Prêtes à se montrer pour faire le buzz devant des caméras alors peu habituées aux tenues sexy, les starlettes, ces inconnues aux dents longues et aux tenues courtes, sont indissociables du Festival de Cannes depuis ses débuts. S'il a été longtemps de bon ton de s'amuser de leur opportunisme assumé et de leur bêtise supposée, après #MeToo, c'est peut-être le moment de réévaluer leur place dans l'histoire du cinéma. 

Tout d'abord, il y a deux types de starlettes. D'une part, l'anonyme, celle qui a presque disparue, qui espèrait que sa plastique taperait dans l'oeil de la société du spectacle. Ces miss locales, belles filles et autres jolies mômes voulaient profiter du patriarcat en se dandinant sur la plage, quitte à se faire duper par le miroir aux alouettes. La plus emblématique d'entre elles : Bardot, qui se fera repérer après un shooting en bikini à la plage en 1953 et reviendra triomphante en 1956 à l'affiche de Et Dieu créa la femme, qui fera d'elle un symbole de l'émancipation féministe. Fantastique retournement. Les héritières des starlettes populaires, ce sont les candidates de téléréalité, influenceuses et mannequins qui squattent le tapis rouge pour faire grandir leur audience sur les réseaux. En cela, les starlettes étaient annonciatrices de notre époque où il faut capitaliser sur son image.

Capture d’écran 2019-05-22 à 17.37.25De l'autre, on a la starlette actrice, celle à qui on ne reconnaît pour seul mérite l'attractivité de son corps. Si dès les années 20, le mot "starlette", dérivé de "star", est utilisé pour désigner des comédiennes prometteuses, l'expression a très vite été un moyen de rabaisser les femmes et d'entacher leur légitimité. Regardez par exemple cet article de 20 minutes, qui affiche un Top 5 des starlettes de 2008, met dédaigneusement une actrice comme Hayden Panettière sur le même plan que Kim Kardashian. Alors que Zahia, l'ex-escort, présentait Une fille facile cette semaine à Cannes, le mot starlette est revenu à foison sur internet, comme les blagues salaces, comme pour lui signifier qu'elle ne ferait jamais partie de la famille du cinéma.  Et si on en finissait une bonne fois avec ce terme à la con ?Capture d’écran 2019-05-21 à 17.26.13