Ta dignité tu oublieras
Marques de bronzage d’agriculteur, short crotté, traits tirés et haleine contraire à la Convention de Genève : si tu étais venu pour briller comme un diamant dans le ciel, tu risques de subir une grande déconvenue. Enterre donc ta fierté avec tes deux pattes arrière, les deux maîtres mots pour ne pas trop altérer ta santé mentale sont balek et OSEF.

Au peuple du camping tu échapperas
Ils sont légion, n’ont aucune intention de voir des concerts et préfèrent tranquillement travailler leurs escarres sur leur chaise pliante, à enchaîner les cubis de Villageoise et les clopes roulées. Ne te laisse pas aller à la tentation, résiste, prouve que tu existes, même s’ils te crient « Apéro ! ». Tu es un mélomane ou un personnage de Franck Dubosc, merde ?!

Pour un contrebandier de la Prohibition tu ne te prendras point
Cacher des flasques de Poliakov dans ton anus ou scotcher des Pom’ Potes de whisky au gaffer le long de ta cuisse sont des totales pertes de temps. Le seul contenant à alcool qui vaille, ce sont tes vaisseaux sanguins. Mise donc sur les préliminaires au campement et laisse les petits malins chercher en vain où ils ont enterré leur trésor éthylique sur site il y a deux mois.

Les pogos du rap de iencli tu fuiras
C’est un fait — il est désormais admis dans les mœurs de faire des moshpits géants sur de la trap de Blanc comme si c’était un concert de Black Flag en 1984. Si tu vois la foule s’écarter autour de toi, cours, ce serait trop bête de mourir piétiné par des 2000 pendant un concert de Lorenzo.

Ta tente deux secondes tu pimperas
Parce que quand tu reviendras au camping vers 4 grammes du matin, si tu n’as pas un signe distinctif pour reconnaître ta grotte en polyester, tu auras l’impression de t’être paumé dans une banlieue pavillonnaire américaine où toutes les baraques se ressemblent.

Près du mec au drapeau breton tu ne donneras point rendez-vous
Tel des Algériens, nos amis de la West Coast sont toujours prompts à afficher leurs couleurs, faisant d’eux des repères faciles en festoche. Seul problème : ils sont nombreux et très rarement fiables. Le mieux, c’est d’oublier tes amis et de laisser la sélection naturelle faire son travail.

Tes verres tu protègeras comme tes enfants
Au prix de la consigne, pas moyen de jeter son gobelet en l’air comme un supporter de foot anglais. Pour récupérer les sousous, le biff, la mula, il faudra veiller sur lui, lui donner le sein, lui talquer les fesses et faire du saut d’obstacles au-dessus des kids qui font du crawl dans leur vomi pour le ramener à bon port. 

Tu te couvriras
Une petite laine pour faire l’amour et un préservatif pour se tenir chaud, c’est le b.a.-ba pour survivre à plusieurs jours de débauche en plein air. On n’est jamais à l’abri des virus et autres infections.

Tes besoins tu ne feras plus
Qu’elles soient chimiques ou sèches, on a tous en nous des toilettes de festival, qui nous hantent tels les souvenirs du Vietnam de John Rambo. L’arrêt au stand peut vite se transformer en escape game, alors un conseil : emprunte des couches confort à ton papy et mange beaucoup de riz.

Tu apprendras la patience devant un food truck
Faire la queue pendant huit heures pour manger un bánh mì bio, un burger végan ou de la street food mexicaine te donnera immanquablement envie de taser ton prochain (et avec une grosse pile, pas une grosse pilule). Souffle, relâche tes sphincters, pense à ton arrière-grand-mère qui devait faire la même chose pour une baguette en 1942. Sauf si tu as réussi à faire passer un taser à l’intérieur — en ce cas, fais-toi plaisir, ô Dieu de la foudre.

Loin du concert de Shaka Ponk tu vivras ta meilleure vie
Profitez du mauvais goût de vos contemporains qui se sont amassés par centaines pour regarder les babouins du rock français secouer leurs derrières tout rouge. Le reste du festoche est désormais à vous, tout à vous. ¡Libertad!

Et surtout, surtout, dès le festival terminé, ton bracelet tu couperas
On le sait, les festivals, c’est comme les colonies de vacances : on échange son adresse avec des quasi-inconnus, on se dit qu’on restera amis pour toujours et on veut prolonger la magie coûte que coûte. Mais crois-nous, avec ta breloque, tu ressembleras plus à une version cheap de Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes qu’à un baroudeur de la teuf. Comme pour les exs, mieux vaut une ablation radicale du passé.

++ Cet article est extrait du Brain papier numéro 6, qui est disponible partout ou presque