Si vous aussi, vous cherchez à apporter votre petite pierre à l’édifice de l’uberisation, vous allez devoir challenger vos concurrents en prenant en compte un triste constat : sur Airbnb, les appartements proposés ont plus ou moins tous la même tronche (photo de la skyline de New York, cadres M6 D&Co et fournitures interchangeables inspirées directement des modèles exposés dans les boutiques de meubles).

Qu’importe, puisque vous n’échapperez pas à la terrible dérive de l’«AirSpace». Inventé dans un papier de The Verge publié il y a trois ans, le concept désigne – en gros – l’homogénéisation croissante des intérieurs causée par le numérique. Insta, Pinterest ou bien Airbnb, donc : les applications tendent à favoriser le copier-coller et tout uniformiser avec des décos à base de parquet en bois brut, de briques apparentes et de mobilier minimaliste. Bref, la même esthétique stérile et le même manque de goût générique, partout pareil, que ce soit à Paris, New-York ou Tokyo.

Le parc dispo sur Airbnb tutoyant en plus aujourd’hui les six millions de logements, autant dire que vous différencier doit être votre toute première priorité. Pour enfin devenir un hôte, il vous faudra ainsi logiquement créer une expérience originale pour vos voyageurs, afin de vous assurer de bien disrupter sa race à la concurrence et – à terme – devenir presque autant pété de fric qu’un rentier parisien à la retraite.

Pour ce, mieux vaut aller chercher les bonnes astuces directement auprès de la clientèle. Airbnb Hell, un site collaboratif réunissant une flopée de témoignages plus ou moins satisfaits (et plus ou moins crédibles), fera pile-poil l’affaire. Et surtout n’oubliez pas : d’une, vous ne faites pas partie du troupeau, et de deux, vous devez désormais adopter l’état d’esprit d’un entrepreneur. Nul besoin, donc, de vous comporter comme un être humain civilisé.crackFumez du crack dans l’appart, ou bien droguez carrément les voyageurs
Premier conseil à suivre : se défoncer devant vos hôtes augmentera significativement les chances de vous faire remarquer, et de marquer les esprits. Mary, une Américaine originaire de Boston, a par exemple dû faire face à un hôte un tantinet glauque qui battait sa femme, vivait dans un taudis plein de cafards et de souris, et «commençait à fumer du crack dans la maison». Mais n’oubliez pas qu’Airbnb est avant tout une plateforme basée sur le partage ; il est donc important de faire profiter vos invités.

Passons à un cas un poil plus extrême avec le séjour d’un certain Nicolas à Denver, qui raconte s’être fait droguer. L’hôte, une junkie selon lui accro aux amphét’ et aux barbituriques, «anciennement dépendante à la méthamphétamine», l’aurait shooté à son insu en lui offrant une coupe de thé. Détail encore plus pété : la femme «prétendait avoir été [par le passé] enlevée par des extraterrestres».appartement-degueu (19)Agissez comme un gros dégueulasse pour garder un minimum d’authenticité 
Dire que
certains habitants de Toronto photoshoppent les prises de vue de leur appart pour le faire paraître moins crade et ainsi ne pas faire trop peur aux clients ! Or vous, bien au contraire, vous avez perso tout intérêt à jouer la carte de l’honnêteté et de la transparence si vous n’êtes pas un fan du ménage. Vous vivez dans votre propre souille ? Restez vous-même. Et pas la peine de se contenter de laisser traîner des tampons usagés, ou bien un mélange de crottes de rat, de merdes d’araignée, de poussière et de moisissure comme le décrivent certains messages.

Les inspirations ne manquent pas si vous voulez y aller franco : l’histoire par exemple d’une mère venue voir sa fille à Sevierville dans le Tennessee, dégoûtée en trouvant ce qu’elle présente comme un mix possible de vomi et d’urine sous la table de la salle à manger ; ou bien celle d’une nièce et de sa tante «horrifiées en découvrant du sang sur la literie» de leur Airbnb, à Merimbula, sur la côte australienne. Bref, faites en sorte de créer une ambiance et de donner un certain cachet à votre offre.dick4Un classique : les tâches de sperme sur la couette
Même logique, mais en allant un poil plus loin dans la crasse cette fois-ci. Très bizarrement, tout ce qui tourne autour du sexe a tendance à rendre un peu mal à l’aise les touristes ; notamment lorsque ces derniers mettent la main malgré eux sur une cachette à sextoys dans la table de chevet, pleine de godes et de vibromasseurs.

Mais il est bien sûr possible de faire largement pire, avec des tâches de semence trouvées sur les couettes (ici ou encore , par exemple). À noter que vous risquez d’être perçu soit pour un crado sans-gêne, soit pour un détraqué sexuel. Et qu’on se le dise : dans un cas comme dans l’autre, ce sera complètement mérité.

La sécurité passe après tout : laissez donc traîner votre arme à feu
Safety first ? Sombre foutaise. Prenons plutôt le témoignage de Stéphanie, une Américaine qui explique être tombée sur un gun «non sécurisé», en passant tout juste la porte d’entrée d’un logement situé à Baltimore. Bon, la femme a en fait fini par se faire attaquer en justice par l’hôte, et s'est vue condamnée pour diffamation (le pistolet était apparemment un jouet en caoutchouc).

Mais qu’importe, vous avez saisi le principe : traumatiser la clientèle peut être une stratégie payante pour tirer votre épingle du jeu. Exemple parfait, pour le coup : un couple de voyageurs qui, après avoir dû affronter des cambrioleurs au milieu de la nuit, s’est fait menacer par une lame puis chourer la quasi-totalité de ses affaires, et soupçonne l’hôte d’avoir transmis des infos aux casseurs.fachoN’hésitez pas à parler politique (sauf, peut-être, si vous êtes néo-fasciste)
Mis à part le partage, les autres grandes valeurs d’Airbnb restent bien entendu la discussion et l’échange, qu’importent les cultures et les opinions. Il reste ceci dit un certain risque. En juin 2017, une bande de potes – sept Américains venus passer des vacances à Berlin – racontent avoir été menacés et mis à la porte par un fils de proprio aux convictions politiques un peu particulières : «Il nous a dit qu’il était un nazi et qu’il n’en avait absolument rien à faire de nous».

Dans le même genre, citons un autre témoignage bien pété, rédigé semble-t-il par un utilisateur à moitié parano : «Mon hôte était un néo-nazi producteur de porno incestueux, qui m'a extorqué de l'argent. Airbnb l’a protégé !!!!!». Voilà, votre quête de feedback touche à sa fin. Dernier tip : vous aurez beau passer pour un junkie infect, un psychopathe ou bien tout simplement un obsédé sexuel, n’oubliez pas de surévaluer le prix de la location comme un gros enfoiré (contribuer à la gentrification est une tradition chez Airbnb). Là, et seulement là, vous atteindrez enfin le Graal tant convoité : le niveau de raclure d’un authentique propriétaire.

(Source)