Tu as teasé ton retour à travers une interview donnée au journaliste Olivier Cachin. Tu as souhaité attirer la sympathie des médias, avoue ?
Ça n’a pas été aussi réfléchi que ça (sourire). Le truc, c’est qu’on s’est rencontrés plusieurs fois par le passé et qu’il a beaucoup aimé mon nouveau disque. L’idée du face-à-face est donc venue naturellement, même si je ne sais pas si l’initiative vient de lui ou de mon label, pour être honnête.

Tu lisais beaucoup la presse musicale étant petite ?
Non, j’étais juste dans l’écoute, des Destiny’s Child à Charles Aznavour en passant par Franky Vincent. C’était très éclectique, mais c’était logique vu mon éducation, ma culture et mes potes du collège/lycée. Mes goûts reflètent tout ça, et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai échappé au courant rock. À Trappes, on écoutait surtout Sniper.


Ça veut dire que tu n’as jamais eu envie d’avoir un groupe de rock dans un sous-sol comme pas mal d’ados ?
Non, mais j’ai eu un groupe de danse. J’étais en primaire, j’avais 7 ou 8 ans, je ne chantais alors que dans ma salle de bain tellement j’étais timide et j’ai formé un groupe de danse avec quatre potes, dont ma meilleure amie. On était deux filles et deux garçons, on répétait sous le préau pendant la cantine et on se prenait pas mal au sérieux. Ça a duré deux ans, ce qui n’est pas rien, mais c’est la première fois que j’en parle.

Quel honneur !
Ça doit être parce que tu es ma dernière interview de la journée, je me lâche !

Justement, pourquoi continues-tu à donner des interviews alors qu’on pourrait considérer que tu es déjà bien établie et que tu te livres assez dans tes textes ?
Agapé est tellement franc et brutal qu’on pourrait s’en contenter, c’est vrai. Mais j’estime que l’on a toujours besoin de séduire, surtout aujourd’hui avec tous ces styles et cette multitude d’artistes qui émergent en permanence. On se doit d’évoluer, et de le montrer. Après, tu n’as pas tort : je n’ai pas grand-chose d’autre à dire sur ma vie intime que ce je raconte dans l’album. Le reste, c’est ce dont je n’ai pas envie de parler (rires).

Très bien, au revoir dans ce cas.
(Rires) Ah mince, pour une fois qu’on me pose de vraies questions.

Sinon, on peut aussi passer à des questions plus basiques, genre quels sont tes cinq morceaux préférés du moment ou tes conseils minceur pour garder la ligne…
Oh purée, moi qui pensais terminer parfaitement ma journée avec Brain !

Plus sérieusement, comment fais-tu pour rester de bonne humeur après avoir enchaîné les interviews depuis hier ?
C’est la force du yoga, ça (rires). Non, c’est surtout que j’aime mon métier. Agapé est tellement excitant que, pour plein de raisons différentes, j’ai l’impression de sortir mon premier album. Et puis je dois l’avouer, j’ai besoin de ressentir cette excitation, ce truc qui va me pousser à épier les réseaux sociaux pour savoir ce que les gens pensent du disque, cet enthousiasme que j’ai lorsque je vais faire des photos, de la télé ou des clips. Le jour où je ne ressentirai plus ça, j’arrêterai.

Le fait d’entretenir ta notoriété, ça doit jouer aussi, non ?
Ce n’est pas ce qui compte le plus, crois-moi. Quand j’avais 20 ans, j’étais très timide, très complexée, et je vivais assez mal tout ce succès. Ça me pesait. D’ailleurs, ça m’a valu des années à ne pas sortir de chez moi, à ne pas aller boire un verre en terrasse, terrifiée à l’idée de se confronter aux regards des gens. J’ai mis du temps à assumer ça. Et aujourd’hui, j’ai besoin d’en parler, de raconter qui je suis, au-delà des paillettes. Je ne suis pas que « célèbre » et « souriante », j’ai aussi des zones d’ombre.

Tu arrives à comprendre ceux qui considèrent ça comme des problèmes de riches ?
C’est sûr que la célébrité fait rêver beaucoup de gens et que l’on n’a pas forcément le droit de s’en plaindre. Moi-même, j’ai bien conscience de ma chance, je ne changerais ma vie pour rien au monde. Mais la télé et les paillettes ne nous empêchent pas d’être malheureux. Au contraire, on se confronte à tellement de situations extrêmes que le quotidien peut parfois être difficile. Quand tu fais deux heures de show, je te mets au défi d’aller tranquillement dans ta chambre d’hôtel, seule, avec toute cette adrénaline et cette pression à gérer. À un moment, on a besoin de parler de ces sujets là aussi.

Pourtant, on ne te considère jamais comme une chanteuse à texte. Ça te convient d’être un « plaisir coupable » pour pas mal d’auditeurs ?
Oh, le fameux guilty pleasure (rires). Ce qui m’agace, c’est d’arriver sur un plateau télé pour faire une reprise de Brel ou Aznavour et que l’on s’en étonne. Sinon, je ne me sens coupable de rien. Je ne vais pas culpabiliser de manger une part de gâteau en entier si j’en ai envie, je ne vais pas culpabiliser d’écouter du zouk toute une soirée si j’en ai envie… Pareil en musique : j’aime le fait d’être une entertaineuse, donc je ne vais pas me plaindre si jamais on ne prête pas assez attention à mes textes.

Je suis désolé, ça doit être la cinquantième fois qu’on te pose la question, mais pourquoi avoir souhaité répondre à Damso sur La Go ?
Ce n’était pas un souhait, mais un besoin. À la base, je me disais que c’était un rappeur de plus qui utilisait mon nom ou une rumeur sur Internet pour me casser. Au final, j’ai fini par me dire que c’était presque flatteur, dans le sens où c’est tellement gratuit qu’il aurait pu choisir n’importe quelle autre nana, comme Beyoncé ou Rihanna par exemple. Mais non, il a dit : « T’es passé partout comme la chatte de Shy'm/J'sais pas si c'est vrai mais j'la baiserai au calme ». J’avais besoin de réagir pour éviter que d’autres rappeurs évoquent les femmes avec autant de maladresse et d’irrespect. Je sais qu’il l’a fait sans animosité, mais il faut faire attention à ce qu’on dit lorsqu’on évoque le corps des femmes. Ça va au-delà du féminisme, c’est juste du respect vis-à-vis d’un autre être humain.

Pour avoir eu l’opportunité de l’interviewer, il m’avait expliqué qu’il avait justement placé « j’sais pas si c’est vrai » pour désamorcer toute forme de polémique…
Oui, heureusement qu’il y a cette tournure, c’est vrai. D’ailleurs, s’il a écouté mon morceau, je suis sûre que ça a dû le faire rire. On voit bien que c’est quelqu’un d’intelligent, donc j’ai répondu à ma manière, sans insulte. On est loin du rap game là, on n’est pas en guerre.

Ça veut dire qu’il n’y aura pas d’octogone avec Damso ?
Non, ce ne sera pas pour cette fois, désolé (rires).SHYM_OJOZ_1100 copieDans une interview précédente pour Brain, tu disais que tu avais besoin d’aller vers autre chose que la musique urbaine. Pourquoi y être revenue ? Parce que c’est le genre qui cartonne actuellement ?
Disons que j’aime bien m’éloigner des choses pour mieux y revenir avec plus d’envie et d’enthousiasme. Je fonctionne ainsi avec les gens également. Mais il faut bien avouer aussi que c’est le genre musical du moment. PNL, Hamza, c’est ce qui me nourrit au quotidien, et c’est ce qui m’inspire en studio. En plus, la connexion avec Tefa a favorisé tout ça. Ile me connaît assez peu, mais il m’a permis d’entrer en contact avec Youssoupha, Vegedream, Kemmler ou Brav, qui m’ont écrit des textes fabuleux, des choses sur moi-même que je n’aurais jamais pensé pouvoir chanter.

Sur Agapé, Kayna Samet est également très présente. Tu gardes quoi comme souvenir du R&B des années 2000 ?
C’est toute mon enfance, donc je ressens beaucoup de nostalgie. Je dansais sur des artistes comme Wallen, K.Reen, Matt Houston ou Brandy, si on veut partir sur un autre continent. C’est pour ça que je suis naturellement allée vers ces sonorités-là quand j’ai commencé. Et c’est ce qui m’a valu pas mal de critiques : à l’époque, ces artistes ne suscitaient pas le même engouement critique qu’aujourd’hui…

Tu te considères comme une héritière de K. Reen ou Wallen ?
Bien sûr ! Elles ont installé quelque chose, un univers musical et un style à part entière. Elles avaient un côté street et garçon manqué qui me plaisait. Même si moi je suis arrivée avec une touche un peu plus girly.

Et toi, tu penses avoir inspiré des artistes, des chanteuses ?
C’est compliqué d’avoir ce genre de recul… La seule chose dont je peux avoir conscience, c’est qu’aujourd’hui les gens sont moins frileux à l’idée de voir une nana un peu sexy à la télé. Et je pense y avoir contribué. À l’époque, je m’en suis pris plein la tête, j’étais jugée pour ce genre d’attitude, alors qu’aux États-Unis des artistes comme Lil Kim le faisaient depuis longtemps… Ici, ça a longtemps été impossible d’être vulgaire artistiquement sans être censurée ou pointée du doigt. Désormais, ça change, notamment grâce à des filles comme Shay, qui vont bien plus loin que moi dans cette démarche. Et elle a raison : si les mecs ont le droit de mettre autant de filles à poil dans leurs clips, laissez-nous être sexy si on en a envie.

Bon, je vais être honnête, il y a quatre chansons de l’album que je n’ai pas eu le temps d’écouter… Du coup, ça te va si je te dis l’idée que je m’en fais sur la simple base des titres ?
Grave, je suis curieuse du coup.SHYM_OJOZ_0847 copie (1)Déteste-moi, c’est un hommage à Priscilla et à son célèbre single de 2002 ?
(Elle chante : « teste-moi, déteste-moi, aime moi, regarde-moi »). Tu as raison. Je pense que c’est la même idée, sauf que là, c’est la version de Brav et Shy’m, avec une vision plus mature et plus torturée. Tout simplement parce que je pense qu’il n’y a pas d’amour sans tumulte. Perso, j’ai besoin de me sentir vivante, donc les relations assez lisses me lassent très vite. Ce que raconte Brav ici n’est peut-être pas un amour viable, mais c’est tellement vrai et bien écrit…

Si je tombe, c’est un clin d’œil à ta fameuse chute lors d’un concert à Bercy ?
(Rires) Si je n’avais pas fait référence à ça par le passé, ça aurait pu. Mais là, c’est encore une fois d’amour qu’il s’agit. Tu sais, je suis un doss compliqué et ingérable. Je parais très simple, très facile, mais j’ai un côté insaisissable que je n’ai moi-même pas encore compris… Donc là, c’est une façon de dire au mec que s’il n’arrive pas à suivre, je ne lui en voudrais pas. Je suis même presque désolée qu’il ait eu à vivre ça.

Il y a une chanson qui, selon toi, définit bien ce sentiment ?
La chanson des vieux amants de Brel. « Il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes ». Pour moi, cette phrase définit parfaitement toutes ces choses auxquelles on n’a pas envie de croire quand on est jeune et que l’on croit au grand amour et à l’éternité des choses. Dans cette chanson, il y a un côté défaitiste, c’est sûr, mais c’est ce que tout le monde vit finalement.

Olé Olé, c’est parce que tu aimes le café, café ?
(Un blanc) Ah oui, je l’ai : le café café au lait au lait…

Pardon, pour cette mauvaise blague. J’hésitais entre ça et ton amour pour la musique latine.
Alors, ce n’est toujours pas le cas, mais c’est vrai qu’il y a un côté latino dans les sonorités de ce morceau. Par contre, dans le thème, on est plus sur une chanson féministe encore une fois. Chilla et Kayna Samet sont là également, et on propose chacune notre vision de la femme. On parlait de filiation tout à l’heure, c’est on ne peut plus clair sur ce titre.

Rassure-moi, L’amour à l’envers n’est pas une façon pour toi de parler du 69 ?
(Rires) Ça aurait été drôle… Là, c’est une métaphore, une façon poétique de parler d’homosexualité en chanson. L’idée, c’est de dire que peu importe la personne, seul compte l’amour. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que j’en parle. Je le faisais déjà sur Et alors !. Et là, comme Agapé parle essentiellement de relations amoureuses, je ne me voyais pas me contenter uniquement de l’amour hétéro.

++ Agapé, le nouvel album de Shy'm, est sorti et disponible ici