DI#SE
À Quimper, ça rappe. Et, on peut le dire, ça rappe même plutôt bien. «J’fais des lignes, j’fais des rimes, j’ai des visions... Et je m’arrête plus !», proclame ainsi DI#SE sur Burnout, deuxième single d’un premier album (Parfum) à paraître cette année.
À quoi ça ne ressemble pas ? À Youssoupha, Booba ou Moha La Squale, autant d'artistes avec qui il a déjà partagé l'affiche. Certes, c'était uniquement le temps de festivals, ces évènements où l'on voit des punks à chien danser sur du M, mais ça donne à Désiré Eba Tolo, 17 ans à peine, de sacrés arguments pour ses futurs ego-trips.
Potentiel de séduction : Sa présence aux Vieilles Charrues, aux Francofolies ou au Printemps de Bourges pourrait effrayer les puristes, mais son ambition reste la même que n’importe quel artiste se contentant de jouer dans le sous-sol d’un immeuble mal éclairé : faire des tubes qui vont «permettre de sortir ma famille de la zermi».

D.A.V
«On bicrave, on détaille». Sur le banger District Fighter, D.A.V ne se démarque pas vraiment d'un rap de bicraveur, brutal et enfumé, nerveux et technique, tel qu’on le conçoit depuis le début des années 2010. Mais le Bruxellois sait aussi se faire plus surprenant (et donc plus intéressant) sur des morceaux plus mélancoliques, où les sentiments sont noyés sous des couches d’Autotune : Chaque jour.
À quoi ça ressemble ? Il y a quelque chose de Damso dans son flow de débrouillard, parfois bre-som. Et non, on ne dit pas simplement ça parce que le Dem’s, lui aussi originaire de Bruxelles, l’a ouvertement soutenu sur les réseaux.
Potentiel de séduction : Tout est encore récent pour le bonhomme, mais les quelques extraits déjà présents les Internets, dont Rue d’Aerschot avec l’irremplaçable Alkpote, méritent que l’on mette du respect sur son nom.

Shay Lia
Franco-Djiboutienne, Shay Lia est basée depuis quelques années à Montréal, mais elle compte bien ne pas en rester là. Son single Leave Me Alone, placé sur l'album sur 99,9% de Kaytranada lui a permis d'envisager l'avenir avec sérénité. Son premier EP, Dangerous, à paraître le 24 mai, vient confirmer la tendance. Parce qu'elle peut compter sur des collaborateurs solides (Kaytranada, donc, mais aussi BADBADNOTGOOD et Buddy), parce qu'elle est suivie par la presse spécialisée (BBC Radio, Beats1 ou i-D) et parce que son mélange de soul et de R'n'B donne profondément envie de répandre l’amour autour de soi.
À quoi ça ressemble ? Il y a cinq ans, 3 Months prouvait que Shay Lia aurait pu être The Internet à la place de Syd et ses comparses. Aujourd'hui, Good Together, Blue et Voodoo la placent volontiers en digne héritières de Janet Jackson, et c'est forcément une bonne nouvelle quand on voit la gueule qu'ont les derniers singles de l’auteur de The Velvet Rope.
Potentiel de séduction : À l’évidence, Dangerous est un projet sensuel, complaisant au sexe. Une musique de cul, en gros ? Oui, mais plus séduisante que cul-cul.

Paalma
De la psyché-folk, des chemises hawaïennes, des lunettes soleil et des mélodies signées sur le label de Salut C'est Cool : en quatre infos, toute la folie de Paalma est posée. Sauf que ces doux illuminés ne se limitent pas à quelques clichés sur leur premier EP (Paalma Welcomes You), et osent même un petit tube : Bleu.
À quoi ça ressemble ? Si l’on parle du clip, à pas grand-chose de réellement approuvé par les canons de l’art contemporain. Si l’on parle musique, en revanche, Paalma a clairement un goût prononcé pour les mélodies ensoleillées, belles comme une jam session entre Flavien Berger et Mac DeMarco.
Potentiel de séduction : Paalma Welcomes You dure à peine 20 minutes, ne contient que cinq titres, parfois chantés, d’autres fois purement instrumentaux. Ça n’empêche pas ce premier projet d’être aussi beau qu’une débauche de nuages dans un ciel d’été. Et c’est bien là le principal, non ?

Dope Saint Jude
Pour avoir déjà eu la chance de la rencontrer, je peux dire que Dope Saint Jude ne manque pas d'enthousiasme quand il s'agit d'évoquer la nouvelle scène hip-hop en Afrique du Sud, d'où elle est originaire. Mais plus que Frank Casino, Emtee, AKA ou encore Nasty C, c'est bien elle qui semble porter cette nouvelle génération à grands coups d'hymnes incendiaires (Brown Baas, dans lequel elle s’attaque à la notion même de pouvoir) et féministes (Grrrl Like, son single emblématique, où elle replace le mouvement Riot Grrrl dans le contexte africain).
À quoi ça ne ressemble pas ? À ses principales influences : Lauryn Hill, Tupac, Jennifer Lopez, Aaliyah et Janet Jackson. Elle a grandi en regardant des performances de drag queens à Cape Town, s'est intéressée à d'autres courants musicaux et, forcément, ça a fini par rejaillir dans sa musique, qui orchestre la rencontre explosive du hip-hop, du punk et de l'électro.
Potentiel de séduction : Dans le clip de Liddy, son dernier single, une bande de jeunes femmes queer finissent par tabasser un homme un peu trop insistant en soirée. On ne sait pas trop quoi faire de cette information, mais on se dit naïvement que ça doit bien refléter la liberté de Dope Saint Jude.

Brö
Sur sa page Facebook, Brö prétend être une «fabricante de produits vocaux».  C'est joliment dit, mais ça ne nous en apprend pas forcément plus sur cette chanteuse/rappeuse française de 23 ans, qui raconte son amertume quotidienne sur des mélodies entêtantes. Mais le plus impressionnant reste sans doute sa voix, dont le grain est aussi éraillé que léger, avec juste ce qu’il faut de tragique pour incarner pleinement ce hip-hop désenchanté.
À quoi ça ressemble ? Plus qu’à Diams ou MIA, à qui son label la compare un peu facilement, Brö fait clairement penser à ce qu’entreprend ces derniers mois Aloïse Sauvage. Comprendre : une chanson française moderne, nourrie au hip-hop et aux textes nerveux balancés avec sincérité. Sans esbroufe ni surenchère, donc.
Potentiel de séduction : Il faudra attendre septembre et la sortie de l’EP Klaus pour en savoir plus sur Elisa, mais il suffit d’écouter Rêves pour comprendre que Brö est une amie à qui l’on ne veut que du bien.

Mokado
Sans rien révolutionner de façon fondamentale, Mokado déploie une musique électronique qui laisse rêveur et donne envie de tout plaquer pour aller jouer au vagabond dans des voyages initiatiques hors de prix. Mais bon, ça c’est un autre sujet.
À quoi ça ressemble ? Parmi tous les musiciens pour qui il a assuré les premières parties (DJ Pone, You Man), Thylacine est probablement celui dont l’univers sonore se rapproche le plus de celui de Mokado. Parce que les voyages, parce que le goût de l'expérimentation (Roland, son nouvel EP, a été construit autour du marimba), parce que les sonorités organiques… D’ailleurs, le Français vient de signer chez Uni-T (Thylacine, Weval, Vitalic), et cela n’a rien d’un hasard.
Potentiel de séduction : Chez Brain, on aime les musiques à la fois douces et sensorielles, mélancoliques et joyeuses, percutantes et envoûtantes. Celle de Mokado, c'est un peu tout ça. Alors, on s’y love les yeux fermés.

Scarlxrd
Alors que le hip-hop se fait actuellement des couilles en or, Scarlxrd préfère lui visiblement se les bousiller en mille morceaux. On ne voit pas d'autres explications permettant de comprendre la rage au micro de cet ancien vidéaste devenu gueulard incontrôlable. La fougue de la jeunesse pourrait-on dire au sujet d’un artiste d’à peine 24 ans, mais non. Il suffit même de jeter un œil aux titres des morceaux pour comprendre que ce qu’il se passe dans la tête de Marius Listhrop n’a rien de rassurant : I WANT TX SEE YXU BLEED, YXU MAKE ME SICK ou DEMXN & ANGELS.
À quoi ça ressemble ? Avec ses textes hurlés, ses beats hardcores, ses refrains éprouvants et addictifs à la fois, Scarlxrd a immédiatement gagné ses ronds de serviette à la table de Death Grips. Par contre, pas sûr que la rencontre de ces deux entités soit une bonne nouvelle pour le futur de l’humanité.
Potentiel de séduction : L’Anglais est programmé à la nouvelle édition d’Afropunk à Paris. On ne doute pas une seconde de sa capacité à transcender la foule. Ce qu’on craint, et c’est précisément ce qui nous empêche de nous prononcer sur son avenir, c'est de le voir descendre de scène telle une brute démente pourchassée par des deux infirmiers armés de multiples seringues pour tenter le canaliser.

Richard Fenet
Allez, on change d’ambiance avec un «hommage à tous les êtres pourvus de douceur». C’est en tout cas ce qu’affirme Richard Fenet (ex-Calypsdodelia, proche collaborateur de Buvette) au sujet de Degré un, premier EP de quatre titres et de milles idées. C’est bien simple, on entend aussi bien du kraut et de la musique arabe que des élans de variétés françaises ou de rythmes persans. Le dernier morceau de l’EP s’appelle Titre de transport, et c’est aller simple vers un monde merveilleux.
À quoi ça ne ressemble pas ? Comme la majorité des projets soutenus par Pan European Recording, on se dit qu’on n’est jamais à l’abri d’un contrepied quand on est pris dans une track de Richard Fenet —on n’est jamais sûr que ça ne finisse pas par changer de direction ou déjouer les attentes. Traitez-nous de fou, mais on aime profondément ça, cette sensation d’inédit.
Potentiel de séduction : Avec une musique pareille, composée notamment à la basse, à la guitare et au saz, le Français aurait pu connaître le succès il y a trente ans, comme il pourrait très bien goûter au sommet des charts dans cinq décennies. On ne se fait donc aucun souci quant à la pérennité de ses morceaux, beaux et intemporels.

DAMPA
Lauréat des Inouïs du Printemps de Bourges en 2018 et du Prix Société Ricard Live Music cette année, des premières parties pour Vitalic, une synchro dans une publicité d’Yves Saint-Laurent : le duo Rochelais DAMPA n’a déjà presque plus besoin qu’on le classe parmi la liste des rookies à suivre. Mais c’est toujours une bonne occasion pour parler d’un trip-hop 2.0 (un peu comme UTO, mais dans un style différent), de libération (U Better), de prise de pouvoir (Look) et d’empowerment (My Horse Does It Better).
À quoi ça ressemble ? Fermez les yeux, imaginez la voix d’Erykah Badu (en moins puissante, toutefois) sur des beats minimalistes et vaporeux à la James Blake. Vous l’avez ? Alors, ouvrez les yeux et lancez le clip de U Better, vous verrez : la sensation est assez palpable.
Potentiel de séduction : Forcément très élevé quand on est soutenu par les institutions françaises. On espère juste qu’ils ne finiront pas comme Hyphen Hyphen et tous ces groupes qui ont tendance à devenir lourdingues une fois les premières tournées effectuées.