Ne vous fiez pas à sa bande-annnonce un peu anxiogène : Bêtes blondes, c'est avant tout la présence rassurante de Thomas Scimeca, à mi-chemin entre Dingo et le Big Lebowski, qui incarne Fabien, ancienne star de la série Sois pas triste Patrice frappée d'amnésie, la faute à un accident de moto qui l'empêche de métaboliser les vitamines. Ce personnage, aussi paumé que serein, est le vaisseau parfait pour un voyage au-delà du réel, tant rien ne semble le paniquer. D'une comédie charmante qui commence par un vol de saumon à la sauvette, le film devient road movie lorsque notre héros croise Yoni (Basile Meilleurat), jeune mytho qui vient de perdre l'homme de sa vie. Yoni et Fabien, dont la petite amie a clamsé dans ce foutu carambolage qui lui a détraqué le cervelet, partagent d'abord le même fardeau du deuil avant de partager de folles expériences. Au programme de cette odyssée : loubards vénères, scatophilie, têtes décapitées, chats qui parlent et rires enregistrés. Bêtes blondes est un long rêve, tantôt doux tantôt inquiétant. On pense parfois à Buffet froid, mais avec un vrai buffet dedans. Les cinéphiles adeptes des nanars lunaires feront le rapprochement avec Le Tronc de Karl Zero, pour les bouts de cadavres comme symboles des histoires d'amour en décomposition. Mais globalement, le premier long-métrage d'Alexia Walther et Maxime Matray ne rappelle rien d'autre et c'est précisément pour ça qu'on l'aime. 

Capture d’écran 2019-03-06 à 15.14.33Si les rois fainéants de la critique ciné se contenteront de qualifier Bêtes blondes de film "foutraque", "absurde" ou d' "OVNI", ils manquent l'essentiel : c'est un conte philosophique sur l'Histoire, qui continue sa course folle comme un canard sans tête. En nous plongeant dans l'errance d'un simili Cricri d'amour, éternelle victime de son accident de bécane, Alexia Walther et Maxime Matray nous montrent les idéaux des années 90 qui se sont mangés le bitume du nouveau millénaire en pleine face. Le personnage de Patrice est un pur produit marketing de l'époque où il y avait encore un peu d'enchantement et de niaiserie. Ce qui fait de Fabien la proie des nostalgeeks pervers qui veulent absolument récupérer leur paradis perdu, le toucher, le salir. La scène de chamanisme au poppers, bien plus trippante que tout le Blueberry de Jan Kounen, avec le président du fan club de Sois pas triste Patrice, le génial Youssef Hadji (Simon dans Problemos et déjà vu dans Platane ou Serge le Mytho), ou la proposition plus qu'indécente d'Agathe Bonitzer sont à ce titre une merveilleuse métaphore de la fascination morbide de nos contemporains pour l'époque où ils prenaient leur goûter devant Beverly Hills ou les Minikeums. A l'heure où l'on apprend la disparition de Luke Perry et qu'il faut se résoudre à l'inéluctable mort de tous les membres du Club Dorothée, nos chères petites têtes blondes sont devenues des bêtes, survie oblige, et se débattent dans le merdier anomique de la post-modernité. Que faire ? Partager le temps de quelques instants furtifs nos vagabondages, nous susurre Bêtes blondes. Et oui, ça fait peut-être morale de sitcom, mais c'est tout ce qui nous reste.

++ Bêtes blondes, d'Alexia Walther et Maxime Matray, avec Thomas Scimeca, Basile Meilleurat, Agathe Bonitzer et Youssef Hadji sort aujourd'hui au cinéma. Plus d'infos ici.