Les tueurs en série sont d’abord des tueurs ; et pour être un tueur, il faut être un être humain. Donc, les tueurs sont d’abord des êtres humains. Ce produit en croix pour vous interpeller sur une première donnée qui vous sauvera peut-être la mise : essayez de comprendre votre interlocuteur, pour pouvoir lui mettre une grosse douille et vous sauver quand vous aurez sa confiance. C’est assez rare que des tueurs en série ne soient pas “des Monsieur Tout-le-monde”. Ce serait bien s’ils avaient des signes distinctifs ; comme ça, on pourrait arrêter de binger les documentaires Netflix évoqués ci-haut en essayant de se rassurer, en mode “Nan mais moi, j’aurais capté un truc, c’est sûr ”. Malheureusement, c’est pas comme ça. Les serial killers ne ressemblent pas à Hodor le géant protecteur de GoT — ils ne ressemblent même pas à l’un des membres de Die Antwoord. Ils ressemblent à Monsieur Boidy, mon prof d’Histoire de 5ème. Pour repérer un tueur en série qui souhaite limer le vôtre, de numéro de série, il y a néanmoins quelques trucs simples :

- si quelqu’un met le pied dans votre porte d’immeuble alors que vous n’aviez entendu personne vous suivre (car derrière vous, vous n’avez entendu ni chants religieux, ni discussions sur le nail art, ni conflit entre pro-Mbappé et ceux qui pensent qu’il mérite son carton rouge, etc.), a priori, ça sent pas bon pour votre gueule ;

- si quelqu’un pop-uppe dans votre chambre alors que ce n’est pas une prestation que vous aviez commandée sur un site de prestations sexuelles intrusives, c’est pareil, ça pue ;

- et en général, si quelqu’un est là alors que vous n’aviez pas rendez-vous, et que la personne ne s’excuse pas en disant “Oh pardon, je me suis trompé de jour”, bon, c’est peut-être le moment de “mettre vos affaires en ordre”.

OK — maintenant qu’on a bien déterminé que le tueur en série vous avait sélectionnée afin de vous torturer, on va voir comment vous allez pouvoir, eh, pas forcément vous en tirer, mais au moins calancher avec un peu d’honneur. De toute façon, comme diraient les Greyjoy, ce qui est mort ne saurait mourir. C’est d’ailleurs une devise qui n’est pas ouf en termes d’entrain ; mais tout ça pour dire que mieux vaut essayer plutôt que de rester là à attendre bêtement de mourir, alors que la seconde d’avant tout juste, vous étiez en train de vous dire “Qu’est ce que j’ai fait de ma bouillotte, elle est sous le lit ou derrière la machine à laver ?”.

Faire diversion en parlant de Leetchi

Les tueurs en série sont méthodiques, mais pour commencer à jouer une partition, il faut d’abord ouvrir le livre. Votre première technique va consister à prendre des news de votre interlocuteur afin de jouer la montre. Attention, cette méthode comprend une partie diversion et une partie réflexion : si vous êtes de ces personnes qui ne savent pas faire deux choses en même temps, laissez tomber. Faites de votre corps un objet malléable plus facile à torturer afin de moins souffrir de contractures musculaires avant de mourir. Mais si d’aventure, vous vous sentez de faire deux activités en même temps, voici le plan.
Tueur en série :

  • Salut bonsoir, je veux pas vous faire peur.

Vous :

  • Ah salut ! (Bises) Ça va, putain ? L’OBJECTIF Mais t’es pas à l’anniv de Caro ?! Moi j’ai eu la flemme mais putain, si toi, tu y es pas non plus, j’espère ÉTANT que la bande, tu sais, sa bande de Bordeaux là, DE FAIRE enfin j’espère qu’ils y sont allés parce DIVERSION que putain, sinon y’a vraiment AFIN personne, quoi. Moi, là, DE TROUVER j’étais à un dîner et c’était raclette, donc tu sais ce que UN MOYEN c’est, après, t’es cassé en deux, DE VOUS ÉCHAPPER, et d’ailleurs, t’as mis dans le Leetchi ? Moi j’ai mis, mais j’ai pas mis assez, et je sais plus si j’ai caché le montant PAS DE LIRE TOUT CE LAÏUS LES DOIGTS DE PIED EN ÉVENTAIL.

Je suis en train de me dire que si ça se trouve, toutes les conversations de l’Est parisien tous les samedis soir à toutes les terrasses sont une grosse diversion de gens qui sont en train d’essayer d’échapper à un tueur en série.

Le divertir grâce à des blagues de Gad Elmaleh

Si vous trouvez sur le pas de votre porte, dans votre entrée ou dans votre lit, un tueur en série qui s’est invité — comme les règles alors que vous n’êtes qu’au jour 26 du cycle, ultra-relou —, rappelez-vous des samedis soir devant le blu-ray de Papa est en haut. Quelle bonne époque, quand vous n’aviez pas de tueur en série devant vous ! Vous aviez rigolé, non ? Eh bien comme des millions de francophones, donc, peut-être que votre interlocuteur se montrera lui aussi incapable de résister à un petit reminder de cette bonne vieille époque, à laquelle il ne nourrissait possiblement pas encore le projet d’emprunter la voie qu’il est en ce moment-même en train de tester sur votre personne : le crime de sang. Tentez un «Petit oiseau, si tu n’as pas d’ailes... Ah, tu peux pas voler, nan, tu peux pas voler, nan nan nan». Et appelez la police en même temps.

L’inclure dans les combats intersectionnels

Très peu de tueuses en série pour un nombre vraiment épatant de tueurs en série, vous ne trouvez pas ? Comment ça se fait ? Est-ce que les femmes préfèrent être des complices de l’ombre ? Qu’est-ce qui fascine autant dans l’homme puissant ? D’ailleurs, pourquoi le tueur en série est-il aussi puissant ? Est-ce que c’est une trajectoire difficile, tueur en série ? Un appel ? Mais dans ce cas-là, quels sont les prérequis pour embrasser cette trajectoire ? Est-ce qu’ils sont sociaux, éducationnels, matérialistes ? Enfin, il est faux qu’il n’existe pas de violence chez les femmes, donc pourquoi ne choisissent-elles pas de devenir auto-entrepreneuses du crime, elles aussi ?

Voilà. Cette partie est à découper et ranger dans votre bordel de sac pour le retrouver en cas de besoin, et avant de mourir, au moins, vous détiendrez des spoilers auxquels personne n’a eu accès avant vous.

Lui proposer d’écrire pour Brain

Grâce à cette activité, il pourra imaginer tous les méfaits qu’il pourrait instruire tout en s’épargnant les détails d’intendance et de logistique atrocement ennuyeux que requièrent le crime : trouver des lieux à l’acoustique soignée pour ne pas déranger le voisinage, acheter des bâches et des outils appropriés, établir un planning des massacres, etc. Le tueur pourra, comme dans un spam qui s’ouvre sur une page web, “gagner 1500 euros par mois en restant chez lui” (...s’il est vraiment très productif, note du Syndicat des Auteurs Sous-Payés de Ce Numéro), sans réprimer son envie d’histoires macabres, puisqu’il pourra les écrire pour le webzine. C’est un peu une win-win, il me semble.

Manger un bout avant de passer à l’acte

Grâce à Netflix — qui a vraiment beaucoup insisté sur cette direction éditoriale : ON VEUT DES TUEURS QUI S’EN PRENNENT SI POSSIBLE À DES GONZESSES AU HASARD —, on sait que les tueurs ne sont pas des sagouins. Au contraire, ils possèdent souvent le point commun d’être des esthètes, voire des épicuriens. Or, on sait tous qu’un(e) condamné(e) (c’est-à-dire vous — ne l’oubliez pas, pour une fois que ça donne un privilège) a le droit à un ultime repas avant de se faire découper la gueule. C’est l’occasion d’une dernière preuve que vous n’avez aucune volonté quant à votre régime alimentaire, que de demander à votre bourreau : “OK, tu me dépiautes dans une cave sur une bâche de chez Casto 5 x 5 m, mais avant, viens, on va manger un grec”. Voilà donc une opportunité en or de soit 1) manger un grec avant de mourir, soit 2) lier une certaine amitié complice avec votre tueur, au cas où il ferait des blagues sur sa préférence à étrangler des gens que la zone euro n’a pas étranglés économiquement, etc., et ainsi de décider de vous enfuir ou de demander de l’aide une fois dans la rue. Après, si vous faites un syndrome de Stockholm, c’est votre problème. Mais au moins, vous aurez tous les éléments en main.

Bon voyage (et bon appétit) !

 ++ Cet article est extrait du Brain papier numéro 6, qui est disponible partout ou presque