La Dernière Fois de Salomé racontera l’histoire d’une belle femme de 73 ans qui a décidé de programmer sa disparition ainsi que la dernière fois qu’elle fera l’amour…
Olympe de G. : 
Ce film se situe aux antipodes du X traditionnel. Il revendique un regard de femmes sur le sexe (je co-écris le film avec Alexandra Cismondi) et met en scène toutes sortes de corps, pas ceux qu’on a l’habitude de voir dans le porno. J’ai envie de montrer que la beauté est dans la diversité. Ce qui nous amène au personnage principale, Salomé : 73 ans, superbe, désirante, libre.

Une femme âgée, donc — pas exactement la teen bombasse du porn…
Le sexe, c’est un truc de jeunes – voila ce qu’on pense. Passé un certain âge, une femme ne serait plus sexuellement intéressante. Il y a pourtant, si l'on en croit les distributeurs de porno mainstream, une demande de X avec des femmes «mûres» : des productions du type «Mamie a la chatte en feu» font un carton ! (Rires) Il va de soi que je ne m’inscris pas du tout dans ce registre. L’idée avec Salomé est de réaliser un film d’auteur avec des scènes de sexe dedans.

Un genre qui existait dans les années 70…
Oui, on peut citer Behind the Green Door (des frères Mitchell, 1972, ndlr). Actuellement, le cinéma d’auteur manque de représentation explicite du sexe, et le porno manque dramatiquement d’ambition artistique. Je me dis que les amateurs de cinéma ne peuvent qu’avoir envie de voir un film de qualité cinématographique avec un contenu sexuel.

Ton film sera antisexiste, antiraciste, antiâgiste, féministe… On peut parler de démarche militante ?
La militance et la pédagogie ont toujours été mes éléments moteurs. Que ce soit dans les quatre courts que j’ai réalisés pour les productions Erika Lust ou dans Voxxx, j’ai des choses à dire sur la place de la femme en tant que personne désirante, les stéréotypes de race trop fréquents dans le X, etc.

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Tu parles de porno éthique…
Oui, et c’est aussi en cela que cette réalisation est un défi. Il y a ce que je montre à l’image, mes valeurs. Il y a aussi la façon de faire le film. C’est un peu comme le bio : c’est bon d’en consommer pour soi, c’est bien de savoir comment c’est fait. Le porno éthique implique des standards élevés. Et pour moi, c’est ce qu’il y a de plus compliqué à tenir.

Pourquoi ?
D’abord parce que forcément, ça coûte de l’argent. Si tu veux faire de belles images, avec de bons comédiens et t’assurer que les choses se passent bien sur le tournage, il faut pouvoir s’en donner les moyens. L’agenda d’un long métrage est serré, il se peut que je ne sois pas assez à l’écoute, que certains signaux m’échappent. Je veux vraiment éviter toute expérience traumatisante et faire en sorte que chacun rentre content quand il sort d’une journée de tournage.

Tu insinues que ça peut mal se passer ?
J’ai eu deux expériences particulièrement difficiles. La première, un an après le tournage de The Bitchhicker, le comédien que je sollicitais à nouveau m’a fait savoir qu’il ne tournerait plus avec moi. Motif : il ne s’était pas senti en sécurité lors du tournage à moto. Mais il ne l'avait pas exprimé sur le moment, ne me laissant aucune chance de rectifier le tir. Je veux vraiment éviter ce genre d'écueils à l'avenir. Je pense qu'une personne neutre, spécialisée dans l'écoute, peut apporter beaucoup sur le tournage d'un porno.
L’autre expérience est toujours d’actualité. Il se trouve que j’avais travaillé sur plusieurs films avec mon ami à l’époque, en tant que réalisatrice et en tant que co-performeuse. Nous nous sommes séparés, à la suite de quoi il a mené une campagne de diffamation contre moi qui dure encore aujourd’hui. Il s’acharne au point d’avoir déposé une plainte calomnieuse pour viol contre moi ! Diffusion de correspondances intimes, images modifiées et recadrées... Ça a été un épisode particulièrement traumatisant. J’ai bien sûr porté plainte pour harcèlement et j’ai trois plaintes en diffamation. Mais il remet ça, avec une nouvelle version tous les trois ou quatre mois. Tantôt il a été agressé sur un film, tantôt violé sur un autre… Là, une coordinatrice d’intimité n’aurait rien changé. On est sur de la malveillance pure et simple. 

02OUTSIDETHECOCKSCeci expliquant pourquoi tu tiens tant à l’aspect éthique de tes tournages…
C’est vraiment ce que je souhaite. Sur le tournage de Salomé, une professionnelle de l’écoute travaillera étroitement avec les acteurs sur le consentement et veillera à ce que les scènes intimes soient vécues sereinement.

Tu as déjà un investisseur et tu as lancé un crowdfunding
C’est ce qui me soucie plus : le modèle économique. Je reçois régulièrement de gentils messages du type «Merci, ça fait tellement de bien ce que tu fais, mais pourquoi faut-il payer pour regarder du porno féministe ?». Les gens – même les féministes — ont du mal à se dire «Je vais payer pour du porno». C’est quelque chose qu’il faut continuer d’expliquer. Un contenu de qualité ne peut pas être gratuit.

Parmi les comédiens qui t’accompagnent, Joss Lescaf, qui vient du porno mainstream
J’aimerais ouvrir les chakras de gens qui regardent du X mainstream, et je suis contente de pouvoir casser les frontières entre les univers en travaillant avec Joss. Avec nous également, la géniale Heidi Switch, le directeur photo Kevin Klein et le compositeur également plasticien JB Hanak.

Le tournage est prévu pour cet hiver…
Oui, en novembre, décembre pour une remise au printemps 2020. D’ici là, on croise les doigts pour que notre crowdfunding nous apporte de quoi tourner dans les meilleures conditions possibles.

Olympe_de_G_on_instaPour soutenir la réalisation du film La Dernière Fois de Salomé, c’est ici.

Photo : Géraldine Aresteanu.