AUDREY, membre de Britney Spears Forum
«Je suis devenue fan de Britney Spears en 1998, il y a donc maintenant 21 ans ! Je me souviens encore être devant ma télé et voir le spot de son singleBaby One More Time passer à l’écran : grâce à ces quelques secondes d’écoute, je me suis immédiatement intéressée à elle, avant d’intégrer en 2008 la communauté de Britney Spears Forum, qui avait été créée quatre ans plus tôt sous le nom d'Onyx Club. À cette époque, je voulais échanger avec d’autres personnes sur cette passion qui n’avait pas cessée de s’agrandir après dix années de collections en tous genres - des albums, des singles, des livres, des magazines, des poupées, des jeux vidéos, des posters collés aux murs et même jusqu’au plafond ! Ce n’est pourtant qu’à partir de son passage à Paris pour son mythique concert The Circus Starring : Britney Spears, les 4, 5 et 6 juillet 2009, que j’ai commencé à m’investir davantage : je voulais participer à des meetings entre fans et vivre le concert avec d’autres passionnés.

C’est normal, après tout : j’étais fan depuis mes 10 ans, je la considérais comme une grande sœur, j’ai grandi avec elle et, malgré la différence d’âge, elle m’a accompagnée pendant toute mon adolescence. C’est probablement sa simplicité qui a facilité ce rapprochement… Et je ne dis pas ça bêtement. Si je le dis, c’est parce que j’ai eu l’occasion de la rencontrer. La première fois, c’était lors de son passage à Paris pour son concert The Femme Fatale Tour, le 6 novembre 2011. C’était la première tournée où les meet and greet ont été mis en place avec Britney - ce genre de tickets est extrêmement difficile à obtenir malgré leur prix car très peu nombreux. Après nous avoir fait visiter les backstages (et donc les tenues de scène, les éléments de décor, la rencontre avec ses danseurs, etc.), on nous a placés en file indienne, collés au mur près d’une salle sécurisée où l’on ne voyait rien, et son assistante personnelle et amie de la famille Spears, Felicia, nous a demandé de déposer toutes nos affaires à l’entrée avant de rencontrer Britney. Là, on passe un par un, par ordre alphabétique, avant de franchir la fameuse porte, tandis que Felicia nous détend. Après tout, ça a beau être un pur bonheur de pouvoir rencontrer notre idole, c’est également un moment très stressant.

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Comme la tournée avait débuté il y a plusieurs mois aux États-Unis, j’avais déjà lu certaines expériences de rencontres et je savais que c’était extrêmement rapide. Mais lorsque la première fan passe, c’est encore pire : on dirait que quelques secondes viennent à peine de s’écouler... Pour certains, j’ai l’impression que ça dure légèrement plus longtemps mais jamais plus de 2-3 minutes... Mon tour vient, je dépose mon sac, Felicia me parle, mais je l’écoute à peine. Puis elle me fait signe que je peux rentrer dans la salle. Une fois à l’intérieur, je tombe tout d’abord sur un panneau blanc, je fais quelques pas et je la découvre debout, devant le fond de décor des photos. Je la salue, elle est toute souriante et elle me tend le tour book dédicacé qui fait partie du «pack» lorsqu’on achète le billet, tandis que le photographe m’interpelle pour la photo. À cet instant, j’ai quelques secondes pour me décider si je la touche ou pas. C’est un sujet très épineux la concernant, il faut lui demander l’accord… Mais avec le stress, le peu d’anglais que je peux parler ne sort pas. Alors je mets ma main derrière son dos, je sens au passage ses cheveux ultra-laqués, et la photo se fait. Il semblerait que ça ne lui ait posé aucun problème. Je la remercie au moins trois fois, elle garde son super sourire et je m’éclipse de la salle, en attendant de recevoir la photo pendant le concert.

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Ces types de meetings ont régulièrement lieu à l’approche des dates de concerts, même si depuis 2011, les rencontres se font moins nombreuses. Avant, il y en avait au moins une fois par an, ce qui permettait aux fans de se réunir à Paris. Les réseaux sociaux, d’ailleurs, ont beaucoup aidé à mette en place ces réunions, ou même des flashmobs. Ça nous permettait de rencontrer d’autres fans pendant quelques heures où, contrairement à ce que l’on pourrait croire, on ne pas parle uniquement de Britney. On en profite pour faire connaissance, et c’est grâce à tous ces regroupements que depuis, des amitiés se sont créées entre certains (et même des couples !).

Au-delà du statut des fan-clubs, Internet a d’ailleurs changé le statut de fan en général. Personnellement, ça m’a permis d’accéder à plein de contenu. J’ai pu découvrir des interviews et des performances que Britney a données à ses débuts et même plus récemment, dans d’autres pays. Ça permet aussi à Britney de partager plus facilement avec nous, ce qui entretient un lien avec elle, surtout quand elle ne vient pas pendant plusieurs années à notre rencontre. Bon, il faut aussi avouer qu'elle a également réduit la promotion de ses albums depuis l’ère Femme Fatale en 2011. Elle donne moins de concerts et fait moins de clips, donc forcément, les réunions sont moins fréquentes qu’à une période. Même si, comme je le disais, les réseaux sociaux permettent de garder une communication régulière avec les autres fans, et de parler d’autre chose que de ses déboires.

C’est d’ailleurs ce qui m’attriste le plus : le fait que n’importe quel sujet autour de Britney porte rapidement et facilement à la polémique depuis 2007. C’est une artiste qui a toujours été très critiquée, parfois par les fans eux-mêmes. Ce que vous appelez «fan-club» est le plus souvent associé à des enfants qui feraient tout pour leur idole ; ainsi, je crois que l’on nous associe encore à des adolescents alors que la majorité des fans de Britney ont atteint la trentaine. Il faut donc réfléchir à ce que l’on dit car notre but premier n’est pas de dégrader l’image de Britney, mais de montrer aux gens qu’elle est toujours présente et toujours aimée.»mjlegendDAVY, 37 ans, membre de Michael Jackson Legend
«Depuis les années 2000, le concept même de fan-club s’est perdu au profit des communautés et des groupes sur les réseaux sociaux. Dès lors, le terme «fan-club» est presque devenu désuet aujourd’hui. Quand j’étais ado, en revanche, je faisais partie du fan-club Les Chevaliers du Neverland (en écho à sa fameuse propriété «Neverland Valley Ranch»). C’était un fan-club français et officiel, animé notamment par Captain EO Productions, qui était à l’origine du magazine Black & White, un magazine français et officiellement reconnu par Michael Jackson et sa société MJJ Productions. L’équipe de Captain EO Productions avait donc accès aux archives de MJJ Productions et aux infos exclusives sur Michael et ses projets. Seul Black & White a eu ce privilège. Faire partie des «Chevaliers du Neverland», c’était donc faire partie d’un genre de fan-club officiel. Y être abonné, c’était une fierté – il proposait notamment une adhésion avec une newsletter que l’on recevait par la Poste tous les trois mois. Quand on voit aujourd’hui la rapidité de l’information sur les réseaux sociaux, on a l’impression qu’un siècle sépare ces deux époques. Alors que c’était dans les années 90…

Je crois que l’envie de partager quelque chose avec les autres fans est née à cette époque. Je devais avoir 15/16 ans. Puis, au tout début des années 2000, internet est arrivé à la maison. J’ai commencé à fréquenter quelques forums de discussions autour de Michael Jackson. Très vite est apparue l’idée de créer un site internet avec sa propre identité et son propre style éditorial. Le site MJLegend.com est né ainsi, en 2003, et ça a été le point de départ de nombreux projets qui ont complètement changé ma manière d’être fan. J’avais 22 ans, et il m’a non seulement permis de rencontrer d’autres fans (dont une qui est devenue ma compagne) et de créer ma propre chaîne YouTube (Salut les Fans, dédiée aux fans de Michael Jackson), mais aussi d’organiser des rencontres, que ce soit avec Bruce Swedien, l’ingé-son attitré de Michael, Brad Sundberg, qui avait conçu et installé les centaines de haut-parleurs qui diffusaient de la musique dans toute sa propriété, ou Bill Bottrell et Bryan Loren, des compositeurs et producteurs qui ont aussi travaillé avec Michael Jackson.

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Image extraite d'une vidéo de la chaîne YouTube Salut les Fans

J’ai toujours préféré m’investir de cette façon plutôt que de me rendre sur ses traces dans son ranch de Neverland ou dans sa demeure à Las Vegas. Bon, c’est sûr que j’aimerais beaucoup visiter le studio d’enregistrement Westlake à Los Angeles, où il a enregistré les albums Thriller et Bad. Ça reste un lieu de création, et ça me permettrait de ressentir sa présence, un peu comme au Disneyland Hotel à Disneyland Paris, où Michael a séjourné à de nombreuses reprises. Mais je ne suis pas du genre à vouloir me rendre sur tous les lieux qu’il a fréquentés.

Ce que je regrette, en revanche, c’est de n’avoir jamais cherché à le rencontrer. Michael séjournait très souvent à Paris en 1996 et 1997. J’habitais en banlieue parisienne, et il aurait été très facile de prendre le métro et de tenter ma chance devant son hôtel. Il y a plein d’occasions où j’aurais pu tenter de l’approcher. Michael Jackson était quelqu’un d’accessible qui prenait souvent le temps de rencontrer ses fans, mais je n’en ressentais pas forcément le besoin. J’étais aussi quelqu’un de très timide, et ça ressemblait à une épreuve difficile à surmonter pour moi. Déjà, lorsque je l’ai vu pour la première fois en concert au Parc des Princes 1997, je me souviens avoir eu peur de m’évanouir et de dire à mon frère de surtout me réveiller pour que je ne loupe pas le reste du concert… Je devais le voir à nouveau sur scène à Londres en 2009. J’avais réservé ma place. Mais le destin en a voulu autrement…»

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MATHILDE, membre de Lorie Collection
«J’ai 29 ans et je suis encore fan de Lorie, oui. Ça peut étonner, mais ça fait partie de moi, au point que je l’ai précisé sur mon C.V. Parce qu’elle accompagne ma vie depuis que j’ai 13 ans et parce que je ne l’ai jamais lâchée depuis que je me suis inscrite sur un forum en 2006. À l’époque, c’était normal, Internet me permettait de trouver quelqu’un partageant la même passion que moi. Ce qui faisait un bien fou : à l’école, être étiquetée «fan de Lorie», ça suscite beaucoup de moqueries. Aujourd’hui encore, ça reste assez incompris, même si les adultes sont moins méchants que les adolescents en règle générale. Cela dit, ça devait être encore pire pour les garçons, que tout le monde pensait gays sous-prétexte qu’ils aimaient Lorie.

La première fois que je l’ai rencontrée, c’était à Tahiti. J’étais en vacances là-bas avec ma famille, et Lorie y donnait un concert. Comme tout se sait là-bas, on a appris l’heure à laquelle elle devait arriver. Nous nous sommes donc rendus à l’aéroport - où nous étions plus de 300 -, puis nous avons pris le petit déjeuner dans son hôtel afin de la croiser. En parallèle, il y avait aussi ce fan-club, qui n’en était pas vraiment un. C’était plus un forum officiel, créé par Lorie elle-même et auquel on pouvait adhérer si l'on souhaitait recevoir des goodies ou autres. C’était un moyen pour nous de nous tenir au courant de son actualité, de nous sentir privilégiés par rapport à d’autres fans.

Aujourd’hui, les fan-clubs ou les forums ne sont plus à la mode - tout se passe sur Twitter ou Facebook. Et ça ne se limite pas du tout à la réunion de quelques tarés ou hystériques, comme le montrent en règle générale les journalistes. Toutes les catégories sociales sont représentées dans ces réunions de fans qui, quoi que l’on puisse penser, ne vivent pas qu’à travers les faits et gestes de Lorie. On a tous d’autres passions à côté, tout ne tourne pas autour d’elle ! Ce qui ne m’empêche pas d’avoir ma petite collection d’objets spécifiques à Lorie, mais comme d’autres pourraient avoir une collection d’Action-Man ou je-ne-sais-quoi. Personnellement, j’ai tendance à conserver un tas de choses, que ce soit un mot de mon amoureux ou autre, donc pourquoi ne pas garder des souvenirs liés à une personne que j’apprécie et m’accompagne depuis des années ? Ce n’est pas comme si je m’agenouillais devant mon temple dédié à Lorie chaque jour... D’ailleurs, chez moi, la plupart des goodies prennent la poussière.

Aujourd’hui, l’activité de Lorie Collection a bien évidemment diminué, du fait de l’actualité de Lorie. Elle a connu des moments de creux ces dernières années, c’est sûr, mais on est toujours là, et on essaye de poster assez régulièrement de nouveaux articles - sinon les algorithmes des réseaux sociaux vont nous faire disparaître des différents fils d’actus. Et pour ça, on se répartit le travail entre quatre et cinq personnes de confiance. Depuis le temps, on se connaît tous très bien, donc on sait que l’on peut se faire confiance. C’est une sorte de petit club à l’intérieur même du club, où l’on discute en toute objectivité. On est quelques-unes à ne pas avoir aimé son dernier album, par exemple, et on n’hésite pas à se le dire. Tout simplement parce que ça ne change rien à notre passion. Nous sommes fans de la personne avant tout. Personnellement, elle m’a appris des choses, elle a un comportement qui me plaît et je me retrouve en elle. C’est aussi ça, être fan : reconnaître que notre artiste préférée peut connaître une période de creux et continuer à la suivre, même quand un ou deux albums paraissent moins bons.»

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MICHEL, fondateur du Swiss Beatles Fan Club
«Selon moi, le Swiss Beatles Fan Club est une aventure culturelle, fruit de six années d'une collaboration réunissant trois amis de longue date entre la Suisse, l'Allemagne et la France. Notre rencontre s'est faite sur des forums spécialisés francophones. Après plusieurs années de participation dans ce monde «particulier» du virtuel musical spécialisé, j'ai estimé, suite à des déceptions progressives, que le temps était venu de suivre mon propre chemin et de proposer une autre approche du partage de la connaissance relative à l'histoire des Beatles. Maxime et Philippe, deux fans de nationalité française, ont donc rejoint cette idée. Nous avons tous notre «spécialisation», qui se complète dans l'unité et la concrétisation sur le blog de SBFC, ou par diverses collaborations dans le cadre de manifestations extérieures, de demandes de publications spécifiques pour un événement ou publicitaire. Quelques personnes extérieures interviennent de temps à autre, selon le besoin – depuis octobre 2012, nous avons publié 1 536 articles et somme actifs généralement du lundi au vendredi, ce qui n’est pas rien.

SBFC se réclame d'une forme de modernité en présentant des sujets de la famille des Beatles, parlant par exemple de l'environnement, de causes humanitaire et du monde animal. Nous mettons aussi en avant le travail écologique de Stella McCartney à travers la mode. Nous avons aussi à cœur d'apporter une communication de soutien aux tribute bands, dont il faut saluer la passion et le travail. Au final, le but est d'offrir une lecture ouverte et diversifiée, qui ne soit pas forcément liée à une technicité apte à séduire uniquement les fans les plus exigeants. Bien entendu, nous n'oublions pas l'Histoire, la grande Histoire - c'est elle notre moteur, notre passion. Mais avoir un esprit ouvert permet de satisfaire aussi bien les fans de la nouvelle génération que les plus anciens.

MJ Aux Studios Abbey Road à Suresnes lors dune rencontre avec le compositeur et producteur Bryan Loren, 24 septembre 2016MJ aux studios Abbey Road à Suresnes lors d'une rencontre avec le compositeur et producteur Bryan Loren, 24 septembre 2016.

Nous autres fans «spécialisés», que l'on qualifie parfois pompeusement de «gardiens du temple», n'avons qu'une seule «mission» - et sans doute pas la plus facile, car exigeante : transmettre aux générations futures cette histoire hors-norme des Beatles. Le grand chapitre de la passion ! Cela fait plus de 50 ans que cela perdure et, à mon sens, encore pour de très nombreuses années. Le rôle d'un blog ou d'un site doit avoir cette qualité éducative dans l'information. C'est dans cette optique qu'au SBFC, nous essayons de faire au mieux, dans un langage ouvert, à travers des thématiques diversifiées. Le but étant de bien montrer l'impact que la musique des Beatles a encore de nos jours dans divers domaines contemporains. Un forum spécialisé peut devenir très fatiguant à la longue pour le simple visiteur, ou même ledit «spécialiste». Mes amis et moi en avons fait largement l'expérience pendant bien des années. Tout n'est pas «peace and love» dans ces échanges virtuels, c'est sans doute aussi une image d'une certaine société avec ses difficultés qui s'exprime parfois... Mais un forum a aussi son rôle à jouer, car il peut offrir une richesse pour les plus exigeants des fans ou être un chemin de découverte pour les personnes désireuses d'avancer sur le sujet.»

Crédits photos : DR (sauf mention, il s'agit de photos de fans et de collectionneurs sans lien avec les personnes interrogées dans l'article).