Ça se binge : Chernobyl
Le décor est celui de l’Union Soviétique de la fin des années 1980. Autant dire que rien n’est fait pour séduire l’œil : les bâtiments sont d’une monotonie à faire déblatérer un jeune Poelvoorde (cf. C’est arrivé près de chez vous), l’atmosphère est pesante, les décorations d’intérieur sont fades et la bonne humeur a visiblement délaissé les environs – la série s’ouvre tout de même par un suicide. En quelques minutes Craig Mazina le mérite (et le talent) de poser le ton de sa série, Chernobyl. Ce qui n'était clairement pas gagné quand on regarde le CV du bonhomme. L'homme-fusée, Scary Movie 3 et 4, Arnaque à la carte : pas le vraiment l’homme idéal, a priori, pour mettre en place une série d’auteurs, de celles qui plaisent aux étudiants prétentieux, aux lecteurs de Houellebecq et aux fans de rock expérimental. Pourtant, aucune trace de mises en scène débiles ou de gags puérils ici, juste un regard précis sur le plus grand accident nucléaire du XXème siècle (dépassé depuis par Fukushima en 2011 : eh oui, on n'arrête pas le progrès).

«C’est magnifique», dit même l'une des habitantes, posée au loin le soir de la catastrophe, visiblement inconsciente du malheur qui s’annonce depuis la centrale Lénine – l’ingénieur en chef, bien que moins admiratif, semble lui aussi bien incapable d’envisager le pire dans le premier épisode, captivant, presque anxiogène. Plutôt que de céder le pas au mélodrame un peu chiant, c’est exactement ça que cherche à montrer Chernobyl : la réaction naïve des hommes face au danger imminent. Mais aussi la fin du bloc soviétique, l’incapacité de l’être humain à mettre en place de véritables programmes écologiques, la volonté de certains politiques à nier jusqu’au bout l’ampleur de la catastrophe. «Il faut éviter la propagation d’informations erronées», affirme même l'un des dirigeants, pas franchement touché par la grâce sur ce coup-là.

En cinq épisodes, Chernobyl réussit ainsi le pari de marquer les esprits. Par son sujet, donc, mais aussi par son traitement, au plus proche de l’humain, de l’intime et des préoccupations (politiques, sociologiques et écologiques) qui persistent trente-trois ans après la catastrophe. Comme quoi, une bonne série, surtout lorsqu’elle est produite par HBO, cultive toujours un lien forcément étroit avec le présent.

Le trailer du mois : Orange Is The New Black
Oui, parce qu'il n'y a pas que Game Of Thrones ou The Big Bang Theory comme séries populaires qui s'achèvent cette année. Le 26 juillet prochain (ou un peu plus tard si vous n'êtes pas du genre à binge watcher ou si vous vous dorez la pilule au soleil), c'est aux prisonnières de Litchfield que l'on dira adieu. Malins, les scénaristes et producteurs de la série ont donc balancé un trailer qui ne montre aucune image de la saison 7. Ce qu'on y voit ?  Cindy, Taystee, Piper, Alex, Red, Nicky, Daya, Flaca et Maritza déambuler dans les décors de la série en chantant la chanson du générique (You've Got Time de Regina Spektor, pour rappel). Malins, on vous dit.

La série qu’on aimerait spoiler : Family Business
Jonathan Cohen n'était pas un mytho (oui, elle est facile) : en novembre dernier, lorsqu'il nous annonçait (presque en exclusivité) bosser sur une série pour Netflix, l'acteur disait donc vrai. Family Business arrive même le 28 juin prochain sur la plateforme et racontera comme prévu l'histoire de Joseph : un gars de 35 ans qui bosse malgré lui dans la boucherie de son père (interprété par Gérard Darmon) et tente de transformer le commerce en coffee shop (en beucherie, donc) suite à l’annonce supposée de la légalisation de la weed. Sauf que, comme dans n’importe quelle histoire hollywoodienne, tout ne vas pas se passer exactement comme prévu…

OSEF : l’arrêt de Vikings et L’Arme fatale
Mi-mai, le traditionnel bilan des séries annulées ou renouvelées est apparu sur le web. Et, autant on organiserait presque une énorme soirée avec alcools gratuits pour fêter l'arrêt de Vikings, L'arme fatale ou Gotham, autant le renouvellement pour trois saisons supplémentaires de This Is Us nous fait l'effet d'un orgasme. Même si, comme après chaque jouissance, on craint de ne jamais retrouver la sensation jubilatoire des premières fois.

L'interview du mois : Elizabeth Olsen
Grâce aux sagas Avengers et Captain America, Elizabeth Olsen s'est fait un nom auprès des geeks ces cinq dernières années. Mais la cadette des jumelles Olsen aurait pu connaître un tout autre destin à en croire une interview récemment accordée à Vulture : «Quand j'ai commencé à travailler, j'auditionnais pour tous les projets parce que j'aime passer des auditions. Et j'ai postulé pour le rôle de la Khaleesi ; c'était l'audition la plus étrange que je n'ai jamais faite. Ils ne savaient pas s'ils voulaient un accent anglais ou non, donc j'ai fait les deux. C'était horrible.» Et là, vous vous repassez les scènes de Game Of Thrones en vous imaginant les passages en Dothraki joués avec l'accent anglais ? Nous aussi.

Les guest stars ultimes : Leïla Bekhti et Tahar Rahim
Damien Chazelle n’est peut-être pas le plus vif (rappelons qu’il a annoncé travailler sur une série il y a deux ans), mais c’est sans aucun doute quelqu’un d’ambitieux Pour son dépucelage sériel prévu sur Netflix en 2020, l'Américain a donc choisi de s'entourer de quelques cadors : Houda Benyamina (Divines) et Alan Poul (Six Feet Under, The Newsroom) à la réalisation, Tahar Rahim et Leïla Bekhti côté acteurs, Glen Ballard (producteur des albums Jagged Little Pill d'Alanis Morissette et Bad de Michael Jackson) à la B.O., et même le rappeur Sopico pour incarner le leader d'un groupe en développement. Ce qu'il est dans la vraie vie. Ce qui prouve, une fois plus, à quel point Damien Chazelle est un cinéaste réaliste.

La punchline à replacer en soirée
Après deux saisons, on ne sait toujours pas quoi penser de Killing Eve, mais on avoue que cette réplique, balancée par Hugo après une nuit passée avec Eve et Villanelle, nous a fait plus rire que l’ultime saison de The Big Bang Theory.

39_KE_EP7_EMBARGO-Post-TX-May-19-_-May-be-used-alongside-LinearLa couverture qu’on aurait aimé avoir en France
Comment ça, vous n’avez pas été pleinement convaincu par la fin de Game Of Thrones ? Quoi, c’est l’arrivée au pouvoir d’un mec qui, pendant huit saisons, n’a fait que balancer des phrases piquées dans un calendrier de bien-être qui vous choque ? Le fait que Daenerys soit subitement devenue folle et incontrôlable ? La façon dont Jon Snow se met à surnommer sa reine «Dany», comme une vulgaire bimbo décolorée d’un soap sentimental diffusé en début d’après-midi ? Le kitsch du combat entre La Montagne et Sandor digne du premier épisode d’Highlander ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls : même les acteurs de la série semblent parfois douter du sort réservé à leurs personnages. C’est dire…

GOT ok

L’interview du mois 2.0
Nicolas Winding Refn aime visiblement susciter des maux de têtes : en plus de faire des films que l'on ne comprend pas toujours (Only God Forgives), le réalisateur danois balance des phrases à même de faire bondir de son canapé n'importe quel sériephile. C’était lors du dernier Festival de Cannes où il évoquait Too Old To Die Young en précisant que ce n'était «pas vraiment une série, plutôt un long film de douze heures»... Avant de prolonger son idée dans une interview à Première : «Je n'aime pas vraiment l'idée de saisons, les saisons relèvent plus de la télé traditionnelle que du streaming. Là, c'est plus comme du cinéma : tu enchaînes avec quelque chose de différent plutôt que de te répéter. La télé, c'est découpé en épisodes, ça ne m'intéresse pas. Le streaming, c'est un long flux. C'est le nouveau terrain de jeu, ça apporte de nouvelles opportunités, il n'y a plus de contraintes de temps.»

 L’interview est visible ci-dessous, mais sincèrement, on a résumé l’idée.

Damon Lindelof, à la recherche d’émotions
Le trailer de la série The Watchmen n'a pas excité que les fans de comics, toujours pas remis de l'excellent film réalisé par Zack Snyder en 2009. Il a aussi accéléré le palpitant de tous ceux qui ont vu, adoré, admiré, saigné et idolâtré les épisodes de Lost et de The Leftovers. Derrière The Watchmen, on retrouve en effet Damon Lindelof, le scénariste et producteur américain, qui n'a pas réussi que d’authentiques chefs-d'œuvres (Preuve à l'appui ou Prometheus continuent de donner sérieusement mal au crâne), mais qui a du moins suivi le cursus de n'importe cinéaste doué : des études de cinéma à l'université de New-York, un petit détour par la musique au sein de Petting Zoo et, enfin, un déménagement à Los Angeles pour donner une autre dimension à sa carrière - parce que, oui, c'est bien connu, la Cité des Anges est la-ville-de-tous-les-possibles.

Bien plus qu'un enfant de la balle ou «l'un des idiots qui a fait Lost», comme il le précisait avec ironie à l'époque sur son compte Twitter, Damon Lindelof est surtout un passionné d'émotions authentiques, qui s'est réfugié dans Twin Peaks pour surmonter le divorce de ses parents et se nourrissait des histoires du Monde de Narnia ou du Magicien d'Oz pour s'échapper du monde réel - ou alors, confronter sa propre réalité à des situations imaginaires. À la télé, c'est précisément ce qu'il a toujours fait : parler de sentiments très humains (le deuil, la souffrance, la solitude, la peur, etc.) dans des situations quelque peu fantasques, voire absurdes chez les plus réfractaires à la science-fiction. «Bien souvent, les gens contestent le comportement erratique d’un personnage, alors même que nous pouvons tous être assez dingues, sans être forcément malades, affirmait-il à Télérama (oui, on lit toute sorte de presse) en 2017. Nous sommes volontiers autodestructeurs, nous faisons souffrir ceux que nous aimons… Mon travail consiste à fouiller ce qui pousse mes héros à agir ainsi et à tendre ce miroir au spectateur.»

La même année, en 2017 donc, Damon Lindelof prouvait dans une interview qu'il ne comptait pas laisser de côté la profondeur de ses personnages, et que The Watchmen s’inscrirait dans une même tendance avec tout un tas d'antihéros dangereux et ambivalents, menaçants et mystérieux. «J'aime les films Marvel, je suis à fond derrière Wonder Woman et Batman, j'ai grandi avec ces personnages, mais on ne peut pas placer notre confiance en des gens qui portent un masque et qui nous promettent de prendre soin de nous. Si vous cachez votre visage, c'est que vous avez quelque chose qui cloche.» Certes, c’est un raisonnement qui se tient ; on refuse toutefois de vivre dans un monde où Superman paraîtrait plus sain d'esprit que Batman.

Quoi de neuf du côté des séries-documentaires ?
Comme toujours, il y a de quoi de faire. Sauf que, pour une fois, ça se passe sur OCS et CANAL+, et non sur Netflix, avec The Art Of Television et Binge Mania. La première, de retour deux ans après sa première saison, propose aujourd'hui les portraits de ceux qui font les séries : Judd Apatow, Vincenzo Natali, Barry Levinson et même Michel Gondry, à travers des entretiens au long cours et le témoignage de proches collaborateurs. La seconde, réalisée par le journaliste Olivier Joyard, nous plonge à l'heure de la Peak TV et interroge la façon dont nous consommons nos séries préférées, le rapport intime que l'on entretient souvent avec elles.

La photo qui rend nostalgique
Ça fait maintenant seize ans que l'on a dit adieu aux détenus d'Emerald City, mais a-t-on vu depuis meilleures introductions, toutes en philosophie et réflexions politiques, que celles d’Augustus Hill ? emerald city