Slack ? Slack, c’est la plateforme de communication collaborative préférée des serial entrepreneurs chargés au Feed. Un outil formidable pour fluidifier l’échange, dématérialiser les meetings et bitcher entre collègues sur une interface user friendly. Et ça marche, puisque la licorne déjà valorisée à plus de 7 milliards de dollars est en passe de réussir son pari de tuer l’email… Révolutionnant au passage le game de la fils-de-puterie d’entreprise.

slackLoin du caractère posé, réfléchi, quoi qu’un peu formel de l’e-mail, le petit hashtag coloré encourage horizontalité et transparence. Slack éclate les processus d’autorité traditionnellement basés sur l’âge et la taille de la voiture via une organisation par #channels, sortes de chats MSN accessibles sur lesquels tout le monde donne son avis sur tout et sur tout le monde lors de longs threads déstructurés. Et ça ressemble plus souvent à un débat :booba: - :kaaris: sur le 18-25 de jeuxvidéo.com qu’à une discussion pragmatique entre collègues consentants.

La prise de décision et l’appréciation de la compétence s’en retrouvent livrées à un ersatz de démocratie digitale basée sur des smileys rigolos… Plutôt cool pour une génération d’attardés en beef avec l’autorité patronale. Mais très vite, l’émotion, le copinage et le clanisme prennent le dessus sur le pragmatisme et l’expertise. C’est un peu la loi du plus fort. Et sur Slack, le plus fort, c’est celui qui prend le plus d’emojis :hearteyes:.

Les millenials tendance Silicon Valley ont pris le pouvoir, et sans surprise, ils ont foutu des :nyancat: et des :dabbing_unicorn: un peu partout… Sauf que dans les délires corporate, c’est toujours un peu la même histoire. Au début c’est cool, ça va vite, c’est de bon goût... Puis les gens qui ont pris Linkedin pour Facebook débarquent pour gâcher la fête. Un peu comme avec les Stan Smith, les pots de départ ou PNL.

La nature récréative des emojis transforme la mesquinerie d’entreprise en jeu d’enfant. Plus besoin de passer sous le bureau ou des rigoler très fort à des non-blagues pour célébrer le génie de sa hiérarchie. Vous pouvez désormais digital-sucer votre N+ en soulignant chacune de ses interventions d’un magnifique :party_parrot:, ou d’un sobre :plus:, suivant votre style perso et vos habitudes porno-professionnelles.

pandaLes libertés d’interprétation offertes par les emojis engendrent beaucoup d'agressivité dans l’échange professionnel ou tout simplement humain — mais une agressivité souriante et colorful. C’est plus cool de dire “T’es vraiment trop con” ou d’imposer l’ampleur de sa supériorité intellectuelle avec un emoji :thinksmart:, non ? Coupé à l’effet de meute, ça dérive vite sur des situations proches d’un bon harcèlement à l’ancienne. Par exemple lorsque toute une équipe souligne la vacuité intellectuelle d’un stagiaire d’une foule de :neutral_face: ou laisse une collègue inutile agoniser dans un désert d'emojis. Mettre un coup de pression sur les deadlines, c’est plus rigolo avec un :tumbleweed:, non ? En tous cas, c’est plus pop culture. Et tout le monde aime la pop culture. Même les gros beaufs de la cantine sont toujours en place. Faire des blagues de cul aux petites meufs de la com’ n’a jamais été aussi ludique et intuitif ! En période de Ligue du LOL, c’est même beaucoup moins risqué de lâcher de l’:eggplant: ou du gros :sweat_drops: bien tapis dans le fond d’un obscur channel.

La transformation digitale a laissé toute une génération de Corinne de la compta sur le carreau. Plus de cantine, plus de machine à café, plus de séminaire à Marrakech. La digitalisation chamboule les rapports humains, et comme elle est sournoise, la fils-de-puterie d’entreprise s’adapte à son nouvel environnement :recycle:.

Slack est un outil formidable pour optimiser la gestion de vos projets et la fluidité de vos communications. C’est indéniable. Mais comme tout groupe humain, passé un certain niveau, ça devient vite la loi la jungle. Nous sommes des animaux, même dans les publicités Slack :dancing_penguin:

Finalement, ce n’est pas la technologie le problème. Le problème, c’est nous. Nous n'évoluons pas aussi vite que nos outils de productivité. Et c’est pas ton Happiness Manager qui disruptera le darwinisme. :mic_drop: