Capture d’écran 2019-06-27 à 14.22.23Si aujourd'hui l'industrie musicale à bout de souffle nous vend des "stars" après seulement deux titres à leur actif, étrangement, il y a des piliers de la culture française qui sont menacés par l'oubli. Parmi eux, Ted Scotto, un homme au CV digne d'un championnat du monde de Kamoulox : auteur du générique des Shadoks et d'une des meilleures B.O de film de cul des années 70, producteur de disco et disque de platine avec les CD Nature et Découvertes. On revient sur l'oeuvre de ce monument oublié de notre patrimoine.  

Né en Algérie de parents d'origines italiennes, Ted Scotto apprend le piano et la trompette en autodidacte. A 19 ans, il veut devenir militaire et il est expédié en Indochine. C'est là-bas qu'il est repéré lors d'un concert par Jacques Chancel, alors animateur pour Radio France Asie. Il fait alors sa première apparition sur les ondes, en solo avec sa trompette. Rentré en France, il se met à la chanson et participe au Petit Conservatoire de Mireille, le The Voice de l'époque pour la faire courte. Il y rencontre René Borg, jeune réalisateur qui s'apprête à lâcher avec le dessinateur Jacques Rouxel une bombe dadaïste dans les télévisions hexagonales : les Shadoks. Scotto compose à la trompette l'intro culte et absurde du programme, qui sera interdit d'antenne treize jours plus tard, pour cause de Quartier Latin en ébullition. Nous sommes en mai 1968. 

S'il s'essaie alors à la pop, c'est sous un nom d'emprunt, Yan Tregger, qu'il va écrire sa plus belle oeuvre : la bande originale de L'Amour à la bouche de Gérard Kikoïne. Un film érotique où l'on suit une certaine Nathalie qui multiplie les orgies sexuelles afin d'oublier son mari tragiquement disparu. Chacun sa façon de faire son deuil.

Quelque part entre Michel Legrand, la funk, Gainsbourg, des fantasmes d'Italie et la mélancolie de Chopin, ce disque jouissif enregistré en 1974 est en passe de revenir en grâce sur les tournedisques. En effet, il va être réédité ce 20 juillet par The Omega Productions Records, en tirage limité. 

En 1977, au moment où Cerrone cartonne, Scotto se convertit au disco et monte le sympathique groupe MBT Soul, qui connaîtra le succès avec le single Chase. A partir des années 80, Scotto laisse tomber le groove pour se mettre à la musique symphonique (il compose notamment la musique officielle du 11ème Festival International de Paris du Film Fantastique et de Science-Fiction) puis dans la musique de relaxation, avec des instruments électroniques. Adepte de la musicothérapie, il conçoit alors dans les années 2000 les disques que l'on trouve chez Nature et Découvertes. Ironie du sort, c'est avec cette oeuvre consacrée aux bruits de la forêt qu'il connaîtra enfin la consécration : grâce à cette série,  il devient double Disque d'Or et double Disque de Platine avec plus de 270.000 albums vendus. Qui aurait dit que derrière ces purges new age se cachait un héros de l'underground ? Personne. De rien, c'est pour nous, c'est cadeau.