lamare (1)Le gendarme Lamare : le plus infiltré
L’affaire Lamare, c’est avant tout l’histoire d’un déni magnifique, d’une rivalité interne entre gendarmes et policiers et d’un meurtrier quasi-romantique. Alain Lamare est un gendarme modèle, un élément solide avec un physique de type pas vilain mais coincé dans la friendzone. Pourtant, il va, pendant une petite année, s’adonner à diverses agressions (dont un assassinat), puis se la couler douce en envoyant des lettres de revendication à ses collègues, le tout sans se priver de laisser un peu partout ses empreintes digitales ou de commettre ses méfaits à visage découvert. 


Assez vite, un portrait-robot tout à fait ressemblant est dressé, mais les collègues ne voient rien venir, même si la possibilité qu’il s’agisse de l’un des leurs avait déjà été évoquée. C’est vrai qu’il n’est pas facile d’accuser un collègue qui participe aux investigations et tient des propos très virulents à l’encontre du coupable en goguette. Lamare finira tout de même par être confondu par son écriture, son emploi du temps et son visage parfaitement reconnaissable par des dizaines de témoins. En perquisitionnant le domicile du tueur, les investigateurs vont s’apercevoir que sous ses airs de gendre idéal, Lamare est un sacré taré qui collectionne les armes et fume des clopes en cachette. Pour éviter un scandale national, on préfèrera le déclarer irresponsable et l’envoyer finir ses jours en HP plutôt qu’une cour d’assises pleine de journalistes assoiffés de drama.   
romanJean-Claude Romand : le plus éponyme
Jean-Claude Romand est très certainement la version la plus évoluée de Serge le Mytho. Toute une vie brodée entièrement de mensonges, et au bout du compte, un quintuple assassinat : ses deux enfants (5 et 7 ans), sa femme, ses parents. Au début des années 70, Jean-Claude, en deuxième année de médecine, rate un examen puis ne se présente pas au rattrapage. Mais au lieu de cracher le morceau, Romand mythonne une première fois. Il fait croire à tout le monde qu’il a réussi et, chose absolument dingue, arrive à se réinscrire 12 fois à la fac de médecine sans qu’aucun employé de l’université ne détecte l’anomalie. En fait, la vie de Romand est une succession de petits miracles. Sa femme qu’il épouse en 1980, ses amis (des notables et parmi eux des médecins !), sa belle famille… Tout ce beau monde est sûr qu’après de brillantes études, Jean-Claude occupe désormais le poste de chercheur à l'OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé. 


Pendant des années, après avoir déposé consciencieusement ses enfants à l’école, Romand erre dans les forêts du Jura ou lit des revues de médecine sur des parkings de station-service près du lac Léman. Pour vivre et faire vivre confortablement sa famille, il fait les poches à son entourage qui n’ose rien lui réclamer puisque, énième mytho, Romand est atteint d’un cancer. Au bout de 18 ans de mensonges, pris à la gorge financièrement, il met le feu à sa maison où gisent les corps de ses enfants et de sa femme qu’il a préalablement assassinés. Lors du procès à l’issue duquel il est condamné à perpèt', Jean-Claude ne fond en larmes qu’une seule fois : quand on lui demande pourquoi il a aussi tué le chien de ses parents.frères jourdainLes frères Jourdain : le plus Nord-Pas-de-Calais
Imaginez un tableau tout à fait pittoresque : les plages du Boulonnais, une misère sociale digne d’un Zola, deux frères alcooliques et violents, un carnaval et au final quatre jeunes victimes. Il n’en faudra pas tellement plus aux enquêteurs pour mettre rapidement le grappin sur la famille Jourdain, déjà défavorablement connue des services de police. Il faut dire que les gars ne sont pas franchement du genre commode, leurs voisins prenant soin de les éviter en changeant de trottoir lorsqu’ils passent devant leur maison qui relève plus du taudis que du pavillon Phénix.


Si le plus jeune nie fermement être impliqué dans la disparition des adolescentes, l’aîné (pas tellement aidé par un certain retard mental) finira par cracher le morceau sur la localisation des corps dont les autopsies révèleront des violences à la limite du soutenable. Les frangins se renverront longtemps la responsabilité des meurtres mais prendront tous les deux perpèt' pour ne pas faire de jaloux. 
Ajoutez à ce beau portrait de famille dysfonctionnelle des témoins fantaisistes et la mer du Nord en hiver, et vous obtenez un épisode de FELA parfaitement passionnant (à ne pas regarder seul de préférence).sourisLe gang des souris vertes : le plus comptine 
«Une souris verte, qui courait dans l’herbe […] trempez-la dans l’huile, trempez-la dans l’eau», ça fera beaucoup de billets chauds (près de 1,5 millions d’euros) subtilisés habilement par le gang des «souris vertes». Pourquoi ce nom de comptine ? Parce que la bande menée par Laurent Cocogne a réussi l’un des tours de force les plus dingues de l’histoire du banditisme : laver les billets de banque qui se trouvent dans les caisses de transports de fonds. Pour éviter que l’encre contenue dans les coffres n’imbibe irrémédiablement les liasses, le gang versait de l’huile dans les mallettes qu’il entrouvrait à l’aide d’une pince-monseigneur. À l’issue de cette manipulation, Cocogne et ses copains faisaient tranquillement sécher les billets au soleil. Entre avril 2003 et mars 2006, le groupe a commis au moins 14 vols aggravés sans faire ni blessés ni morts dans l’Ardèche, l’Isère et la Drôme. Ce qui lui vaut l’admiration du père de Laurent Cocogne dans une interview mythique. Le père Cocogne, lui-même ex-taulard, y explique le plus naturellement du monde à quel point il est fier de ce fils qui a roulé les flics dans la farine, «sacré Laurent» !
parasLes paras de Francazal : le plus chute libre 
Votre ado fait la moue à chaque fois que vous lui dites qu’il devrait arrêter de traîner avec Pierre, le petit caïd du bout de la rue ? Montrez-lui cet épisode de FELA, il ne lui adressera plus jamais la parole. Les paras de Francazal (camp militaire situé près de Toulouse, ndlr), c’est l’histoire de jeunes paras qui sont sortis boire des coups en ville et voler une bagnole, et qui sont rentrés au camp comme si de rien n’était après avoir violé et assassiné une jeune femme de 23 ans. Un mois et demi plus tard, toujours sous l’impulsion du chef du groupe, Philippe Siauve dit «Cobra», ils repassent à l’acte. Cette fois-ci, ils tuent encore une fois gratuitement deux jeunes filles de 12 et 18 ans. Lors du procès, ils expliqueront qu’ils n’ont pas violé la plus âgée car elle avait ses règles, et qu’ils se sont donc logiquement rabattus sur la petite fille. Juste avant le défilé du 14 Juillet 1989, après avoir carbonisé les deux corps, Siauve déserte avec El Borgi et rentre chez lui, en Isère. Les deux comparses traînent dans le bled de Siauve sans but, abattent un brave garde-chasse qui passait par là, tirent sur des vaches, mitraillent la devanture d'un bistrot «parce qu'il est fréquenté par des Arabes». Arrêtés après une battue dans le village, Siauve et El Borgi dénoncent Jaouen et Feuerstein, leurs deux copains de Francazal. Ajoutez à ces virées morbides des enfances calamiteuses, une armée qui ne veut pas de la police dans sa base, une foule qui appelle au rétablissement de la peine de mort et vous obtenez un FELA d’anthologie.roland moogLe projectionniste de Strasbourg : le plus nouvelle vague
Strasbourg est une ville merveilleuse : ses maisons à colombages de toute beauté, ses choucroutes fondantes, son cinéma d’art et d’essai… Certes, parfois il arrive que le projectionniste y emmure une femme enceinte, mais ce sont des choses qui ajoutent un peu de piquant à la vie de province. Nous sommes en 1995 quand Carole, enceinte de 9 mois, se volatilise sur le chemin de l’accouchement, le dernier à l’avoir vue étant son époux Roland. 


Roland Moog (à ne pas confondre avec Robert, LOL, ndlr), que tous les experts psy décrivent comme un type parfaitement normal malgré un physique un peu difficile, avait ficelé un scénario qui tiendra bien plusieurs années, se forgeant un alibi en béton et un costume de mari éploré sur mesure. Cette intrigue digne d’un bon film d’auteur ne s’arrête pas là, puisque le coupable, un brin blagueur, ira jusqu’à lancer un appel chez Jacques Pradel, suppliant qu’on lui rende son épouse, qui attendait pourtant sagement à la cave.
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Jocelyne Bourdin et Marc Fasquel : le plus Dupont et Dupond
Dans ce FELA, nous faisons la connaissance d’un charmant petit couple de routards. Sillonnant la France des départementales et des routes de campagne, Marc et Jocelyne enlèvent au total sept femmes, que monsieur viole sous le regard énamouré de sa femme. Ils en tuent deux au passage. À chaque fois, en bonne compagne, Jocelyne «prépare» les victimes pour Marc : elle les déshabille, les attache avec des cordelettes, leur donne un petit coup de talon sur la poitrine pour les maîtriser. Puis monsieur passe à l’acte. Il en brûle certaines, en bat et en étrangle d’autres. Les scènes de viol se déroulent soit dans des gîtes que le couple a loués préalablement, soit en pleine nature quand il n’a pas le temps. Mais parce que Marc et Jocelyne, malgré tous ces sévices, gardent tout de même une part d’humanité, ils offrent après une nuit de cauchemar un petit déjeuner à leur deuxième victime, lui donnent de l’argent pour qu’elle s’achète un billet de train. À une autre jeune femme, Martine, 25 ans, le couple présente ses excuses pour la souffrance occasionnée. Le 14 février (oui, c’est beau) 1986, le couple fonce dans un barrage de policiers. Un gendarme tire à 7 reprises sur Marc Fasquel, qui sort de sa voiture et tombe à terre. Jocelyne s’écrie : «C’est injuste, c’est injuste !». Elle se souviendra longtemps de cette Saint-Valentin.
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La tuerie du Grand Bornand : le plus Julien Courbet
Ce n'est pas nouveau dans l'histoire de l'humanité : vos voisins sont des cons, avec leurs gosses mal élevés et leur haie qui dépasse la hauteur réglementaire. David Hoyat aura donc réalisé le rêve de millions de personne en dézinguant les époux Flactif ainsi que leur progéniture pour un mobile assez confus. Une affaire plutôt classique jusqu'au moment où, sans trop de pression, le meurtrier pas encore confondu se met à répondre aux journalistes et à dénigrer les victimes au JT de 20h. Et ça, ça ne se fait pas, une personne morte est nécessairement une personne formidable.


Il faudra pourtant un certain temps aux enquêteurs pour s'intéresser à son cas puisqu'ils étaient sur la piste d'une fuite à l'étranger, de dettes fumeuses et autres arnaques locales. Les morts ne sont pas que des victimes, ne l'oublions pas. Le voisin revêche finira tout de même par attirer leur attention quand il sera surpris à espionner les policiers, caché dans un fourré, jumelles vissées sur les yeux et qu'il refusera de se soumettre aux test ADN de rigueur. N'ayant pas tellement le choix, il dut se plier aux vérifications, comme tout le monde. Les résultats ne tardèrent pas à parler et la chance de David par tourner, emportant avec elle sa femme et un couple d'amis complices. Moralité : évitez de flinguer vos voisins de palier mais si vous en arrivez là, faites au moins semblant de les avoir aimés.
succo_nuRoberto Succo : le plus rital
Venise, ses ponts, ses places, ses gondoliers et son tueur en série : Roberto Succo, dit Succo le fou. Un jour d’avril 1981, Marisa Lamon, une mamma italienne, reproche à son fils unique avec qui elle entretient une relation de fusion-répulsion de sécher les cours. Cela plonge le jeune Roberto (19 ans au moment des faits) dans une colère folle. Après avoir menacé de se suicider, il tue sa mère à coups de couteaux de boucherie puis charcute à la hachette son père, fraîchement rentré du commissariat où il officie comme policier. Pour ce double parricide, le jeune Succo est déclaré «incapable d'entendre et de vouloir»ce qui, dans le code pénal italien, veut dire que Roberto ne peut être tenu responsable de ses actes. 


Cinq ans plus tard, il s’échappe de l’hôpital psychiatrique de Bologne où il est interné. Commence alors une cavale meurtrière en France où il tue au hasard des rencontres un brigadier, une ex-prof d’anglais, un médecin, une vacancière, un inspecteur de police. Pendant cette année où il sème la terreur, le «killer aux yeux de glace» raconte son double parricide à sa petite amie, une lycéenne qui trouve son imagination débordante… jusqu’à ce qu’elle le reconnaisse sur un avis de recherche. Elle décide de le balancer aux flics. La cavale de Succo s’arrête non loin de sa commune natale, près de Venise. Avant de se suicider dans sa cellule, Roberto tente de s’évader en se hissant sur le toit de la prison. De là, il traite son ex de putain et lui adresse, grand seigneur, cette phrase de François Ier : «Souvent femme varie, bien fol qui s’y fie».
maire
Jacques Maire : le plus OKLM
L’affaire Jacques Maire est finalement assez classique : une jeune femme retrouvée violée et démembrée sur un terrain vague, puis deux disparitions inquiétantes et rapidement un suspect qui se dégage. Il s’agit d’un petit caïd local déjà connu pour divers faits de vols et de violence, dans une France décimée par le déclin de l’industrie minière. Sauf que le suspect, que tout accuse, nie en bloc. La témoin principal n’aide pas vraiment quand elle se rétracte en plein procès disant qu’elle a tout inventé avec cet argument assez superbe : si elle a déclaré avoir aperçu le véhicule rouge de Maire, c’est parce qu’elle aime les oranges. 


OK. 
L’accusé prend 15 ans mais lors de son procès en appel, la greffière omet de signer quelques pages du dossier, ce qui permet un pourvoi en cassation puis un ultime jugement. Ce dernier intervenant environ 25 ans après les faits, Jacques Maire finit par être acquitté, faute de preuves et témoignages solides. Et cette liberté retrouvée lui permet d’être présent face à Hondelatte tout au long de l’épisode et de continuer à clamer son innocence. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Près de 7 ans après la diffusion dudit FELA, l’ADN de Maire est identifié sur un vêtement de la principale victime. Hélas, les faits sont prescrits et il ne sera donc jamais inquiété. Nous avons là un épisode absolument fabuleux où le coupable est en studio, tout à fait décontracté, et s’indigne de la façon dont la justice l’a traité. Franchement, bien ouej' Jacques.