Un musicien révolutionnaire
Commençons par le commencement, par l'essentiel. La musique. Les fameuses 4 saisons : génie d'entre les génies, Antonio Vivaldi s'amuse à retranscrire l'esprit de chaque saison en musique. Automne, Hiver, et surtout Printemps-Été, la collection qui nous intéresse, synonyme de vie, de folie, d'amour fou et de passion déraisonnable. Avec en tête de gondole le fameux concerto n°2 en sol mineur, LE tube du début du XVIIIème siècle, un immense chef-d’œuvre qui vous fout la même baffe existentielle qu'un riff des Ramones. Du «proto-punk baroque», surdosé en vitesse et en violence instrumentales, avec un Vivaldi qui déglingue son violon tel Steve Jones des Sex Pistols passant sa rage sur sa guitare électrique. Selon la légende, personne ne pouvait jouer aussi vite que lui : «Vers la fin, Vivaldi interpréta un accompagnement en solo admirable, qu’il enchaîna avec une cadence qui m’épouvanta vraiment, car on ne saurait jamais jouer quelque chose d’aussi impossible, ses doigts arrivaient à un fétu de paille du chevalet, laissant à peine la place pour le parcours de l’archet et ceci sur les quatre cordes, avec des fugues et une rapidité incroyable, ceci étonna tout le monde». C'était peut-être un peu tôt pour l'époque, ainsi un critique musical déplora : «Je dois avouer que je ne peux dire avoir été charmé, parce que ce n’était pas aussi agréable à entendre que ce n’était fait avec art». Tel un héraut punk avant l'heure, Vivaldi fait de l'art avec du sale, un véritable cavalier de l'art brut qui provoque l'incompréhension chez des auditeurs pas encore prêts pour une telle révolution.


Et ça n'est évidemment pas tout. Le deuxième concerto n°2 en sol mineur surnommé «l'Estate», le concerto n°1 en mi majeur, mais aussi le concerto en sol majeur surnommé «Alla Rustica» respirent eux aussi la même fougue, un feu sacré qui coule sans nul doute dans les veines de ce cher Antonio, qui avait en tout cas le feu au cul (voir plus loin) et composait des concertos plus vite que son ombre, selon Wikipédia : «Il se targuait de pouvoir composer un concerto plus vite que le copiste ne pouvait le transcrire». Un hyperactif notoire, qui composa pas moins de huit opéras entre 1726 et 1727, rien que ça. Vivre vite, dans l'instant et sans futur, tel était la devise de ce feu follet, que ses amis décrivent d'ailleurs comme «quelqu'un d'agité et de très nerveux».antonio-vivaldi-1519319003.-1x2560 (1)Un prêtre roux au mode de vie débridé
De là à péter un plomb et demander au bon Dieu d'avoir les cheveux teints en rouge il n'y a qu'un pas, que le jeune Antonio franchit allégrement avec une coiffure peroxydée rousse plutôt originale pour l'époque. Il n'en fallait pas plus pour qu'il se fasse remarquer par toute l'Italie ; ainsi, il fut rapidement surnommé «le prêtre roux», et on raconte qu'à Venise, ils étaient tellement choqués qu'ils en ont oublié son vrai prénom et sont restés totalement bloqués sur ce surnom vulgaire. Oui, on a oublié de vous dire mais en fait il était prêtre, enfin un prêtre un peu déviant pour l'époque. En vrai, il n'en avait à peu près rien à foutre de la religion — c'était surtout la planque ultime pour ne pas payer de loyer, avoir un petit revenu régulier et pouvoir exercer son art en toute liberté. Il n'en avait tellement rien à carrer que dès 1706, il refusa de dire la messe, plein le cul de ces salades, après quoi il fut aussitôt considéré par l’Église comme un «homme dont la tête n'était pas saine». Cerise sur le gâteau empoisonné, notre ami Antonio était un polygame notoire et alla jusqu'à entretenir neuf liaisons en même temps (inutile de vous dire qu'à l'époque, on faisait ça sans préservatif, à l'ancienne), une activité sexuelle débridée et sans réglementation morale qui le vit interdit de tournée par les autorités religieuses à cause de son non-respect des normes fondamentales de l'Église. Fuck forever.