pompokoPompoko, d’Isao Takahata (1994)
La douceur, toujours. Quoi de mieux que le Studio Ghibli ? La forêt et ses esprits, ça émerveille les enfants. Ben, là, on suit le peuple tanuki, des animaux métamorphes qui luttent pour la sauvegarde de leur forêt entourant Tokyo. Sauf que contrairement aux bisounours de vos Disney, les tanukis s’en battent les couilles des humains et provoquent des accidents graves pour empêcher les constructions sur leur espace naturel.

D’ailleurs, leurs burnes, elles peuvent s’étaler pour leur permettre de voler. Jusqu’à grossir et devenir des armes contre les militaires qui veulent les déloger. C’est sûr que si les Gilets Jaunes avaient ces superpouvoirs, nos samedis depuis novembre auraient eu plus de gueule. Voir Michel, fier tourneur-fraiseur de 52 ans, écraser Daniel, loyal commandant de 57 ans, sous sa grosse paire poivre et sel, ça vend du rêve. Alors entre les testicules magiques et les multiples hallucinations géantes que provoquent les tanukis à base de tsukumogami, Pompoko aura de quoi mettre tout le monde dans un bon mood, en plus d’être un hommage sublime à la culture nippone.obayasHouse, de Nobuhiko Ōbayashi (1977)
On reste au Japon dans notre programme. Parce que mine de rien, Pompoko fait 2h et après toute cette tendresse, faut un bon coup de fouet pour relancer l’ambiance. Ça tombe bien, la Toho s’est sniffé un rail de coke assez long pour accueillir un Shinkansen et nous offre le film d’horreur/comédie House. Le pitch est très simple : une bande d’écolières menée par Gorgeous investit la maison de sa tante pour les vacances d’été. Petit à petit, le lieu se révèle hanté et les filles s’y font dévorer une par une. En apparence, c’est terrible, mais le délire formel va tellement loin qu’il fascine.


Influencé par le succès des Dents de la mer, Nobuhiko Ōbayashi accouche au final d’une œuvre foutraque, plus inspirée du cinéma expérimental que de l’épouvante. Inclassable, ce déluge de couleurs emprunte au manga, aux comics, au pop art et à la peinture en général. Ōbayashi ne joue pas sur des effets spéciaux réalistes et surligne ses trucages jusqu’à les rendre absurdes. Bon, peut-être qu’à ce stade, vous perdrez certains de vos potes, trop désorientés pour encaisser le choc. Vidés, ils se dirigeront vers la boîte la plus proche, au moment où vous presserez «PLAY» sur le film suivant.

MV5BYTRkNTBjZmMtMDg1Ni00YjcwLThiNjQtYTllMDkzZTJmNGY0XkEyXkFqcGdeQXVyNTAyODkwOQ@@._V1_Au-delà du réel, de Ken Russell (1980)
Quand vous atteindrez Au-delà du réel, vous aurez ajouté d’autres substances à la beuh. Ça fera passer votre regard en 16/9ème, sinon vous tiendrez pas. Ken Russell, c’est un peu l’Anglais qui vient à ta fête, boit tout au fût, lâche un p’tit «oh, faut rigoler» et laisse le salon en vrac. Sobre, ses films sont déjà hallucinants. Stone, on peut sans doute y trouver le sens de la vie. On aurait pu tout aussi bien choisir Tommy, la fresque psyché des Who, l’indispensable Les Diables voire Les Jours et les nuits de China Blue (voyez ces perles, hein). Mais avec ses passages surréalistes aux décors incroyables, Au-delà du réel s’accommodait plus à une soirée pét’.

C’est d’ailleurs le centre de l’intrigue : un anthropologiste veut connaître les origines de la vie et gobe des psychotropes mexicains. Un point de départ loin d’être validé par Agnès Buzyn, prétexte à un enchaînement de visions blasphématoires. Gros délire à l’acide, le film aura un double effet Kiss Cool sur vos congénères, se sentant émerveillés dans les premières minutes, et remettant en cause l’existence de leurs mains lors du générique.

swissarmy-feffs-2016-paul-dano-daniel-radcliffeSwiss Army Man, de Dan Kwan et Daniel Scheinert (2016)
Une plage. Un suicidaire. Un cadavre. On ne va pas se mentir : à ce stade du voyage, personne ne questionnera ce point de départ. Encore moins lorsqu’ils verront la dépouille d’Harry Potter utiliser sa bite comme une boussole ou se transformer en jet ski grâce à ses pets-turbos. OVNI est le mot qui définit le mieux Swiss Army Man. Les films jusqu’à présent contenaient un semblant d’intrigue, mais on peut se demander comment cette «becketterie» a pu être financée. «On voudrait faire un film où le premier pet te fait rire et le dernier te fait pleurer.» Telle est la manière dont le projet a été vendu à Paul Dano.

Il raconte la découverte par Hank d’un cadavre échoué sur un rivage. Hank surnomme le corps Manny et ensemble, ils tenteront de regagner la civilisation, se servant de Manny comme d’un couteau suisse humain. Car ce macchabée n’est pas réellement mort et a des pouvoirs magiques : gerber de l’eau potable, péter pour voler ou effrayer les prédateurs, se servir de sa bouche comme d’un grappin... Manny est un miracle doublé d’un ami fantastique. Un peu comme cette brave âme qui vous décapsule les bières au briquet. Une merveilleuse pépite douce amère non identifiée.maxresdefault (6) (1)Les Petites marguerites, de Věra Chytilová (1966)
Il est presque 6h du mat et la tribu s’est dispersée. Certains ont investi les chambres pour cuver mais une poignée reste dans le salon ou la cuisine. Soit c’est des couples qui ont encore la foi de se choper, soit c’est des gens qui débattent de sujets improbables. À ce moment précis, l’un d’entre vous peut s’asseoir sans le faire exprès sur la télécommande et lancer Les Petites marguerites. Pinacle de la nouvelle vague tchécoslovaque, le film suit les pérégrinations de Marie et Marie, deux amies profitant de la crédulité des hommes pour se faire inviter au restaurant et mener la belle vie.

Charge contre le patriarcat et brûlot esthétique, Chytilová est en avance sur son temps avec son postulat pré-Valseuses et son étude larvée au vitriol d’un pays détruit. Sa grande gueule, la réalisatrice la paiera au prix fort : interdiction de travailler dans son pays pendant dix ans et censure du film. Une œuvre pionnière qu’il convient de réhabiliter pour un petit déjeuner réussi. En témoigne la scène magnifique où les Marie découpent des aliments phalliques (banane, concombre, saucisse). Miam !

3 QUICKIE BONUS :

1_p9yLHWbTDlh9Ca9i2vUN9gLe Festin nu, de David Cronenberg (1991)
Pour remplacer Au-delà du réel si vous préférez.
Lorsque le réalisateur de Vidéodrome adapte les textes sous héroïne de William S. Burroughs, ça donne quoi ? Ben, un truc à pas montrer à tout le monde. C’est pourquoi on ne le mettra qu’en option ici. Pour beaucoup, c’est un peu «le film de la maturité» de Cronenberg, tant son cinéma organique rend lisible un roman réputé inadaptable. Ce qui donne un mélange aussi intello que crade, aussi froid que chaud. Au détour d’une scène, on peut croiser un alien qui boit son p’tit Sex on the beach pépère, une machine à écrire se métamorphosant en cafard ou un mille-pattes géant violant un mec. La légende veut que les scientifiques en connaissent plus sur la profondeur des océans que sur ce que prenait Burroughs à Tanger entre 1954 et 1957.papPaprika, de Satoshi Kon (2006)
Pour remplacer
House, si vous préférez.
Film testamentaire de son auteur (tragiquement emporté par un cancer du pancréas en 2010), Paprika n’a pas été sélectionné car il part trop loin. Si loin que tous vos amis penseront être piégés dans la matrice en fin de visionnage. Trop intense pour une petite soirée bédo, le film se déroule dans un futur où des machines entrent dans les rêves des gens. Chiba, une enquêtrice, est chargée de traquer un malfaiteur qui contrôle l’inconscient des patients. À première vue, le pitch rappelle Inception, mais là où Christopher Nolan te divertit, Satoshi Kon t’enfonce le plexus avec sa réflexion métaphysique sur l’Homme. Un anime pour fumeurs aguerris catégorie 10ème dan. labyrinthe-photo-labyrinth-1039267 (1)Labyrinth, de Jim Henson (1986)
Pour remplacer Les Petites marguerites si vous préférez.
Ah, David Bowie ! Seule Notre-Dame a plus fumé que lui. Pas inclus dans la liste originale car trop identifié, ce film culte raconte les aventures de Sarah dans un labyrinthe féérique à la recherche de son demi-frère, kidnappé par Jareth, le roi des Gobelins. On y croise une virginale Jennifer Connelly (troisième film à 16 ans ma gueule) et un Bowie période Let’s Dance, jouissif en bad guy cabotin avec sa coiffure Tina Turner. Si tout ça te fait pas tripper, attends de croiser la tronche du bestiaire fou de Jim Henson, ses chorés oniriques et le production design monstrueux qui te balance dans un autre monde.