La salle du Resident, agréable club de l'Arts District de Los Angeles, est en train de se remplir. Quelqu'un nous dit que Duff McKagan, le bassiste des Guns 'N' Roses vient d'arriver. Dans le jardin, entre un foodtruck de tacos et un autre spécialisé dans les cocktails, plusieurs personnes fument des sticks. "C'est légal ici", nous rappelle t-on. Pas le temps de goûter aux spécialités locales, il est l'heure de retrouver Walter Lure et Mick Rossi, qui nous attendent calmement devant une bouteille de vin rouge californien.

Comment en êtes-vous arrivés à jouer ensemble ?
Walter Lure : Je connais Mick depuis les années 70. Slaughter And The Dogs avait joué avec les Heartbreakers. Je ne savais pas qu'il vivait à Los Angeles. Comme moi, il connaît les gens de Cleopatra Records (label indé de L.A., nda), on s'est reconnectés de cette manière. Un soir, Mick est monté sur scène pour jouer quelques morceaux avec moi. On a décidé ensuite de partir ensemble sur la route.
Mick Rossi : On a tous les deux sorti des albums chez Cleopatra. Walter a publié un nouvel album solo et Slaughter And The Dogs a sorti Vicious. Nous sommes donc frères de label !

Mick, depuis combien de temps habites-tu à L.A. ?
Mick Rossi : Houla, ça fait un bout de temps. Depuis environ quinze ans.

LURE 5Slaughter And The Dogs. 

Comment se fait-il que beaucoup de vieux punk-rockers anglais aient choisi de déménager à L.A. ? Je pense à Steve Jones, John Lydon, Billy Idol, Lemmy, toi...
Mick Rossi : Je pense que le mode de vie est plus facile, le climat y est pour beaucoup ! L'ironie, c'est que je n'aime pas le soleil mais ma femme l'adore. Au final, elle a gagné ! (Rires)
Walter Lure : Il y a aussi une bonne scène musicale comme à Londres ou New-York.  Cela dit, la scène de New-York n'est pas aussi importante qu'autrefois. En fait, c'est un avantage pour un musicien de vivre à L.A.

CJ Ramone nous disait que la scène rock de New-York est moribonde et que, si tu veux jouer du punk, il est préférable d'aller en Californie.
Walter Lure : Non, je joue tout le temps à New-York. Il y a des clubs et des salles plus grandes. La scène de New-York est petite mais tu peux jouer, ce n'est pas comme si c'était interdit, comme dans les sixties. Certes, c'est loin d'être aussi vivant que dans les années 70 à l'époque du CBGB et de Max's (Max's Kansas City, célèbre salle de N-Y où les Heartbreakers ont enregistré un album live apocalyptique en 1979, nda) mais la scène n'est certainement pas morte !

Comment expliquez-vous que la scène soit plus active en Californie ?
Walter Lure : C'est probablement la conséquence du climat ! (Rires)
Mick Rossi : Il y aussi le fait qu'à L.A., des salles comme le Whisky A Gogo et le Rainbow semblent être bien parties pour être là pour toujours, alors qu'à Londres, le Marquee n'existe plus et qu'à New-York, le CBGB n'est plus là. Les temps changent, les bâtiments sont achetés et les salles sont transformées en restaurants de burgers. À L.A. au contraire, ces salles sont presque des bâtiments classés, elles sont sacrées et il y a une scène qui s'agglomère autour de ces institutions. Je trouve ça formidable !

Le punk a plus de quarante ans, il est maintenant au musée. Qu'est ce que cela vous évoque ?
Walter Lure : Je trouve ça naturel et pas surprenant. C'est arrivé à toutes les vagues musicales : le rock des sixties, la pop, le glam rock, le punk, le disco, l'électro... Au bout d'un certain temps, les gens en ont marre et veulent quelque chose de neuf, c'est un cycle naturel. À la fin des années 70, quand je vivais à Londres et que j'avais vingt ans, je pensais que le punk durerait toujours. J'en joue toujours mais, quarante ans plus tard, le punk n'est toujours pas devenu mainstream.
Mick Rossi : Le punk fait partie des courants musicaux qui ont changé l'Histoire. C'est donc un peu normal qu'il soit dans les musées parce qu'il incarne l'un des moments où les choses ont basculé.

LURE 2

Affiche pour un concert de Lure à N-Y.

Aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de courant musical rebelle...
Walter Lure : Après le punk, la rébellion a été incarnée par le rap puis, d'une certaine manière, le metal, même si je ne crois pas que c'est un genre très rebelle. Chaque nouvelle vague est une sorte de réaction à la précédente mais, aujourd'hui, il n'y a pas de grosse vague rock. On a du country rock, de la pop, des choses comme Taylor Swift, mais tout ça ne forme pas du tout une vague rock...
Mick Rossi : Les derniers qui ont secoué tout ça étaient Oasis. Ils venaient de Manchester, ma ville d'origine. On les surnommait les Sex Beatles parce qu'ils avaient le côté rugueux des Sex Pistols et les mélodies des Beatles. Ils se foutaient de tout et avaient un côté prolo fantastique. Noel Gallagher est toujours comme ça, d'ailleurs ! De temps à autre, il y a des groupes qui font bouger les choses mais je suis d'accord avec Walter,  il n'y a rien depuis un bail. Je pense qu'Internet n'aide pas toujours les choses : tu te fais une opinion sur la foi des vidéos que postent les groupes sur YouTube. Mais il se trouve que le groupe peut être mauvais sur vidéo et génial en live. Internet est à la fois une bénédiction et une malédiction ! Mais il finira bien par arriver quelque chose qui nous réveillera.

Dans des pays comme la Colombie ou l'Indonésie, de très jeunes mômes ont choisi le punk comme musique de rébellion. Comment expliquez-vous qu'ils aiment ce genre musical né il y a plus de 40 ans aux États-Unis et en Grande-Bretagne ?
Walter Lure : Au Mexique, ils aiment aussi — j'ai reçu des messages de mômes de quatorze-quinze ans de là-bas, des gamins fous de cette musique. Ils l'ont découvert sur YouTube ou autre part sur le net. Les Ramones tournaient beaucoup en Amérique du Sud, ils étaient très populaires là-bas, mais ils se sont séparés il y a plus de vingt ans. Nous, nous n'avions pas tourné dans ces pays-là, l'Indonésie tout ça, j'aurais eu trop peur d'être jeté en prison ! (Rires) À l'époque, le punk était seulement gros en Amérique, en Europe et au Japon. Aujourd'hui, les autres endroits ont rattrapé leur retard.

Mick Rossi : Le public de Slaughter And The Dogs rassemble beaucoup de mômes qui connaissent toutes les paroles. Je pense qu'ils sont branchés par notre puissance sur scène et par notre honnêteté. Quelque part, tout ça est très naïf : de la pure adrénaline, du pur esprit... Putain, on est juste là pour ça et nous nous foutons de ce que pensent les gens ! Les gamins le ressentent et ça leur plaît. Quand j'étais môme et que je voyais des images des Kinks, des Small Faces du début ou de Bowie et de Steve Marriott, je me disais : "WOW !" Eh bien, c'est la même chose pour ces mômes : le punk-rock est primitif, honnête et ils aiment ça ! Ce n'est pas un produit, il est vrai.
Walter Lure : Le fait que des gens découvrent le punk et soient branchés par lui 40 ans après ses débuts valide sa légitimité.

Quelle musique écoutez-vous pour votre propre plaisir quand vous êtes chez vous ?
Walter Lure : J'écoute de tout : Dean Martin, de la musique classique, les Sex Pistols — je n'écoute jamais les Heartbreakers (rires) — les vieux Rod Stewart... Je reçois parfois des CD de labels ou d'amis, et ça me permet de découvrir de nouveaux trucs. C'est vraiment de la sérendipité. Je prends des trucs au hasard comme Echoes de Pink Floyd, et j'écoute.

Et toi ?
Mick Rossi : Je suis comme Walter. J'écoute beaucoup de musique classique parce que je trouve ça relaxant. Je n'écoute pas Slaughter And The Dogs. Pour moi, quand j'écris une chanson et qu'elle sort, elle ne m'appartient plus, elle est dans la nature... Walter Lure : Ouais...
Mick Rossi : Mais j'écoute beaucoup de trucs des années 70 : Marc Bolan, Lou Reed, Ziggy Stardust, Roxy Music... Je pourrais écouter ça toute la journée, ça ne vieillit pas pour moi !

Un nombre impressionnant de genres musicaux sont nés à N-Y : la salsa, le punk-rock, le disco, le hip-hop. Pourquoi dans cette ville et pas autre part ?
Walter Lure : Je ne sais pas si le punk-rock a vraiment commencé à N-Y, j'ai l'impression qu'il est apparu spontanément dans plusieurs endroits. Certes, les Dolls étaient de New-York, je les appelais les "grands-mères du punk". (Rires) Ils avaient ramené le rock à des chansons de deux, trois minutes, des chansons qu'on pouvait jouer en connaissant deux, trois cordes. Ils ont rendu le rock de nouveau accessible aux plus jeunes kids. Tu prenais une guitare et tu pouvais être célèbre le lendemain ! C'est comme ça que ça a commencé à New-York. Je ne sais pas comment la scène anglaise a commencé mais quand nous sommes arrivés en Grande-Bretagne, il y avait une scène aussi valable que celle de New-York. Quand nous avons participé à l'Anarchy Tour (mythique tournée rassemblant les Sex Pistols, The Clash, The Damned et les Heartbreakers fin 1976 — la plupart des concerts ont été annulés par les autorités, nda), j'ai pris conscience que la scène anglaise était aussi importante que celle de New-York. Les Ramones avaient tourné là-bas avant nous mais les groupes anglais jouaient déjà quand ils sont arrivés. Tout cela était spontané, c'était aussi le cas à L.A., je pense. C'était une réaction au rock de la fin des années 60 et ses solos de vingt minutes. Le punk était vraiment une rébellion contre ça. Je vivais à N-Y ; pour moi, c'était le centre du monde, mais quand je suis arrivé en Angleterre, j'ai découvert que là aussi, les choses bougeaient dans le même sens. Je pense que c'est peut-être parce que les Dolls avaient joué en Angleterre et qu'ils avaient influencé les gens.

Ce qui est frappant, c'est que les musiciens de la scène punk new-yorkaise étaient souvent beaucoup plus âgés que les Anglais. Ils avaient dans les vingt-cinq ans alors que les Anglais étaient beaucoup plus jeunes.
Walter Lure : Exact ! Les Britanniques venaient souvent d'avoir vingt ans, voire étaient encore plus jeunes, alors que les Heartbreakers avaient entre vingt-cinq et trente ans. Johnny et Jerry avaient joué dans les Dolls et Jerry était dans sa trentième année quand nous sommes allés en Angleterre. Je jouais dans des groupes de reprises depuis les début des années 70... Patti Smith avait aussi trente ans en 1976, les Ramones avaient aussi plus de vingt-cinq ans. Je ne sais pas si c'est la preuve que la scène a commencé d'abord à New-York mais ce qui est sûr, c'est que les Anglais avaient commencé plus jeunes, quand ils étaient ados. L'œuf ou la poule ? Je ne sais pas qui est apparu le premier ! (Rires)LURE 4Walter, c'est le moment de la grande question : quelle est la meilleure version de L.A.M.F. (le mythique album studio des Heartbreakers, nda) ?
Walter Lure : Il y en a tellement dans la nature ! Quand le disque est ressorti dans les années 80 en CD et en cassette, il sonnait bien mieux que sa version originale de 1977. Le vinyle n'a jamais été pressé correctement. On avait essayé des tas de studios mais il a toujours eu un son étouffé, ce qui est son problème principal. Après la ressortie des années 80, il a été réédité en vinyle et il sonnait bien mieux que la version originale. Cette édition avait été baptisée Revisited (version remixée par Johnny Thunders et Tony James de Generation X). C'était ça le destin des Heartbreakers ! On avait le même problème que les Dolls : ils sonnaient bien mieux en concert que sur disque.
Mick Rossi : Ouais, ouais...

À la fin des années 70, à Manchester, il y avait vous et les Buzzcocks...
Mick Rossi : J'ai grandi dans une famille très pauvre, ouvrière. Manchester est une ville très ouvrière, tu sais. On a commencé le groupe quand on était ado ; j'avais treize, quatorze ans. On ne savait pas ce qu'était le punk-rock, j'étais obsédé par Mick Ronson et David Bowie. Je savais que la musique constituait un échappatoire possible à mon avenir probable de petit voleur. J'avais beaucoup d'amis qui me demandaient pourquoi je voulais être dans un putain de groupe plutôt que d'être dealer comme tout le monde. On a commencé avant les Buzzcocks. Ce qu'on voulait faire, c'était imiter nos héros. Et on entendu les Pistols. Ils venaient pour la deuxième fois à Manchester. Comme on était un peu populaires, notre manager a réussi à nous faire jouer avec eux. Ce jour-là, il y avait aussi les Buzzcocks. En ville, tout le monde dit avoir assisté à ce concert : Joy Division, Johnny Marr, Morrissey, tout le monde était là. Je me souviens avoir regardé la balance des Sex Pistols. Steve avait un phaser, je n'en avais jamais vu. Ils ont fait l'intro d'Anarchy In The UK. John avait la crève, il a chanté, sa morve giclait partout, c'était de la pure démence, ça m'a rendu fou ! C'était une révélation pour nous. On a arrangé les chansons qu'on avait écrites puis on a sorti un single qui a été distribué par Rabid Records, le premier label indé de Manchester. Il a plutôt bien marché. On a compris qu'on avait un coup à jouer, et hop !

Walter Lure & The Waldos - Crazy Kids.  Extrait de la B.O. du biopic Room 37 – The Mysterious Death Of Johnny Thunders

Walter, tu participes avec les Waldos à la B.O. de Room 37 — The Mysterious Death Of Johnny Thunders, le biopic sur Johnny annoncé pour cet été. Que peux-tu nous dire à ce sujet ?
Walter Lure : Le film sera distribué par Cleopatra, chez qui j'ai sorti mon dernier disque. Ils ont pris l'une des chansons, Crazy Kids, pour le film. Ce n'est pas une chanson des Heartbreakers, mais c'est un morceau très punk...
Mick Rossi : C'est une super chanson !

Tu as vu des images du film ?
Walter Lure : Non, seulement les extraits dont ils se sont servis pour faire le clip. La première fois que j'ai vu le gars qui joue Johnny (Leo Ramsey, nda), j'ai trouvé qu'il ne lui ressemblait pas, mais quand tu le regardes bien, tu retrouves chez lui ses attitudes, son comportement. Le comédien a étudié la façon d'être de Johnny, il a son idiosyncrasie même s'il ne lui ressemble pas. Il s'est aussi approprié son look, même s'il ne pouvait pas copier toutes les coupes de cheveux et les dégaines de Johnny ! J'ai hâte de voir ce film, je pense qu'il a des chances d'être bon !

Il y a plusieurs théories qui circulent sur la mort de Johnny Thunders, en particulier qu'il aurait été assassiné par des mecs qui voulaient le dévaliser. Pour toi, que s'est-il passé ?
Walter Lure : Il y a tellement d'histoires qui circulent à ce sujet... C'est comme la mort de Nancy Spungen. Ce qui semble plausible, ce qu'on m'a raconté, c'est que Johnny est allé dans un bar du French Quarter de la Nouvelle-Orléans, qu'il y a rencontré des types à qui il a acheté de l'héroïne. Il est rentré se faire un shoot mais, en fait, il s'était fait refiler du LSD ou du speed, pas de l'héro. Quand il en a pris conscience, il a flippé et a bu la méthadone qu'il portait sur lui et ça l'a tué... C'est l'histoire que j'ai entendue mais j'imagine qu'il y a beaucoup d'autres versions. Ce qui est bizarre, c'est que la police n'a pas fait d'enquête, la sœur de Johnny n'a jamais reçu de rapport de la police. En plus, Johnny avait beaucoup de cash sur lui (il venait de recevoir une avance d'un label, nda), lequel fric n'a jamais été retrouvé. On ne sait pas s'il a été volé par les mecs qui lui ont vendu la drogue ou par la police. Quand une rockstar junkie meurt, la police s'en fout. J'ai bien peur qu'on ne sache jamais la vérité...

L'espérance de vie des punks des années 70 est très sensiblement inférieure à celle des rockers des sixties...
Walter Lure : Oui ! (Rires) Les rockstars classiques comme Keith Richards pouvaient être droguées ou alcooliques, elles n'étaient pas comme les punks qui étaient souvent branchés autodestruction ou comportements extrêmes. Les punks voulaient montrer au monde qu'ils n'en avaient rien à foutre de rien. Ils étaient barrés, complètement sauvages. Les rockers classiques étaient malgré tout surtout branchés musique, alors que les punks cherchaient à être sauvages. Parfois, ça en devenait ridicule, mais ils prenaient leur pied à aller le plus loin possible comme de vrais freaks. Quand tu te comportes comme ça, il est normal que tu te crames rapidement.
Mick Rossi : À l'époque, tu te foutais du lendemain. Tu demandais autour de toi ce qui était disponible et tu le prenais sans te soucier des conséquences. La seule chose qui comptait était le présent... Il y a aussi le fait que les rockstars des sixties avaient des moyens inimaginables qui leur permettaient de se payer ce dont ils avaient besoin pour se remettre d'aplomb. Les punks, eux, n'évoluaient pas dans le même monde. Ils ont donc dû payer leur comportement au prix comptant. Le punk-rock, c'était comme une plaie béante. Et tu ne peux pas vivre éternellement dans une plaie.

LURE 3

Walter Lure (au centre) au XXIème siècle.

Vous pensez jouer du punk jusqu'à un âge avancé, comme les vieux bluesmen ?
Mick Rossi :Totalement ! To-ta-le-ment ! Regarde Muddy Waters, Blind Lemon Jefferson... C'est un état d'esprit, mec, une attitude ! Ça me rend fou quand les gens mettent des limites. La musique est intemporelle !

Comme on dit souvent, «punk-rock» est juste une autre manière de dire «rock 'n' roll»...
Mick Rossi : Exactement !
Walter Lure : Oui, c'est juste l'un des visages du rock 'n' roll.

Avec quels autres groupes auriez-vous aimé jouer ?
Mick Rossi : J'aurais adoré jouer avec David Bowie, époque Mick Ronson.
Walter Lure : J'ai joué sur certains disques des Ramones mais je n'ai jamais joué en concert avec eux. Cela dit, ça m'aurait sûrement gonflé de faire tous les soirs le même concert. (Rires) Mais ils étaient bons.
Mick Rossi : Carrément !
Walter Lure : Les Pistols était mon groupe punk préféré en dehors des Heartbreakers. J'aurais aimé jouer avec eux, mais eux aussi avaient des problèmes de personnalités. Nous nous sommes séparés à cause de nos problèmes de drogue. Eux, ils ont splitté à cause de leurs problèmes d'ego. C'est à se demander si les meilleurs groupes ne doivent pas se consumer. Cela dit, ça n'a pas empêché les Ramones ou Patti Smith de continuer...

Comment t'es-tu retrouvé à jouer avec les Ramones ?
Walter Lure : Ils venaient toujours voir les concerts des Heartbreakers, on se connaissait bien. Ils aimaient bien ma façon de jouer même si mon style était différent du leur. Les Ramones avaient un problème : ils étaient populaires en concert mais n'avaient jamais de hit singles. Ils voulaient en avoir un et l'argent qui va avec. Pour cela, ils ont essayé différents producteurs, en particulier Phil Spector. Ils se sont aussi dit : “Essayons d'autres musiciens”. Ils m'ont donc demandé de jouer sur leur album Subterranean Jungle (1983, nda). À l'époque, je bossais à Wall Street. J'allais répéter avec eux après le boulot, avec mon costard et ma cravate. On est allés en studio pour enregistrer. Ils ne voulaient pas que je joue de solos, juste de petites notes de-ci, de-là, et quelques riffs. Le disque sonne malgré tout bien. Ensuite, ils m'ont demandé de jouer sur les deux disques suivants, Too Tough To Die et Animal Boy (1984 et 1986, nda). Mais quoiqu'ils fassent, les Ramones n'arrivaient pas à avoir de hits... C'est arrivé après leur mort. Maintenant, on les joue même dans les supermarchés !

Tu jouais en même temps que Johnny Ramone en studio ?
Walter Lure : Oui, on enregistrait ensemble. John était un grand guitariste rythmique mais il ne jouait pas de solos, ce genre de choses. Il ne voulait pas que les gens sachent qu'il ne jouait pas de solos, alors il mettait mon nom en petit dans les notes de pochette : Special thanks to Walter Lure. (Rires) Ce n'était pas grave parce que de toute façon, c'est un groupe qui ne jouait quasiment pas de solos mais il était comme ça, un control freak. À un moment, c'était un roadie caché derrière les amplis qui jouait leurs rares solos pendant les concerts. Johnny faisait semblant de les jouer !
Mick Rossi : Non ?!
Walter Lure : Si... Si !
Mick Rossi : On m'a dit que Ritchie Blackmore (légendaire guitariste de Deep Purple et de Rainbow, nda) avait fait la même chose. Sa femme est astrologue et magicienne. Un jour, elle lui a dit : “Tu ne peux pas jouer ce soir !”. Il a donc refusé de jouer. Leur manager a alors demandé à un roadie de se cacher et de jouer à sa place ! (Rire général) 

walterlure

Une fois, quand il était dans Rainbow, Blackmore avait eu une embrouille avec un promoteur aux Pays-Bas. Le groupe avait déshabillé le pauvre mec pour le punir. Il l'avait ensuite attaché sous les aisselles et pendu nu au-dessus de la scène pendant qu'ils jouaient. La moitié du public était partie pour protester...
Mick Rossi : C'est sûrement parce que sa fucking wife avait dit que le mec émettait de mauvaises vibes, ha ha ha !

++ Le dernier album de Walter Lure & The Waldos, Wacka Lacka Loom Bop A Loom Bam Boo, et celui de Slaughter And The Dogs, Vicious, sont sortis chez  Cleopatra Records
++ Room 37: The Mysterious Death Of Johnny Thunders de Vicente et Fernando Cordero est disponible en VOD.