Ça se binge : Fleabag
Les séries anglaises adaptées en France, on le sait, incitent rarement à la débauche d’enthousiasme - ceux qui ont vu Le bureau, adaptation ridicule de The Office avec François Berléand en tête d'affiche en ont encore la nausée... Voilà la raison pour laquelle Mouche, pourtant porté à l'écran par Camille Cottin (qu'on aime beaucoup, ce n’est pas le problème), peut faire peur. Parce que la scénariste et réalisatrice Jeanne Herry (Pupille, Dix pour cent) s'attaque ici à une série culte - de l'autre côté de la Manche, du moins. Fleabag, c'est en effet l'une des comédies-dramatiques les plus fines, les plus sensibles et les plus personnelles que l'on ait eu l'occasion de voir ces dernières années. Et on ne dit pas ça pour faire genre, parce qu’on a envie de vous vendre de l’inédit, ou simplement parce que Phoebe Waller-Bridge y déploie un humour féminin légèrement tendance ces dernières années (Blanche Gardin en France, Abbi Jacobson aux US). Non, si Fleabag nous émeut autant, c'est justement parce qu'elle touche à l’intime (la série est adaptée d’un spectacle seule-en-scène), parce qu'elle décrit les relations telles qu'elles sont, et pas comme elles devraient être (ce que font la plupart des films et des séries, finalement).camillecottin«Je suis complètement obsédée par la frontière entre pleurer et rire, racontait Phoebe Waller-Bridge au magazine New Statesman en 2016. Je ressens toujours cette tentation de remuer le couteau dans la plaie. Quand les spectateurs rient avec un personnage, ils se rendent vulnérables. Ils ouvrent leur cœur en riant, parce qu’ils se sentent bien. Ils sont désarmés. Devant un public qui a baissé la garde, je me dis : “Qu’on les achève ! Qu’on vise le cœur !”». Le personnage qu’incarne l’Anglaise (Fleabag, donc) n'est de toute façon pas facile à définir. Tout est complexe chez elle, on sent bien qu'elle est systématiquement au bord de la déprime. Mais Fleabag n'est pas chiante pour autant. Elle cherche juste à comprendre pourquoi elle se confronte si souvent à l'échec, s'interroge sur la façon qu'elle a d'utiliser les relations (amicales et sexuelles) pour panser les plaies de son mal-être. Certaines scènes de la saison 2 (la dernière, vient-on d’apprendre…), notamment celle chez le psy, formulent ainsi un propos qui frappe par sa justesse, qui raconte les histoires, les doutes et les folies d'une génération sans jamais tomber dans les clichés de la quête de l'identité. Et si l’éventualité de remettre en cause votre existence aux côtés de Phoebe Waller-Bridge durant 12 épisodes ne vous rend pas tout chose, on ne peut plus rien pour vous.

Le teaser qui affole les sériephiles : Dark
Après avoir exploré trois périodes temporelles (1953, 1986, 2019), les showrunners de Dark ont décidé de foutre encore un peu plus la pagaille dans le cerveau des spectateurs avec la saison 2, dont certaines intrigues se dérouleront également en 1921 et 2053. Bref, ça paraît aussi compliqué à comprendre qu'une scène de David Lynch (ou qu'un discours de JCVD, mais pour d'autres raisons). Le mieux est sans doute de se laisser porter par le scénario et les nouveaux épisodes de cette deuxième saison, de retour le 21 juin sur Netflix. Soit le jour exact où Mikkel Nielsen/Michael Kahnwald s’est suicidé. Génie artistique ou simple coup marketing, appelez-ça comme vous voulez !

La guest-star ultime : Julianne Moore
Ceux qui ont vu Lost (les vrais, donc) savent à quel point J.J. Abrams est fasciné par l'œuvre de Stephen King. Impossible, dès lors, de s’étonner de voir le producteur américain produire pour Apple Lisey's Story, adaptation du livre éponyme paru en 2006 par l’auteur de Castle Rock. Dans cette série, Julianne Moore incarnera une veuve qui, suite au décès de son mari, découvre que ce dernier lui a légué un jeu de pistes lugubre pour revivre leurs souvenirs communs. Et dire que des blaireaux paient Netflix pour voir Depardieu et Uma Thurman tenter de s’inventer une nouvelle carrière sur petit écran.mythoLa série que l’on aimerait spoiler : Mytho
Lors de la dernière édition de Séries Mania à Lille, on a pu y jeter un œil. Et on n'a pas été déçu. Il y a ce récit, déjà, où l'on suit Elvira, une mère de famille qui, faute de reconnaissance de son mari et de ses trois enfants, fait croire à son entourage qu'elle est atteinte d'un cancer. Sympa, l'ambiance... Sauf que Mytho tire sa force de son ton, parfois dramatique mais ouvertement comique. Ce qui n'était pas gagné quand on sait qu'Elvira est interprétée par Marina Hands, et que la série est réalisée par Fabrice Gobert (Simon Werner a disparu, Les Revenants). Pas vraiment des adeptes du fou-rire, donc… Comme quoi, il faut savoir faire confiance aux artistes lorsqu’ils tentent de sortir de leur zone de confort. Ça sonne niais dit comme ça, mais on assume totalement cet argument.

OSEF : la fin de Gotham
Oui, la série de la Fox s'est achevée le 25 avril dernier et, franchement, c'est un service rendu à tous les fans du Dark Knight. Bien qu'on nous murmure dans l’oreillette qu'une série sur Alfred, le majordome de Bruce Wayne, soit actuellement en préparation…

L’interview du mois :
Elle est l’œuvre de So Film qui, dans un dossier consacré aux séries, donne la parole à divers professionnels, dont Audrey Fouché, showrunner et créatrice d’Osmosis. «Ça arrive qu’on écrive une histoire sur une saison, que cette histoire marche assez pour être renouvelée sur une deuxième voire une troisième saison, puis qu’en fin de compte, on réalise :En fait, mes personnages ne peuvent pas aller plus loin. En un sens, c’est ce qui nous est arrivé avec Les Revenants. On s’est lancé bille en tête, assez excités d’être à l’avant-garde de la série d’auteur avec la production Haut et Court et Canal+. L’argument de la série était très fort — mais quand il a fallu enchaîner une deuxième saison, on s’est retrouvé dans l’impasse.» En clair : finissons-en avec les péplums interminables, faites place aux mini-séries.sofilmLa vidéo du mois :
Parce qu'on n'a aucunement envie d'en rajouter une couche sur Game Of Thrones ou de spoiler quoique ce soit à quelques jours de la diffusion de l'épisode final, on se contentera de conseiller cette vidéo où Kit Harington (aka Jon Snow) nous fait visiter un gigantesque entrepôt de Belfast. Évidemment, le lieu a son importance, c’est notamment là que sont entreposés les différents accessoires de la série depuis la première saison (le fauteuil roulant de Bran, les crânes de dragons morts, les robes de Daenerys, les armes...). Si ça n’avait pas été le cas, ça n’aurait pas eu grand intérêt.

La punchline qui claque :
«Que dit-on au Dieu de la Mort ? Pas aujourd’hui.» Bon, allez, on arrête avec Game Of Thrones. Mais il ne faudra pas s’étonner si ceux qui ont vu l’épisode 3 de la saison 8 nomment leurs futures filles Arya.

David Costabile, l’éternel second
«Putain, c'est le mec qui joue dans...» Cette réaction, on l'a tous déjà eue face à une série. Certains acteurs semblent même condamnés à susciter ce genre de remarques, et David Costabile est incontestablement l'un d'entre eux. Pour le grand public, David Costabile n’existe d’ailleurs probablement pas. Au mieux, il est Gale, un scientifique surdoué dans Breaking Bad, Rick Messer, un des détectives de Damages, ou encore Thomas Klebanow, rédacteur en chef d’un journal de Baltimore dans The Wire. En clair, David Costabile n’est souvent qu’un visage, un rôle secondaire dans des séries où les personnages mythiques pullulent. Pourquoi en parler alors ? Tout simplement parce que l’Américain est de ces acteurs qui marquent l’esprit et l’histoire d’une série en très peu de temps – sinon, on n’aurait pas ce genre de réaction à chaque fois qu’on le voit interpréter un nouveau rôle.davidSi l'on en parle, c’est aussi parce que David Costabile pourrait passer de l’autre côté de la barrière en 2019 avec Billions, dans lequel il incarne Mike «Wags» Wagner, un conseiller financier un rien déluré - un rôle qui lui permet d’être de plus en plus reconnu aux États-Unis. Paraîtrait même, à en croire une interview à The Ringer, qu’il se fait régulièrement interpeller par des citoyens américains de divers origines sociales – des bûcherons comme des banquiers. Car David Costabile n’est pas un financier de plus dans la série de Brian Koppelman (à qui l’on doit la découverte de Tracy Chapman, soit dit en passant), il est celui par qui le ressort comique intervient, celui qui amène un peu de légèreté dans une série parfois lourde et complexe. Il n’a ni la gueule de l’anti-héros cher aux dernières grandes séries (au premier rang desquelles Breaking Bad, qui pensait à bien d’autres acteurs que David Costabile à la base), ni celle du beau gosse hollywoodien à la Kit Harington. David Costabile, c’est un acteur qui excelle dans le rôle du quarantenaire pathétique, doué mais un peu paumé au sein de son quotidien, trop discret pour sauver le monde mais suffisamment bon et sûr des ses choix pour choisir ses projets avec soin. Quitte à refuser de jouer dans un nouveau film de Michael Bay, avec qu’il a tourné dans 13 Hours en 2016. «Sauf s’il offre davantage d’argent», lance-t-il, toujours à The Ringer. Là encore, le ton se veut comique. On peut alors en rire ou se dire que oui, peu importe les acteurs, Hollywood reste avant tout une histoire de pognon.

OSEF : la saison 3 de La Casa de Papel
Deux raisons à cela ! La première : parce qu'on se fiche de regarder une série sur la drogue aussi bien filmée qu'une télénovela. La seconde : parce qu'il suffit d'écouter un peu de rap français pour savoir tout ce qu'il se passe dans cette série.

L’autre vidéo du mois :
Si Alice Nevers, Marseille ou Demain nous appartient ne vous font pas suffisamment rire comme ça, le Palmashow peut toujours filer un coup de main.

La photo qui rend nostalgique :
Dix ans déjà que l'on a dit adieu à nos médecins préférés : ceux du Cook County à Chicago - certainement pas ceux du Seattle Grace, qui n'ont même pas la gentillesse de libérer la grille des programme TF1.scrubs