Ça fait deux ans et demi que tu es là. Auparavant, tu étais au Studio PLUS XXX comme Alf (Stéphane Briat) ?
Antoine Chabert (Chab) :
Non pas vraiment, la période où était Alf s’est arrêtée quand Claude Sahakian, le boss historique a revendu. Après, ça a continué mais ça n'a plus très bien marché, donc il ont loué des cabines où j'ai travaillé en attendant que ça se construise ici. 

Depuis combien de temps tu masterises ?
Depuis dix-neuf ans. J’ai commencé par hasard, j’avais fais des études de son, puis j’ai débuté au Café de la Plage à Maurepas. Le programmateur était un mec de la Route du Rock donc il avait un très bon réseau.  On a fait de super concerts avec Philippe Katerine, M, The Divine Comedy… Tout ça dans une salle de banlieue de 300 places, dans les Yvelines. J’avais un contrat de deux ans avec la mairie donc j’ai dû partir. Après j’ai suivi des groupes en tournée mais ça a pas du tout marché… Et puis j’ai arrêté la musique, pendant deux ans car je n’y gagnais pas ma vie. À un moment j’ai eu un déclic, je me suis dit «faut que je me bouge». Donc j’ai tapé à la porte de tous les studios parisiens, et puis j’ai eu la chance que Translab me réponde car ils cherchaient des gens. J’ai eu une, deux, trois, quatre… six auditions pour qu’ils se décident. À l’époque je ne connaissais pas du tout le master, il n’y avait pas Internet, on ne pouvait pas se renseigner autant… C’est une phase un peu mystique du son. J’avais déjà fait une séance de mastering en tant qu’étudiant pour le disque de mon groupe à l’époque, mais je n’avais rien compris. Je me disais «c’est obligatoire, on le fait mais je sais pas pourquoi on le fait». J’avais même pas entendu la différence avant/après.

C’était quand ce premier mastering ?
En 1996, d’ailleurs on l’avait fait à Translab avec JC. Donc quatre ans après, j’y retourne et je tape à la porte. À côté il y avait aussi Studio Gang. On m’a demandé «Tu veux faire quoi : Studio Gang, du studio, du mastering ?», j’ai répondu : «moi je veux bosser, tu me donnes n’importe quoi et je travaille.» Donc au fur et à mesure des entretiens ils m’ont pris à l’essai. Ils ne cherchaient pas forcément quelqu’un qui connaissait le boulot. Après j’ai été formé 15 jours sur le logiciel.

C’était quoi ?
Celui que j’utilise toujours : Sadie. Ensuite j’ai dû me débrouiller. Ils ne voulaient pas qu’on soit assistant d’un autre ingénieur donc je n'ai assisté personne. On avait un studio de copies où il y avait des masters à faire tourner. J'y écoutais beaucoup le mastering des autres et puis, les soirs et le week-end, j’allais dans les studios pour m’entraîner et comprendre ce qu’il fallait faire, essayer. Un jour on m’a dit : «Aujourd'hui, tu as un rendez-vous.» On m’a jeté dans la fosse aux lions très tôt : au bout de deux ou trois mois, c’était parti.

Donc 15 jours de formation, un mois et demi d’écoute, et hop ?
Oui, mais j’ai continué à faire des écoutes et m’exercer. Je n'ai pas commencé à faire du mastering du jour au lendemain : j’ai eu un client, puis deux… Au bout de quatre ou cinq mois, un de mes potes de fac qui était DA chez Source m’a dit «Tiens, il y a ce morceau de Saïan Supa Crew à masteriser, ça s’appelle Angela et je sais que tu viens d’arriver à Translab, ce serait cool qu’on le fasse ensemble». Je l’ai fait, le morceau a cartonné et là, c’était parti. Ensuite ça a enchaîné : «Ha ben t’as fait ça, donc tu peux faire ça ? Et ça ?», et ainsi de suite. 

Et ce mastering t’a paru difficile ? Quels sont les ingrédients pour faire un bon mastering ?
Un bon ingénieur-son de mastering c’est quelqu’un qui a de l’expérience, ce que je n'avais pas du tout. C’est assez bizarre parce que normalement, on commence à faire de gros masterings après cinq, dix ans…  Là ce n’était pas du tout le cas. C’était super pour moi mais je masterisais beaucoup au feeling, je n'avais pas de repères... Aujourd’hui j’ai le background qui me permet d’appréhender les choses mais à l’époque je n’avais pas de constance. À Translab, il y avait un gros pool de mastering avec des supers gars. On bossait tout le temps, on avait beaucoup de demandes. La hype de cette période m’a servi et en même temps m’a desservi, donc  forcément des fois c’était bien, et d'autres fois ce n’était pas bien. Alors j’ai dû travailler encore plus pour être sûr qu’à chaque fois que je rendais un disque, je ne le foirais pas. Parfois je le refaisais la nuit ou le lendemain. Je revenais dessus, j’essayais de trouver la clef et je me posais beaucoup de questions. C’était une période où je travaillais tout le temps, sept jours sur sept. Mais ça m’a aussi aidé à apprendre plein de trucs, à défaire, à refaire, à essayer d'autres voies…

Si tu pouvais expliquer le mastering en quelques mots à quelqu’un qui ne s’y connait pas en son, tu lui dirais quoi ?
Le mastering c’est le révélateur d’un track. C'est le dernier process de son avant de sortir les disques dans le commerce. Ça a démarré avec la gravure vinyle :  on devait reporter la bande analogique sur du vinyle sans détériorer le son. Après on s’est rendu compte qu’on pouvait y apporter des corrections pour l’améliorer. Ça a commencé par trois, quatre machines et ça s’est développé. Avec l’arrivée du CD, on a mélangé l’analogique et le numérique. Les studios de mastering sont devenus plus gros. Aujourd'hui, si j’ai beaucoup de machines, c'est pour que je puisse répondre à plein de couleurs de mixes différents.chab2Pour un son cinéma, les soundtracks par exemple, il faut un mastering spécial ?
Si c’est en 5.1, il faut avoir un studio différent. Mais si c’est une bande stéréo c’est pareil. L’idée du mastering, c’est d'améliorer, de faire éclore un morceau une fois qu’il a été enregistré et mixé. Parfois c’est déjà là, parfois il y a un peu de travail : le son est un peu renfermé, il y a trop d’aigus, trop de graves, des balances à rectifier… C'est un révélateur comme du papier dans un bac photo, ou comme un beau vernis sur un meuble, pour rendre la musique plus agréable à l’oreille. Il faut aller dans son sens, pour qu'elle dégage encore plus d'émotion. Techniquement, on doit pouvoir l’écouter sur son iPhone, sur une super chaîne Hi-Fi ou dans sa voiture sans saturation, basses bizarres, ou aigus qui font mal à la tête… Il faut aller par exemple dans le mouvement du groove, pour qu’un morceau funk danse encore plus, ou bien dans le côté dramatique afin qu’un morceau triste soit encore plus triste... On joue avec les fréquences, c’est subtil mais ça marche. Mais c’est très subjectif : je peux avoir une idée, l’artiste peut en avoir une autre, on parle…. Parfois on ne parle pas et je propose quelque chose. 

Donc tu as bossé comme un fou pour être à la hauteur des attentes des clients... 
Oui mais aussi et surtout parce que j’adorais ça ! Je suis tombé dans ce milieu et je me suis rendu compte que j’aimais faire ce boulot. J’adore que les gens soient contents et repartent heureux. Par exemple, très vite, j’ai eu l'album Moffou de Salif Keïta à masteriser qui était super, et comme c’était Jean Lamoot qui mixait (aux studios Ferber), un jour il a fait un track avec Noir Désir et Brigitte Fontaine qui s’appelait...

.... L’Europe(je me retiens de lui faire mon imitation de Brigitte Fontaine en proférant «les sangliers sont lâchés», ndlr).
Oui, il m’a demandé de la faire juste avant l’album Des visages des Figures parce que ça devait sortir en vinyle.


En single ?
Non parce que c’était un morceau de 25 minutes…. Mais ça a plu à tout le monde, alors que ce n’était pas facile à faire car c’était un morceau très long où je devais faire des suivis d’EQ, l’ambiance changeait tout le temps… Ensuite ils ont fait le mastering de l’album à New-York avec Greg Calbi, mais certains du groupe avaient un doute sur le résultat. Ils se sont dit «ce serait bien de faire un deuxième essai, et comme on aime bien l’Europe avec Chab, on va lui demander de refaire le mastering de l’album». Il fallait le rendre hyper vite donc je l’ai fait en une nuit et, au final, ils ont choisi moitié-moitié entre les deux versions.

Je comprends mieux - à l’époque, j’ai écouté cet album en boucle, et je trouvais qu’il y avait de légères différences entre les titres mais je savais pas pourquoi.
Déjà, il y avait deux mixeurs (un Français et un Américain), puis deux masteriseurs. Ce disque était génial, je n'avais qu’un an de métier dans les pattes et c’était super de faire cet album très vite. Après, un disque en appelle un autre, les gens regardent les crédits.

Quels sont tes meilleurs souvenirs en sessions de mastering ?
Les Daft c’était génial. L’album de Noir Désir c’était super aussi, un peu plus stressant. En plus on avait tout sur bandes… L’album de Bertrand Burgalat, avec AS Dragon, je l’ai fait hyper vite. Le jeudi j’avais un album, le vendredi un autre, et les Saïan Supa Crew venaient de faire leur mastering aux US pour leur album Hold up. Ils n’étaient pas contents du résultat et m’ont demandé de tout refaire mais je n’avais plus de place, donc j’ai dû faire ça la nuit. Cette semaine-là le jeudi j’ai bossé, la nuit j’ai fait l’album du Saïan donc je n'ai pas dormi, le vendredi j’ai fait mon rendez-vous prévu, le vendredi soir je suis revenu sur l’album du Saïan parce que les albums de rap c’est toujours un peu long, il y a de beaucoup de morceaux, c’est compliqué… J’ai dormi une heure dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai fini l’album, je suis rentré chez moi, j’ai pris une douche et j'ai enchaîné le samedi avec l’album de Bertrand Burgalat. C’est la seule fois de ma vie où j’ai passé deux nuits sans dormir, j’étais dans un état second un peu comme drogué. C’était bizarre mais j’ai été efficace. On a fait cet album là hyper vite et c’était un super souvenir avec Bertrand, j’ai adoré la musique. 

Mais comment tu faisais pour tenir ? (je m'attendais à ce qu'il me sorte un truc de hippies -drogue ou méditation- mais non.)
À l’époque, j’étais tellement passionné par ce boulot que j’avais plein d’énergie, je faisais une nuit blanche par semaine en moyenne. Quand il fallait y aller, mentalement j’avais peut-être une faculté à ne jamais lâcher, je ne sais pas… Aujourd’hui, je n’y arrive plus, je suis plus raisonnable et il faut laisser les oreilles se reposer. À des moments j’avais l’oreille toute chaude, j’avais mal… Mais je ne regrette pas ce que j’ai fait, j’avais besoin de le faire ça à ce moment -là, de beaucoup bosser, c’était vital. J’ai aussi adoré faire les albums de Bertrand Belin, les disques de Air Love 2 et Le voyage dans la Lune. Tout le travail avec Indochine, qui est un groupe que j’écoutais quand j’étais petit… Le jour où ils sont venus me voir, j’étais trop content, depuis je fais toutes leurs productions, c’est super… C’est une bonne relation, je les estime beaucoup. Mais il y a plein de très bons moments et j’en oublie sûrement.chab-mastering-news-picDes albums qui ont été mixés par Alf ?
Alf oui, pour Love 2 de Air. 

Et Burgalat meets AS Dragon
Non, c’est leur ingé son de l’époque, Stéphane Poitevin, qui l’a mixé. C’était le temps où il y avait encore Peter von Poehl dans le groupe, et pas encore Natacha. Alf a fait le deuxième album d’AS Dragon. Alf, c’est une amitié de longue date. Sur Love 2 il m’a dit «Viens, on va essayer autre chose». À l’époque j’étais à Translab. On a utilisé deux machines pour ce master, un truc minimaliste. Pour moi, ça a été révélateur : trouver pour chaque album les bons périphériques, la bonne séquence, être pile au bon endroit et beaucoup plus efficace. C’est Jean-Pierre Janiaud du Studio Gang, qui a fait tous les Berger, les Johnny, les Goldman de l’époque qui disait: «chaque fois qu’on rajoute une machine, on détériore le son». C’est un métier où il faut savoir doser. C'est important de trouver son son, de développer sa personnalité au travers des équipements et de sa méthode. Je n'ai jamais été l’assistant de quelqu’un, ce que j’ai toujours regretté. J'ai dû avancer seul avec les remises en questions et les doutes que ça comporte. Doutes que j’ai toujours même si je me pose moins de questions qu’avant. Je me dis toujours que ça peut être mieux, je cherche toujours à m’améliorer.

Tu viens d’une famille de musiciens ?
Non, j’ai pratiqué la musique quand j’étais jeune, le solfège et la clarinette qui était proposés par l’école en CM2. Ma mère m’a demandé : «Bon tu veux faire du sport ? De la musique ?» et je me suis dit que j’allais essayer la musique, un peu par hasard. Mes parents n’étaient pas musiciens mais ils avaient le premier walkman avec deux cassettes : le best of Georges Harrison et Stevie Wonder Master Blaster. Je les écoutais en boucle.

Le petit walkman avec les oreillettes orange en mousse ? 
Ouais, le premier walkman Sony bleu où on pouvait appuyer sur un bouton pour entendre ce que les autres disaient, j’adorais ça (rires). La clarinette, j’ai choisi ça par hasard, parce que les instruments de musique c’était très ésotérique pour moi… Je me suis dit que la clarinette c’était un truc cool, que je pourrais faire du jazz. En fait ce n’était pas du tout ce que je pensais. Je ne savais pas ce qu'était le jazz. Je n’étais pas mélomane, j’écoutais des trucs un peu au hasard à la radio. Quand j’achetais mes 45T c’était La Compagnie Créole, Wham, Madonna, Jean-Jacques Goldman… Après quatre ou cinq ans de conservatoire j’ai arrêté cet instrument. Plus tard mon grand frère m’a dit «tiens, je veux apprendre la guitare» et j’ai dit «moi aussi» et là, à seize ans, j’ai trouvé un instrument que j’adorais. Je me suis acheté une guitare électrique et je travaillais trois heures par jour. Au bout d’un an, j’avais trois groupes: un groupe de reprises, un groupe, un groupe de potes et un autre. Je ne chantais pas trop mais je faisais les chœurs. Après j’ai vu que j’adorais enregistrer ces groupes, donc j’ai fait des études dans ce sens. Mais je ne les ai pas bien faites… Comme je détestais l’école, même les cours de son je ne trouvais pas ça si intéressant, je préférais jouer de la musique. Je voulais vraiment être sur le terrain et travailler, plus que faire des études.

Ça t’a mené quand même à trois Grammy Awards pour les Daft Punk. Tu t’y attendais ?
Non. On reproche trop souvent aux Daft Punk que tout est stratégique et que c’est du business, mais c’est surtout une grosse machine à musique. Ils kiffent la musique et ils veulent sortir des trucs géniaux et se surprendre eux-mêmes. Ils y arrivent et ils sont très forts. Alors oui, quand l’album est sorti, ils ont mis une affiche gigantesque mais en même temps qui peut aujourd’hui mettre une affiche gigantesque et créer un engouement ? Pas grand monde, en fait. C’est génial je trouve. Ils n'ont qu’à le faire les autres, si c’est ça. Daft Punk arrive à faire rêver les gens et ça c’est super. Je me rappelle de cet album, ils ont commencé par une affiche, puis un extrait de dix secondes que tout le monde a mis en boucle, puis un autre de trente secondes… Il y avait une vraie excitation. Quand l’album est sorti tout le monde l’attendait, et c’est monté en puissance. C’était bien gaulé et ça rendait les gens heureux. Quand j’étais jeune, j’écoutais plein de musiques indé avec la vague Manchester des années 90. Le deuxième disque des Stone Roses on l’attendait… Il ne sortait jamais, on regardait dans les journaux «Quand est-ce qu’il va sortir ?», «Ha finalement ils retournent en studio» et puis enfin l’album sortait. Je me rappelle qu’il y avait ces engouements pour la musique. Aujourd’hui on a un peu perdu cette magie… C’est plus de la consommation de masse, du jetable. Un track sort et fait le buzz mais on n'attend plus celui d’après, on s’en fout un peu. J’ai bien aimé ce phénomène avec RAM, et les Grammy c’était la suite logique. On ne s’y attendait pas, ils ont tout raflé et c’était mérité, car ils ont passé beaucoup de temps et d’énergie sur cet album. 

Tous les DJ Traktor du monde voient les fréquences sur leurs ordis quand ils passent les titres de Random Access Memory qui rameutent les gens sur le dancefloor.
Je t’arrête, ça ne tient pas qu’au mastering. Tout est hyper bien fait. chaque étape est pensée et apporte quelque chose. C’est hyper bien géré dès le départ. Il n'y a pas eu de révolution à l'étape du mastering, mais par contre c'est très bien produit à tous les niveaux et ça donne un disque super. Bien sûr la composition et l’arrangement sont primordiaux.

Et tes projets actuels c’est quoi ? 
Les BB Brunes enregistrent… On verra l’année prochaine. Sinon Bertrand Belin a fait un énorme disque, O aussi, LimousineAngèle, Chris (ex Christine and the Queens), Juliette Armanet… Les filles en ce moment, elles cartonnent. 

Est-ce-qu’elles y connaissent quelque chose en son, les filles ? 
Oui bien sûr, elles sont hyper attentives au mastering, la plupart viennent écouter. On me dit souvent «moi je n’y connais rien, je n'ai pas les termes» alors que je ne cherche pas ça, j’ai besoin de ressentis pour interpréter ce que veulent les gens, qu’ils me parlent avec leurs mots, à leur façon.

Pour transformer les métadonnées….
… en fréquences et en compression (rires). Oui, il faut comprendre les gens. En ce qui concerne les filles, avant on était dans un milieu très masculin, on entendait trop souvent «les filles elles n'y connaissent rien, elles ferment leur gueules et puis c’est bien». C’est des conneries, la musique c’est une vibration ! Tout le monde a des vibrations, des ressentis. Même si vous ne connaissez pas la pièce, la cabine d’écoute, vous pouvez capter si le morceau vous touche ou pas. Après, vous l’écouterez à nouveau chez vous, pour avoir la dernière validation. Chacun est capable d’avoir un avis. Une fois, je faisais un master, et puis l’ingé-son m’a dit «oui je vois ce que tu veux faire mais je veux pas aller là», gentiment en plus. Même si mon ego en a prit un coup, j’ai re-travaillé le son à sa façon et c'était beaucoup mieux. C'est un métier où il faut enlever l'ego et s'adapter,  mais il faut aussi que ça me plaise à la fin.

chabstudio (1)C’est peut-être ça qui est apprécié chez les artistes et les producteurs justement, le fait d’être à l’écoute que tu ailles vers le projet et qu’il n’y ait pas ce côté «Bah ici c’est comme ça et pas autrement». C'est du sur-mesure.
Oui, et ça change tous les jours. C'est tellement subjectif que chacun a sa vision. En plus ça va assez vite le mastering : une demi-heure/une heure par morceau en moyenne, et une journée par album.

Et tu me disais que tu travailles quatre jours, puis tu repars trois jours à la campagne. 
Oui, je retourne chez moi me reposer trois jours. J'ai pris ce rythme depuis six ans. Avant j'étais dispo tout le temps, je vivais à côté du studio. Aujourd'hui je dis aux gens que ce sera fait lundi ou mardi et les gens sont ok. J'ai appris à gérer les urgences. Au studio, Didier Perrin prépare et sort les masters, il fait tout un travail de coordination technique avec les labels. Et puis il y a Adrien Pallot qui fait du mastering les jours où je ne suis pas présent, d'ailleurs c'est lui qui a fait l'album d'Angèle. Et Sophie s'occupe de tout le planning, donc il y a toujours quelqu'un qui est là. La musique c'est un partage, parfois quand j'ai un doute, je demande à Didi qui me donne une idée qui enchaîne sur un truc. Je suis souvent seul en studio et j'ai besoin de confronter, la musique c'est un dialogue.

Et tu fais des cures de silence ?
Oui du silence. Ou bien je mets la musique à fond chez moi (rires).

Crédits photos : DR.