Le bonhomme a aussi souvent fait parler de lui pour autre chose que sa musique, soulevant des controverses sur ses tendances exhibo (il est coutumier du fait de dévoiler son pénis lors de ses concerts et sur son Instagram, et avait provoqué un tollé en soulevant son kilt lors de la cérémonie des Arias).

Quand on le capte sur Skype, on commence donc par lui demander s’il n’a pas peur d’être réduit à ses provocations et sa personnalité extravagante : “Les gens pensent que tout ce que je fais n’est qu’une grosse vanne. Mais ce n’est pas parce que quelque chose est drôle que c’est une blague. J’essaie toujours d’infuser de l'ironie dans ma musique, mais aussi de l’authenticité. Sur Bravado, je voulais explorer des genres que je trouve superficiels et criards, essayer de dépasser mes préjugés pour en trouver la beauté. Je pense que ce disque a été très mal compris. À présent, j’ai envie de revenir à ce que j’aime vraiment : l’art du songwriting.”

Politique de retour
C'est pour se recentrer sur l’essentiel — la musique, donc — qu'il a opté pour un album de reprises : “Je voulais rendre hommage à mes artistes favoris (Randy Newman, Momus, Laibach), et proposer mon interprétation de chansons qui sont interprétées et réinterprétées à travers les générations. Le concept de l’album, ce n’était pas de "m’exprimer" ou une autre connerie de ce genre, mais de me recentrer sur les chansons en elles-mêmes. Paradoxalement, c’est pourtant le disque le plus personnel que j’aie jamais fait.”

Pour conserver plus de spontanéité, Callinan a fabriqué l'album en seulement 14 jours avec un groupe de musiciens réunis dans le garage de sa baraque à Silverlake : “C'était le concept du disque. Je suis allé dans la chaîne de boutiques Guitar Center, où j’ai acheté le matériel le plus basique possible. Puis, on a tout fait en deux semaines exactement, ce qui correspond au délai maximum pour pouvoir se rétracter et se faire rembourser ses achats. On a enregistré une chanson par jour, puis on a tout remballé dans des cartons et tout ramené à la boutique afin de récupérer l’argent. Le titre de l’album Return to the Center renvoie à la fois à un retour aux fondamentaux et, plus littéralement, à la politique de retour du [Guitar] Center.

Disco autrichien
Derrière ce high-concept en forme de bon gros trolling se cachent heureusement des chansons, toujours pétries de références musicales rincées (sa cover du tube 80’s cheesy The Whole of the Moon de The Waterboys est plus sirupeuse que jamais) ; d’humour noir et de provocations (on peut y entendre Life is Life, pas la version disco du groupe autrichien Opus, celle du groupe indus’ Laibach qui la transforme en marche militaire) ; mais non dénuées de beauté et de déférence sincère pour ses idoles, comme en témoignent la belle reprise du morceau art-rock The Homosexual de Momus, transformé en version folk acoustique, ou celle du sombre Pretty Boy de Randy Newman, finalement assez fidèle à l'original.

Cet album a été une sorte de parenthèse, explique Kirin. J’avais des lacunes en songwriting, et je voulais apprendre en me frottant aux maîtres. Je considère mes deux premiers opus comme les deux premiers volets d’une trilogie : Embracism parlait uniquement de moi, Bravado était tourné vers le reste du monde, et mon prochain opus sera centré uniquement sur les chansons en elles-mêmes. Je suis aussi heureux d’annoncer qu’il y aura un de mes artistes préférés de tous les temps dessus. Je ne peux pas encore révéler de qui il s’agit, mais je peux déjà dire que c'est une immense star, et que ça va être extraordinaire.

++ Return to Center est sorti le 21 juin chez Terrible Records. Vous pourrez l'entendre en live ce 11 juillet au Point Ephémère.