La notoriété de The Warriors est telle que Rockstar, l'éditeur de jeux vidéo essentiels comme GTA ou Red Dead Redemption, en a développé une adaptation — un beat 'em up, cela va de soi (le jeu est sorti en 2005). Une belle preuve que le film de Walter Hill mérite son statut d'incontournable du film de bandes et, par extension, de long-métrage sur New-York.

Scénariste de Guet-Apens de Sam Peckinpah avec Steve McQueen, producteur d'Alien, Walter Hill est aussi un réalisateur musclé qui a signé des films trapus mais léchés comme The Driver, 48 Heures ou Sans Retouret de beaux westerns, comme The Long Riders sur les frères James ou Geronimo. Troisième film de Walter Hill en tant que réalisateur (après Le Bagarreur, un film de boxe avec Charles Bronson et The Driver, un thriller avec Isabelle Adjani), Les Guerriers de la Nuit est mis en chantier à une époque où le film de bandes revient à la mode. Pas moins de trois autres films abordent le sujet cette année-là : The Wanderers de Philip Kaufman et Quadrophenia de Franc Roddam (deux films que nous avons déjà abordés dans cette rubrique), et Violences sur la Ville de Jonathan Kaplan avec Matt Dillon, dont c'est la première apparition au cinéma.WARRIORS 6Bien qu'inspiré du roman homonyme de Sol Yurick qui se situait dans les années 60, The Warriors est le seul de ces films dont l'action se situe dans le New-York glauque et ultra-dangereux de la fin des seventies (années cruciales où le disco, le punk et la new-wave cohabitaient avec les pionniers du hip-hop). Le scénario reprend les grandes lignes du roman tout en remplaçant le gang afro-latino des Dominators par un gang plus multiracial, les fameux Warriors. La trame reste néanmoins la même : Cyrus, le chef du gang le plus puissant de Gotham, réunit tous les gangs de la ville dans le Bronx dans le but de constituer une seule et même organisation. WARRIORS 2L'union faisant la force, la police ne pourrait résister au super-gang qui résulterait de cette alliance — une menace qui effraya la Commission de Contrôle (organisme qui visionne les films pour en autoriser la sortie en France) giscardienne. Résultat : chez nous, le film fut amputé de ce passage crucial pour éviter de donner des idées aux hordes de loubards qui n'attendaient bien sûr que ça pour déferler sur la capitale.

 Du Bronx à Coney Island, il y a plus de trente kilomètres infestés de gangs ennemis.

Mais le beau projet de Cyrus tombe à l'eau quand il est flingué par un inconnu. Les gangs s'éparpillent dans la panique et recommencent à se taper dessus dans la foulée. Le film suit la retraite que doit accomplir le gang des Warriors pour rentrer dans son turf de Coney Island, un sympathique périple de plus de trente kilomètres qui traverse les territoires de dizaines de gangs ennemis, dans une ville où, à l'époque, on ne faisait pas trois blocks à pied la nuit (voir After Hours de Martin Scorsese). Évidemment, ils sont attendus...WARRIORS 3

Les Guerriers de la Nuit est très librement inspiré du livre L'Anabase du Grec Xénophon, qui racontait la retraite épique de dix mille mercenaires spartiates dans une Asie Mineure hostile (un fait historique avéré). Hill aurait aimé organiser son film en chapitres qui auraient repris le look des splash pages des comics de superhéros dont il est un grand fan (pages ne comportant qu'un dessin, généralement spectaculaire), mais ne put le faire pour des raisons budgétaire (il en aura la possibilité à l'occasion d'une ressortie vidéo). WARRIORS 4

Pourtant, même si le réalisateur imaginait à l'origine son film comme une odyssée d'action (ce qu'il est), les Warriors est avant tout l'une des représentations les plus saisissantes de New-York la nuit et, bien sûr, un magnifique film sur les bandes. Un putain de must !


++ Ne manquez pas les autres numéros de notre belle série sur le rock and roll au cinéma ! Déjà en ligne : Le Lycée des Cancres (Ramones), La grande Escroquerie du Rock 'n' Roll (Sex Pistols), Quadrophenia (The Who), Gimme Shelter (The Rolling Stones), Les Runaways (The Runaways/Joan Jett), Phantom Of The Paradise (Paul Williams), Graine de Violence (Bill Haley), Dogtown and Z-boys/Les Seigneurs de Dogtown (Skate à L.A.), The Decline of Western Civilization (punk et metal à L.A.), Les Seigneurs... Il était une fois le Bronx (Gangs of New York version sixties).