Ça se binge : Years & Years
«Le monde se réchauffe, il devient plus rapide et plus fou. On n'arrête pas, on ne réfléchit pas, on n'apprend pas. On court de désastre en désastre. Je me demande ce qui va suivre. Ou va-t-on ? Où est-ce que ça s'arrêtera ?» En direct à la télé, Édith, activiste politique radicale, offre sans le savoir un magnifique sous-texte au propos de Years & Years : scanner les différents problèmes auxquels l’on s’expose actuellement et proposer une vision futuriste d’un monde post-bombe atomique, un monde où l’on peut se greffer un portable dans la peau, où l’Ukraine est abandonnée aux mains d'un gouvernement militaire prorusse, où l'Espagne sombre dans une dictature d'extrême-gauche, où les nouvelles générations rêvent de transhumanisme, où la fonte des glaces a provoqué des inondations, où une députée peut être élue malgré une démonstration flagrante et publique de son incompétence… Bref, on ressort de ces six épisodes réalisés par Russell T. Davies (Queer As Folk, Doctor Who) le moral aussi boosté qu’après l’écoute de la discographie de Barbara mais avec la certitude que tout part en vrille. Et que, à en croire la série, ce n’est pas prêt de s’arranger : «Nous nous projetons 15 ans dans le futur jusqu'au dernier épisode», a expliqué Russell T. Davies au site Radio Times. «L'Histoire et la société actuelles prennent un tour dingue, nous vivons une époque fiévreuse et la série essaie de capturer cette ambiance, elle essaie de deviner où nous allons.» 

En quelque sorte, Years & Years est donc la rencontre de This Is Us, dans le sens où l’on suit le quotidien d’une famille a priori ordinaire de Manchester (les Lyons), et de Black Mirror – le côté moralisateur en moins, les excès dramatiques en plus. C’est d’ailleurs ce qui saisit à la vue de ces différents épisodes : la pertinence du propos, la façon dont toutes les idées exposées ici n’ont rien d’une projection fictionnelle. Elles paraissent hautement probables, et c’est possiblement ce qui rend le destin des Lyons si attachant : parce qu'on comprend comment la science et le progrès pourraient remodeler nos géographies intimes, parce qu'on se rend compte que le destin de cette famille est comme celui de millions d’autres in real life (soumis aux décisions gouvernementales), parce que Years & Years ne fait finalement rien d’autre que tendre un miroir aux angoisses actuelles selon un rythme effréné et une mise en scène intense. Ce sont les Anglais – avec, au choix, le Brexit, la crise migratoire et les dégâts de la politique menée par Theresa May - qui doivent être rassurés…

La série qu’on aimerait spoiler : Undone
La vidéo dure à peine cinquante secondes, c'est-à-dire cinq fois moins que la durée moyenne d'un rapport sexuel, mais elle suffit à remettre en cause tous nos fantasmes. Et ce n'est pas simplement parce que la série est réalisée via la technique de la rotoscopie : soit des images en prise de vues réelles détourées puis retranscrites en formes animées, comme dans A Scanner Darkly, par exemple. Si on est tout chose à la vue de ce trailer, c'est aussi parce qu'on apprend qu'Undone est écrit par Raphael Bob-Waksberg et Kate Purdy (créateurs de Bojack Horseman) et que Bob Odenkirk (Better Call Sall, Breaking Bad) et Rosa Salazar (Alita : Battle Angel) sont au casting.

Quant à l'histoire, on sait que le récit sera découpé en épisodes de 30 minutes (une exigence d'Amazon Prime Video, apparemment), et qu'il se focalisera sur une jeune femme (Rosa Salazar, donc) dont la vision du temps est altérée suite à un accident de voiture. Ce qui devrait notamment lui permettre de comprendre la mort de son père. Tout un programme, donc.

Le teaser inattendu : Avez-vous déjà vu ?
Certains lui reprocheront peut-être de recycler des formules vieilles d'une dizaine d'années (cf. le retour du Burger Quiz l'année dernière), mais on peut aussi simplement se réjouir qu'Alain Chabat offre des suites à des projets autrefois adorés. Alors, oui, on a profondément envie de croire en la qualité de la nouvelle saison d’Avez-vous déjà vu ?, annoncée presque timidement sur le Twitter des Nuls.

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OSEF : la cinquième saison de Black Mirror
Ça nous fait mal de le dire, tant on a aimé la série de Charlie Brooker, son côté visionnaire et ses scénarios intenses, mais force est de l’admettre : Black Mirror est devenue aussi chiante que la lecture de l’annuaire de Basse-Normandie, et bien plus moralisatrice qu’un mauvais titre de Tryo.

L’interview du mois
On refait l'Histoire, épisode 1986. Et cette fois, c'est Oleksiy Breus, ancien ingénieur en mécanique à la centrale de Tchernobyl, qui élève la voix suite à la diffusion de la série sur HBO. En cause : le rôle qu’elle attribue au directeur de la centrale, Viktor Bryukhanov, à l’ingénieur en chef Nikolai Fomin et à son adjoint Anatoly Dyatlov : «Leurs personnages ont été dénaturés et déformés, comme s’ils étaient les méchants de l’histoire. Ils n’étaient pas comme ça. Il est possible qu’Anatoly Dyatlov soit devenu le principal antihéros dans la série parce que c’est comme ça qu’il était perçu par les ouvriers de la centrale, ses subordonnés et la direction au début. Mais cette perception a changé par la suite, a-t-il expliqué à la BBC. Avant de pointer du doigts le regard occidental porté par la série sur la catastrophe : On y voit beaucoup de stéréotypes, un biais typique sur l’Union Soviétique vue par l’Occident. De grandes tasses, de la vodka et du KGB à toutes les sauces…». Paraîtrait même que les Russes envisagent de tourner leur propre version de la série. C’est dire le merdier qu’a pu créer Chernobyl au royaume de Poutine.

La couverture qu’on est fier de ne pas avoir en France
Oui, parce qu’autant on voue un culte à Buffy contre les vampires, autant on n’a jamais pu encadrer Angel et ses rebondissements tout juste bons à émoustiller votre cousin et votre cousine un peu trop coincés. C’est dire si la réunion des principaux acteurs de la série, vingt ans après la diffusion du premier épisode, nous procure autant d’émotion que la discographie d’Afida Turner.

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Les guest-stars ultimes
Soyons un peu chauvins, et réjouissons-nous de l'ambition toujours plus forte des producteurs du Bureau des Légendes. En plus de Mathieu Kassovitz (qui passera derrière la caméra, également), Mathieu Amalric et Sara Giraudeau, Canal+ a en effet annoncé l'arrivée de Louis Garrel. Une première incursion dans l'univers sériel pour le chouchou de Christophe Honoré, mais aussi pour Jacques Audiard, engagé à la réalisation des deux derniers épisodes de cette cinquième saison. Diffusion prévue en 2020.

La punchline du mois
Euphoria est produite par Drake, mais ce n'est pas vraiment ce qui fait sa force. Là où cette teen-série passionne, c'est dans ses dialogues. À l'image de cette réplique balancée par Jules, une jeune fille trans qui, suite à une réflexion de son père lui reprochant d'être constamment focalisée sur son smartphone, lui répond, l'air moqueur : «Je ne crois pas avoir encore de l’attention disponible pour la vraie vie». Voilà où on en est.

 

Sandra Bullock : Working girl
Parce qu'on l'a connue au début des années 1990 dans des grosses productions comme Speed ou Demolition Man, on oublie souvent que Sandra Bullock, avant d'être une star d'Hollywood et l'un des visages de la comédie romantique made in US, a débuté sa carrière dans des séries. C'était à la fin des années 1980, d'abord dans un épisode de Starting From Scratch, puis dans le rôle principal de Working Girl, une série en douze épisodes qui ne semble pas lui avoir laissé un excellent souvenir : «C'était misérable, j'étais nulle, et on me reprochait le fait que la série ne soit pas assez drôle, racontait-elle à Scotsman. Mais le problème était qu'il y avait trop de gens impliqués. Je me souviens avoir pensé : donnez-moi simplement des choses amusantes à faire, là ce n'est pas drôle. Ils ne savaient pas quoi faire avec moi, et je ne savais pas comment retourner le problème».

En clair, Sandra Bullock n'a jamais eu un semblant de carrière au petit écran, et ce n'est pas ses apparitions dans l'anecdotique Une famille du tonnerre (2002) qui pourrait changer la donne. Alors, pourquoi parler de l'Américaine ici ? Tout simplement parce qu'elle est la productrice d'une série à venir sur Amazon et inspirée par ses années à l'université. A priori, on s'en fout un peu, mais on se dit malgré tout que le point de vue d'une adolescente, passionnée de musique et de danse mais bloquée dans les années 1980 au fin fond du sud des États-Unis, peut valoir le coup. D’autant que la showrunneuse Marja Lewis-Ryan (The L World) a été engagée comme consultante sur le projet. Bon, il y a aussi John Legend à la production, mais comme on le connaît surtout pour ses talents de soul singer, on ne peut pas vraiment s'enthousiasmer de le voir se lancer dans un tel projet.

L’interview du mois 2.0
À Allociné, le showrunner de Dark, Baran Bo Odar, évoque Lost. Et ça fait plaisir de voir qu’on n’était pas les seuls à écumer les tréfonds du web pour tenter de comprendre la série de Damon Lindelof et Carlton Cuse : «On a adoré la série, même si elle nous a perdus passé la 3ème saison. C'était un show brillant, le marketing autour aussi. Les nombres que l'on pouvait taper sur internet, qui nous envoyaient vers des faux sites... Tout ça était fascinant, et avec ma femme, on en était fous. On passait nos nuits à lire des théories sur internet. On avait envie de quelque chose de comparable, un mystère, des surprises, des fausses pistes, des révélations... Certaines réponses ont été décevantes malheureusement. On pouvait voir qu'ils avaient construit tout ça au fur et à mesure. Et je fais partie de ceux qui n'ont pas aimé la fin. Je ne pouvais pas croire que c'était aussi simple».

L’autre punchline du mois
«J’vais lui niquer sa mère à Enrico Macias. J’vais lui prendre sa putain de mandoline de fils de pute, gars, et j’vais jouer des accords dans son putain de fion». Comme prévu, Family Business, avec Jonathan Cohen et Gérard Darmon, tient toute ses promesses en matière d’absurde, de drôlerie et de répliques à faire passer Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? pour de l’humour de beauf. C’est déjà le cas ? Bon.

L’instant blooper
Il y a 20 ans, Freaks and Geeks débarquait sur les écrans et imposait les nerds comme le symbole absolu de la coolitude — dans la foulée, Pharrell a même nommé l'un de ses groupes ainsi, c’est pour dire… Aujourd’hui, on tombe par chance sur une vidéo de 80 minutes compilant toutes les scènes coupées de la série de Judd Apatow. Et ça suffit à notre bonheur.

La photo qui rend nostalgique
Et oui, c’est l’été, et on n’a toujours pas trouvé meilleur rituel que de mater pour la énième fois les quatre saisons (allez, au moins les deux premières) de Newport Beach. Il faut parfois savoir apprécier les choses simples.nostalgie