuelle.


La série qu’on aimerait spoiler : Catch-22
À la base, Catch-22, c'est un livre de Joseph Heller paru en 1961. L'Américain, avec beaucoup d'ironie, se moquait de l'absurdité de la guerre au Vietnam et faisait référence (de par son titre) à un article du règlement intérieur militaire précisant que «quiconque veut se faire dispenser d'aller au feu n'est pas réellement fou», ce qui invalide toute tentative d'éviter le front... en se faisant passer pour fou. Si l'ouvrage a déjà été adapté au cinéma en 1970, Hulu pensait visiblement qu'il y avait encore d'autres ressorts à explorer. Et pour ça, la chaîne américaine compte sur un casting d'anciens playboys (George Clooney, Hugh Laurie et Kyle Chandler) pour porter cette mini-série (six épisodes) à partir du 17 mai prochain.

Le trailer qui fait monter la sauce : Vernon Subutex
En attendant Sauvages, autre (supposée) grande série produite par Canal+ en 2019, la chaîne câblée en dit plus sur l'adaptation de Vernon Subutex avec Romain Duris, Céline Sallette et Fishbach au casting. Du moins, elle profite du printemps pour teaser une trentaine de secondes sa nouvelle production, dont le premier épisode sera présenté en avant-première le 5 avril prochain en ouverture du Festival Cannes Séries.

L’interview du mois : Ben Sinclair
«Est-ce qu’on peut dire que l’histoire que l’on raconte dans High Maintenance est une réaction à ces séries type Breaking Bad, qui parlent de la drogue et de ceux qui la vendent ou la consomment comme des personnes en souffrance ? Peut-être bien. Cette idée qui voudrait qu’un personnage fumant de l’herbe soit exposé à quelque chose de spectaculaire ou d’amusant dès le plan d’après ne me parle pas. On peut fumer et faire des choses normales. » Dans une interview à So Film, Ben Sinclair balance tout un tas de choses autour de sa nouvelle série, diffusée sur HBO, sur la lettre qu’il a écrite à Spielberg étant gamin et, donc, sur la weed, qu’il va jusqu’à considérer comme une «expérience similaire à celle qui t’amène à éjaculer». Tout un programme, donc.

OSEF : la disparition des séries Marvel sur Netflix
Il y a quelques semaines, Netflix annonçait les annulations de Daredevil, Luke Cage et Iron Fist. Forcément, ça ne sentait pas très bon pour les autres séries Marvel. Et ça n'a pas manqué : Punisher et Jessica Jones viennent en effet d'être abandonnées par la plateforme américaine. Comme quoi, il y a une justice au sein du monde impitoyable des superhéros. Même si, visiblement, Marvel l’a mauvaise : «Même si notre collaborateur et diffuseur a pris la décision de ne plus raconter les aventures de ces personnages géniaux, vous savez que Marvel vaut mieux que ça». Bonjour l’ambiance…
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Le revival : Fais-moi peur !
Une Amérique qui ressemble de plus en plus au milliardaire déjanté occupant sa maison blanche, des records de températures aux quatre coins du globe, des présentateurs télé mégalomanes et probablement sous coke invités à l'Assemblée Nationale : est-il possible de raconter histoires plus effrayantes que celles lues quotidiennement au sein de l'actualité ? Il faut croire que oui, puisque la société de Minuit vient d'annoncer le retour de Fais-moi peur !, l'une des nombreuses séries qui ont permis aux Minikeums d'être ce qu'ils étaient pour une génération née à la fin des années 1980 et au début de la décennie suivante.
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Natasha Lyonne, la rousse tourne
Comme Matthew McConaughey avant elle, abonné aux comédies romantiques de seconde zone avant True Detective, Natasha Lyonne tient enfin son grand rôle, celui qui devrait lui permettre d'avoir ses ronds de serviette lors des galas hollywoodiens, celui qui vient infirmer l'idée qu'elle n'est qu'un éternel second couteau du paysage télévisuel. Ce rôle, c'est celui de Nadia dans Poupée russe, série Netflix qu'elle scénarise et produit également. Alors, forcément, elle s'est taillée un rôle sur-mesure : celui d'une New-Yorkaise juive, androgyne, dépressive, drug addict et vouée à revivre éternellement le jour de sa mort. A priori, rien de bien joyeux, donc… Sauf que Nadia a le bagout des vieux briscards, balance tout un tas de punchlines audacieuses et couche sans scrupule. Une bonne vivante, en somme, complexe, drôle et débridée.
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Désormais, Natasha Lyonne est donc pleinement «Natasha», et plus simplement la rousse d’Orange Is The New Black ou cette jeune femme que l’on a vu dans telle ou telle série sans jamais retenir son nom. Parce que trop anecdotique, pas assez atypique… Cette consécration aurait pourtant dû intervenir plus tôt : élevée par des parents qui rêvent très vite pour leur fille d'un destin hors-norme, Natasha intègre très jeune le Pee-Wee's Playhouse. Elle a alors six ans et, sans qu'elle le souhaite réellement, enchaîne les émissions et les films aussi mémorables que la carrière discographique de Francis Lalanne (c'est dire). Alors, la jeune Natasha emprunte le même chemin que d'autres enfants-stars avant elle : elle abandonne ses études, vend de la drogue, en consomme, conduit en état d'ivresse, harcèle sa voisine et ne parvient pas à concrétiser en réels atouts ses apparitions dans des films à succès (Everyone Says I Love You de Woody Allen et American Pie, suite au désistement d'une certaine Jessica Alba). «Jétais réellement comme morte, vous voyez ? Beaucoup de gens n’en reviennent pas», expliquait-elle en 2012 à Entertainment Weekly.

Le salut, finalement, intervient en 2007 lorsque Chloë Sevigny, une amie, persuade Mike Leigh de lui confier un rôle dans sa pièce de théâtre Two Thousand Years. Ce n'est pas un rôle mémorable, ceux qui suivront non plus, mais ça suffit à l'Américaine pour se sortir de son merdier et enchaîner les jobs (au cinéma ou à la télé).  «Dans le fond, je suis plutôt excitée par les rôles que j’ai la chance de jouer», dit-elle à Rolling Stone. Avant de nuancer : «Je ne sais juste pas s’ils vont jusqu’au bout, s’ils creusent comment une personne en arrive à parler, agir et penser ainsi». Pour remédier à ça, Natasha Lyonne entreprend donc d'écrire sa propre série, s'entoure d'Amy Poehler et Leslye Headland en salle d'écriture, et met en forme un monde à son image : celui de Poupée russe, donc, fait d'humour sarcastique et de nuits enfiévrées, où règne l'amour libre et le mélange des genres. 


La punchline du mois : Veep

La scène se déroule dans un épisode de la saison 7 de Veep, dont la diffusion est prévue le 31 mars prochain sur HBO. Dans celui-ci, Selina Meyer (interprétée par la géniale Julia Louis-Dreyfus) interpelle Leon West, son conseiller politique :

«Leon, je ne suis pas sûre de cette partie. Elle dit : 'Je veux être la présidente de tous les Américains'. Je veux dire, est-ce que je suis obligée ? Tous les représenter, vraiment ?»

Leon : «Pourquoi pas 'des vrais Américains' ?»

Selina Meyer : «Oh, c'est parfait ! Et nous pourrons réfléchir à ce que cela signifie plus tard !»

L’info pop culture :
À l’heure du bio à tout-va, Liberty Cruise a visiblement choisi d'angoisser tous les végans. Comment ? Avec une infographie recensant toutes les sortes de pizzas commandées par les Tortues Ninja lors des 193 épisodes de la série animée de 1987. On ne sait pas trop quoi faire de cette information, mais il y a probablement une leçon à en tirer. 
pizza (1)Voir l'intégralité de l'infographie sur le site de Liberty Cruise

Et sinon, côté série-documentaire ?
Alors que Kool Shen s'attèle actuellement à l'écriture d'une série sur les jeunes années de NTM, possiblement produite par Netflix et Arte, Of Mics and Men (jeu de mots sur Des souris et des hommes, de John Steinbeck, ndlr), la série documentaire consacrée au Wu-Tang Clan se dévoile un peu plus à travers un trailer. Au programme, des interviews inédites des différents membres du collectif (Raekwon, Method Man et Ghostface Killah), des images d'archives et l'intervention d'autres grands noms du rap US (Nas, ça vous parle ?). Diffusion prévue au printemps.


La bonne question à se poser :
Forcément, c’est sur Brain que ça se passe. Alors on fait un gros doigt à la déontologie et on relaie notre papier où, en gros, on vous dit pourquoi des épisodes de Twin Peaks, BoJack Horseman, Les Soprano ou Game of Thrones «ont révolutionné le format sériel moderne».

La photo qui rend nostalgique :
Parce que pourquoi pas ? On a tous passés nos dimanches d’enfance en compagnie de ces bonnes têtes sur les routes du paradis, non ?charles_1