Judith Kiddo
Actrice et musicienne, Judith Kiddo est de ces artistes qui abordent la vie avec une louche en argent dans la bouche, touchant un peu à tout et suscitant rapidement l’enthousiasme. C’est la moindre des choses pour cette pop francophone qui, sur un premier single (Pour quelques dollars), s’amuse des époques – sinon, comment expliquer que son premier EP, Petit chien, à paraître cet automne, soit produit par le multi-instrumentiste et leader du groupe Robbing Millions, Lucien Fraipont, tandis que des musiciens croisés chez Le Colisée et Aksak Maboul accompagnent la Belge sur scène ?
À quoi ça ressemble ? Il y a du Elli & Jacno dans cette manière unique de faire sautiller la mélancolie sur des airs légers. Avec, toujours, cette envie de redonner un souffle et une flamme à cette vieille tradition d’écriture. Ce qui est toujours mieux que de se contenter de quelques références eighties.
Potentiel de séduction : Au moment d'écrire ces lignes, Judith Kiddo n'a que 422 fans sur Facebook, et on craint que ce chiffre n’ait pu doubler, voire tripler, d'ici la publication du papier. On ne doute pourtant pas une seconde de voir les admirateurs se décupler d’ici la sortie de l’EP – ou suite à ça, si l'on est un peu plus mesuré.

Sylvie Kreusch
On reste en Belgique avec une autre jeune artiste plutôt bien entourée également - son compagnon n'est autre que Maarten Devoldere de Balthazar, avec qui elle forme également Warhaus. Sauf que Sylvie Kreusch en solo, ce n'est pas tout à fait la même histoire : tout est plus captivant, hypnotique et sensuel dans ses premiers singles. De ceux qui font monter la fièvre – «pendant des heures», comme disait un groupe autrefois engagé.
À quoi ça ne ressemble pas ? À l'écoute de Seedy Tricks et Please To Devon, l'Anversoise est indéniablement possédée. Par les rites vaudous, par les albums de Mazzy Star et Julee Cruise, et par une confiance certaine en sa singularité : «Je ne suis pas quelqu'un qui rampe pour toi baby / Tu n'as rien d'aussi fort que moi chéri», chante-t-elle dans le refrain de Please To Devon.
Potentiel de séduction : Faites de Sylvie Kreusch une star, sa musique pourrait inspirer à David Lynch de nouvelles scènes pour la saison 4 de Twin Peaks

Taxi Kebab
Rien à voir avec Thérapie Taxi : on regarde en avant, ici. On regarde aussi vers le Maghreb : c’est en effet du Maroc que ce duo nancéien tire son inspiration, qui orchestre la rencontre du chaâbi et des guitares, des synthétiseurs et du bouzouki. Pour un résultat qu’ils considèrent eux-mêmes de «désoriental». Et, franchement, on n’est pas là pour les contredire.
À quoi ça ressemble ? Parmi leurs influences, les deux Nancéiens citent des joueurs de oud tels que Saïd Chraïbi, Haj Younes, Abid Bahri ou encore Naseer Shamma. Étant donné que l’on n’a aucune idée de qui sont ces musiciens, on ne peut que confirmer. Mais on remercie sincèrement Lea Jiqqir et Romain Henry pour la découverte.
Potentiel de séduction : Suffisamment élevé pour que ces deux comparses soient considérés comme les nouveaux boyz in the oud.

Gabriel Tur
 «Je n’ai pas envie d’écrire uniquement des chansons d’amour qui racontent ma vie de jeune homme blanc et favorisé. Me projeter dans des histoires, des personnages, ça me permet d’aborder d’autres sujets, plus sociaux, plus sérieux sans tomber dans le politique.» Honnêtement, on n’aurait pas trouvé mieux pour introduire la belle et noble ambition du français Gabriel Tur, proche collaborateur de Jean Thévenin, batteur au sein de François & The Atlas Mountains.
À quoi ça ressemble ? À l’écoute de Papillon blanc, son premier véritable single, Gabriel Tur se dévoile en garçon éduqué à la chanson française, mais perverti par l’écoute de la pop anglo-saxonne. Celle de Jarvis Cocker, de Metronomy et de Connan Mockasin. Et, franchement, on a connu pires références.
Potentiel de séduction : Dans le clip de Papillon blanc, Gabriel Tur se dandine derrière le micro, vêtu d'un costume argenté. Une certaine idée de la chanson futuriste ?

Los Retros
Il faudrait un jour écrire un livre sur l’importance d’Oxnard au sein de la pop music mondiale, ne serait-ce que pour y voir détailler les parcours de Madlib, Anderson .Paak et Oh No. Dans l'un des chapitres, on pourrait y glisser également le nom Los Retros, à qui l’on doit depuis quelques semaines des pop songs qui imposent leur béatitude, tuent les cafards et chassent les idées noires.
À quoi ça ressemble ? À un Mac DeMarco qui aurait délaissé les spots branchouilles de Los Angeles pour aller traînasser du côté des quartiers latino.
Potentiel de séduction : Mauri Tapia n’a que 19 ans et vient à peine de finir le lycée. On imagine donc déjà le succès qu’il rencontrera à l’Université quand il chantera à l’oreille de jeunes filles en fleurs une chanson comme Someone To Spend Time With, avant de leur révéler sa récente signature sur Stones Throw. Veinard, va !

The Mattson 2
The Mattson 2, c'est le symbole d'une fratrie que l'on croirait ne voir que dans les films hollywoodiens : celle des jumeaux Jared et Jonathan Mattson, deux Californiens qui collaborent ensemble depuis le collège, avant de suivre un cursus musical à l'Université, de publier un premier album commun en 2009 (Introducing The Mattson 2) et de réinterpréter le classique de John Coltrane, A Love Supreme. Mattson 2, pourtant, n’est pas l'un de ces duos jazz un poil chiants, revisitant sans cesse le répertoire des grands à destination de soirées bien trop guindées pour ne pas y croiser André Manoukian. C'est un duo qui aime aussi la pop, le psyché et le R'n'B à la Toro Y Moi - ça tombe bien, les mecs sont carrément signés sur son label, Company Records.
À quoi ça ne ressemble pas ? Paradise, le huitième album des frères Mattson, délaisse pour la première fois dans l'histoire du duo les titres purement instrumentaux pour sublimer les mélodies d’harmonies vocales somptueuses. Suffisamment en tout cas pour en être tout retourné et ne plus savoir où situer le duo dans cette fichue industrie musicale.
Potentiel de séduction : Paradise vient tout juste de sortir, et l'on conseille à tous les optimistes qui rêvent d’une vie passée sous un ciel bleuté en écoutant les disques de Boy Pablo ou Gilbert O’Sullivan d’aller se le procurer. P.S. : l’excuse de l’augmentation du prix des clopes ne tiendra pas sur ce coup-là.

Matt Martians
Syd, avec qui il a cofondé The Internet, en parle volontiers comme d’un grand frère, et Steve Lacy dit de lui qu'il est le cerveau de la bande. Pas mal, ces compliments. Mais on demandait à entendre de nouvelles propositions en solo, deux ans après l’inabouti The Drum Chord Theory. C’est désormais chose faite avec The Last Party, finalisée en deux semaines suite à une longue tournée avec The Internet. Et ça s’entend : l’Américain a beau y parler d’amour, c’est un beau et doux bordel qu’il organise tout au long de ces huit nouveaux morceaux.
À quoi ça ressemble ? The Last Party ne dure qu’une petite trentaine de minutes, mais on s’en fiche. Le temps est ici une salle de jeu, horizontale plutôt que verticale, où Prince et Frank Ocean copulent dans des draps en satin.
Potentiel de séduction : Dans une interview à DJ Booth, Matt Martians disait : «Si tu fais un album qui te correspond totalement et qui est complètement honnête, personne ne peut te dire si c'est bon ou non. C'est toi, point.» Ça a au moins le mérite de couper court à toutes sortes de débats.

Ekiti Sound
Un pied à Londres, l’autre au Nigéria, Leke a pas mal bourlingué dans sa jeunesse — et s’est pris en pleine poire les sons de la Motown, comme la drum’n’bass ou les divagations sonores de Fela Kuti. Par la suite, le rappeur/producteur s’est posé en Angleterre et a commencé à produire de la musique pour les studios Pinewood (là où ont été tournés les James Bond) et Nollywood, avant de se plonger tranquillement dans l’enregistrement d’Abeg No Vex, qu'il a envisagé comme un moyen de comprendre sa véritable identité. Un sacré bordel, donc, mais sacrément pertinent.
À quoi ça ressemble ? À la sono mondiale fantasmée par Radio Nova au croisement des années 1980 et 1990. Voyez plutôt : de la house de Chicago, des refrains pop, des basses omniprésentes, des percussions africaines et une ribambelle de sons aptes à effrayer les puristes, peu importe leur genre de prédilection.
Potentiel de séduction : Malgré un passage remarqué lors des dernières Transmusicales, on s’étonne du peu de retombée médiatique suscitée par Ekiti Sound. Ce serait pourtant injuste de ne s’intéresser à la musique nigériane qu’à travers les (très bonnes) rééditions de Soundway ou Strut.

Zenobia
C’est de Haïfa que viennent Nasser Halahlih, véritable pionnier des musiques électroniques en Palestine, et le jeune claviériste Isam Elias. Deux compères qui font de l’électro un sujet d’expérimentation, entièrement au service (et sévices) de mélodies impossibles à canaliser. «Mon père, mon grand-père et ma grand-mère étaient des Bédouins et étaient toujours en mouvement, allant d’un endroit à un autre, expliquait récemment Nasser Halahlih au Courrier International. Notre musique vient de Syrie, du Liban, d’Égypte et de Palestine.»
À quoi ça ne ressemble pas ? Les opportunistes compareront Zenobia à Acid Arab, qui les a signés sur son label, à Omar Souleyman, dans le sens où les deux comparses montent sur scène en portant keffieh, bandeau noir et lunettes noires, ou à certaines dérives électroniques de Red Axes. Mais le duo propose encore autre chose, de plus atypique et singulier. Et on ne dit pas ça parce que le pseudonyme fait référence à la reine de Palmyre et s’inscrit donc dans une tradition locale, mais parce que ce mélange de musiques arabes et de synthétiseurs, de dub et de rythmes frénétiques nourrit des promesses d’inédits.
Potentiel de séduction : Formé en 2018, Zenobia s’est depuis produit en Europe, au Brésil ou encore en Corée du Sud. Autant dire que les mecs ne se soucient pas vraiment des frontières.

Velvet Negroni
De Jeremy Nutzman, on apprécie beaucoup l’histoire : celle d’un enfant noir adopté par une famille de chrétiens évangéliques blancs qui a suivi des cours de piano et qui a choisi de souiller cet apprentissage théorique dans de longues jam sessions. De Jeremy Nutzman, on aime aussi la musique qu’il produit via son alter ego, Velvet Negroni. Et on n’est visiblement pas les seuls – l’Américain a signé chez 4D, tourné en première partie de Bon Iver et bossé sur l’album commun de Kanye West et Kid Cudi, KIDS WITH GHOSTS.
À quoi ça ressemble ? Prince a beau avoir quitté ce foutu monde en avril 2016, on continue trois ans plus tard de lui trouver de dignes héritiers qui, comme lui, ne peuvent s’enfermer dans le confort d’une esthétique bien déterminée. Sur Neon Brown, premier album à paraître le 30 août et co-produit par Psymun (Young Thug, Juice WRLD, The Weeknd), c’est donc un peu comme si le Kid de Minneapolis rencontrait la mélancolie de l’indie pop et l’embrassait à pleine bouche pour donner vie à un R'n'B languide, hypnotique et soumis.
Potentiel de séduction : L’Américain n’aura probablement pas le succès de Kurt Cobain, à qui il dédie l'un de ses premiers singles, mais on le voit bien crouler sous les confettis (rapport au titre d’un autre single) d’ici quelques années.

Crédit photos : DR.