Cap vers le camping

Arrivée sur le camping où je loge, un frisson glacial parcourt mon échine alors qu’il fait environ 31 degrés : l’endroit, qui avait l’air d’un éden naturel sur les photos, s’apparente en réalité plutôt à un camp de vacances de type Club Med, avec des bungalows déguisés en faux saloons et une piscine entourée par des toboggans façon Aqualand. Comme mes réflexes festivaliers sont un peu rouillés, je fais une erreur de débutante et je loupe la navette qui va sur le site de 3 minutes. J'en propose pour me reposer, vaguement hantée par l'idée de devoir faire du stop.

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Qu’est-ce qui m’a pris de sortir ainsi de ma zone de confort (et toute seule qui plus est) ? Vais-je mourir piétinée par un troupeau de vacanciers en slip de bain avant d’avoir vu l’ombre d’un seul concert ? Heureusement, les organisateurs (adorables) me mettent en contact avec le photographe de TINALS et ses potes. A partir de cette rencontre, tout s’éclaire : mes nouveaux copains me prennent sous leur aile, partageant leur crème solaire, leur voiture et leur bonne humeur. Grâce à eux, un moment redouté - la baignade dans la piscine pleine de mômes - se transforme en instant de grâce. Une fois baignés par la lumière déclinante de la fin d'après-midi, les décors western en toc prennent même un vrai air d'americana. 

Les couronnes de fleurs parfois, mais seulement parfois, c'est bien

Il est temps d’entrer dans le vif du sujet. Quand on débarque sur le site, je commence par faire le tour des foodtrucks bio et des activités très chouettes et très écoresponsables proposées. Normalement, la simple idée d’un stand de conception de couronnes de fleurs me donne envie de me scarifier gentillement les avant-bras, mais là c'est différent. Les concerts sont gratuits durant la journée, ce qui fait que de nombreuses familles sont venues en profiter - quand c’est des enfants qui tressent des roses avec des tulipes et non des influenceurs, c’est tout de suite autre chose. Bref, on l'aura compris, la public est de qualité ++, de tous âges et bonne ambiance : des vieux rockeurs en vestes de motard pogottent doucement sur des jeunes hipsters en chemise à fleurs vintage qui pogottent doucement sur des petits garçons et des petites filles en t-shirt Mickey. Je m'affale sur un pouf où je suis délicatement rafraîchie par un ventilateur d’eau, bercée par les envolées psyché et gorgées de soleil du groupe français Le SuperHomard.YoannGaliotto-9107

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Pas de grossestêtesdaffiche

Un de mes nouveaux potes m’apprend que l’équipe de TINALS a décidé de se “recentrer sur ses fondamentaux” cette année, en optant non pas pour des grossestêtesdaffiche mais sur des artistes émergents sélectionnés avec soin (Chai, Methyl Ethel) et sur quelques gros noms bien sentis (Lizzo, James Blake). Tout donne envie, et je me dis que j’ai intérêt à passer le programme au peigne fin si je ne veux pas passer le week-end à côté de mes vans. Après quelques bières, mes velléités d’organisation partent en éclat. Mais c’est parfois en se laissant porter qu’on fait les meilleures découvertes. En déambulant de scène en scène, je tombe ainsi sur la dreampop sympathique de Men I Trust ainsi que sur la psych pop mélodique et ouvragée de Methyl Ethel (est-ce que quelqu’un sait pourquoi les habitants de ce pays font le meilleur rock psyché du monde? est-ce génétique?). C’est aussi alors que je me balade au hasard des salles que je tombe sur Lizzo qui entonne sa dernière chanson - le tube rétro et survitaminé Juice.

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Au rayon des incontournables, je ne suis pas déçue par Kurt et Courtney - je ne parle pas du couple grunge mythique des années 90, mais de Monsieur Vile et Madame Barnett, les deux slackers les plus cool de l’indie jeu, qui se produisent tous deux en solo sur deux scènes différentes. Après cette décharge de coolitude, je m’enjaille avec les décharges noisy et brutales de Shellac, sur lesquelles le public pogotte sec, avant de redescendre doucement sur les basses mélancoliques de James Blake. Seul regret : à l’heure (tardive) où les teigneux Fat White Family arrivent sur scène, je suis trop pétée pour me souvenir de quoi que ce soit. Je m’en remets donc à la prescience d’un festivalier, qui me dira le lendemain qu’il s'agissait d’un grand moment de musique et du climax de la soirée. C’est ballot.

Les pieds dans l’eau

Un jour, quelqu'un m'a dit qu’il fallait toujours profiter des festivals pour aller visiter la région environnante. Ca tombe bien, ces bonnes gens de TINALS se sont alliés à Nîmes Métropole pour nous emmener voir le Pont du Gard avec un groupe de journalopes comme moi. Le dernier jour, je me lève donc à l’aube (10h45) pour jouer la touriste. Une heure plus tard j’ai la gueule de bois mais les pieds dans l’eau sous l'aqueduc romain, il fait beau, je crois que ma phobie des festivals est guérie.

Crédit photos : Boby Allin, Bettina Forderer, Nina Fractal, Yoann Galiotto, Richard Luciani, Osher Osher