Pablo Alfaya
Le fantasme d'un nouveau départ, l'envie de s'isoler pour mieux se reconstruire, on connaît - paraitrait même que Nekfeu ait fait un film trop long sur le sujet pour annoncer son dernier album. Reste que ce n'est pas parce que le sujet est rebattu qu'il n'est plus passionnant. À l'écoute d'Ocean, le dernier single de Pablo Alfaya, passé par différents groupes de rock avant de se lancer en solo, on aurait même envie d’y croire, de claquer notre PEL pour aller parcourir les côtes américaines en compagnie de cet hymne à la joie. Oui, parce qu’à ce niveau-là, on ne parle même plus de pop-song.

À quoi ça ressemble ? : Vietnam, le label sur lequel est signé, situe Pablo Alfaya « entre les harmonies des Beach Boys, le lyrisme grandiose des premiers albums de Weezer et une pop 70's teintée d'electro ». Et c’est là qu’on se rend compte qu’il y a des moments où l’on n’a rien de mieux à ajouter.

Potentiel de séduction : « I need you to restart it all again », chante le Franco-Argentin sur Ocean. Qu’il ne s’inquiète pas, on sera là pour lui.

Miyachi
La scène asiatique a tellement la côte ces derniers mois que La Magnifique Society lui avait dédié une scène lors de sa dernière édition en juin. Parmi les artistes programmés, il y avait notamment Miyachi, un rappeur pourtant né et élevé à Manhattan... Ça ne l'empêche pas d'interpréter majoritairement ses morceaux en japonais, et même de mélanger avec culot ses deux cultures. On parle quand même d'un mec qui a remixé le tube Bad And Boujee de Migos ou samplé le fameux 169 Aaah!, depuis repris par Timbaland, Alpha Wann et bien sûr Nelly et Kelly Rowland sur Dilemma.

À quoi ça ressemble ? : À tous ces artistes qui, dans les années 1990, s’avançaient dans le rap jeu avec l’idée de défendre Big Apple, NY State Of Mind, comme ils disaient. Sauf que Miyachi le fait d’un autre point de vue, et avec une volonté de ne jamais sonner passéiste. Sympa, le gars.

Potentiel de séduction : En plein revival 90’s, peut-on décemment se passer d’un mec qui a visiblement trop écouté Mobb Deep et le Wu-Tang dans ses AirPods ? La réponse, vous l’avez forcément.

Galya Bisengalieva
Galya Bisengalieva vit dans un paradoxe. Celui d'être inconnu du grand public alors que ses accords de violons ne cessent de squatter les albums des grands de ce monde ces dernières années. Il y a d'abord eu les BO de Phantom Thread et You Were Never Really Here aux côtés de Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead, puis les collaborations sur A Moon Shaped Pool de Radiohead (forcément !), Blonde de Frank Ocean ou Lageos d'Actress. Bref, on n’est clairement pas sur du André Rieu – oui, c’est triste ou non, mais c’est le premier violoniste célèbre à qui on pense.

À quoi ça ne ressemble pas ? : À André Rieu, du coup. Il faut suivre, un peu... Ou alors, quitte à rêvasser, autant aller écouter les deux EP’s ((EP One et EP Two) de Galya Bisengalieva.

Potentiel de séduction : On imagine autant son grandiose Tulpar en générique final d’une superproduction hollywoodienne qu’en conclusion d’un documentaire sur la fonte des glaces diffusé sur TF1. Forcément, c’est un compliment, et tant pis si ça fait perdre un peu de taf aux omniprésents Max Richter et Hans Zimmer.

Galya Bisengalieva peut être fière, mais pas de quoi se la raconter non plus : elle est loin d’être la seule à travailler avec Frank Ocean. Vegyn figure lui aussi parmi la liste des principaux collaborateurs du chanteur américain, au point d’avoir bossé sur Endless et Blonde, mais aussi d’avoir co-animé son émission sur Apple Music. Parce qu'il sait ce qu'une telle collaboration vaut sur un CV, et parce qu'il déborde visiblement d'idées, le producteur anglais en a profité début juin pour balancer une nouvelle mixtape... de 71 titres. Autant dire que c'est un sacré bordel.

À quoi ça ressemble ? : On aurait presque envie de dire à la réunion dans un studio intergalactique de Flying Lotus, d’Aphex Twin et d’une bande d’ovnis du son (l’idée nous semble séduisante), mais les titres réunis sur Text While Driving If You Want To Meet God ne sont même pas des morceaux à proprement parler. Ils durent à peine une minute (deux, tout au plus), et tiennent plus du bidouillage qu'autre chose. En revanche, c'est passionnant d'inventivité et d'immersion.

Potentiel de séduction : Vu comment s’est parti, Vegyn sera probablement sur le prochain album-évènement (pour parler comme au JT de M6 !) de Frank Ocean. Alors, autant prendre le temps de vous familiariser avec son œuvre auparavant. Ça vous permettra de vous la péter autour d’un bon jus de goyave le moment venu.

SHYGIRL
Depuis le Sud de Londres, voilà trois-quatre ans que Blane Muise, aka SHYGIRL, fomente sa révolution. En partie aux côtés du collectif NUXXE, formé auprès de Coucou Chloé, Sega Bodega et Oklou. En partie en solitaire, depuis la sortie l'année dernière de son premier EP, Cruel Practice qui rend autant hommage à Super Mario qu'à la scène de la douche dans Psychose. En clair, l'Anglaise est là pour terrifier et foutre le chaos. « I got you right where I want you/Leave you where I got you/No one to help you », clame-t-elle d'ailleurs sur Asher Wolfe.

À quoi ça ne ressemble pas ? : On ne résumera pas véritablement la musique de SHYGIRL, sorte de croisement intense entre le grime, le R&B et les musiques électroniques, dans le sens où l’Anglaise résume déjà des décennies de musiques.

Potentiel de séduction : Sur son dernier single, UCKERS, SHYGIRL réduit le hip-hop à son esclave personnel et sexuel, entièrement au service et sévices de sa voix de maîtresse. Quant à nous, on accepte presque volontiers d’être sa bitch, hypnotisée et soumise par ces rythmes promis à la gloire.

Automatic
Automatic, c'est un trio de post-punk féminin originaire de Los Angeles signé chez Stones Throw. Alors, Lola Dompe (batterie / chant), Izzy Glaudini (synthé / chant), et Halle Saxon Gaines (basse / chant) déballent tout l'archétype : les concerts explosifs, les liens avec la scène DIY de la cité des anges et les textes qui « expriment la sensation d'être à la dérive dans un grand espace et l'envie de tout arracher et de tout recommencer. »

 À quoi ça ressemble ? : Aux productions de Burger Records, l’excellent label de punk-rock made in L.A sur lequel ont longtemps été signés les gars de Froth. Avec qui Automatic a déjà joué. Comme quoi, le monde est petit.

 Potentiel de séduction : Le post-punk n'est pas vraiment le genre de la maison Stones Throw. On se dit alors que si l'écurie de Madlib, Aloe Blacc ou feu J Dilla croit en ces trois jeunes femmes révoltées, on n'a pas vraiment le droit de faire la fine bouche.

Jardin
Producteur, DJ, chanteur, Jardin est visiblement aussi de ces artistes qui se baladent un petit livre rouge à la main. Son dernier EP, One World One Shit, est inspiré par Chris Korda, un activiste punk antinataliste, transgenre et vegan ayant œuvré au cœur de l'Amérique des années 1990. Et ça n’a rien d’un maniérisme : les quatre titres réunis ici s'entendent comme des coups de poing adressés à notre époque consumériste, pas prête de se remettre de ce Débordement sonore.

 À quoi ça ne ressemble pas ? : À tous ces groupes qui portent des fleurs bleues dans les cheveux en rêvant de lendemains qui chantent. Ici, tout est anxiogène, presque punk dans l'attitude. On tient pour preuve ce mantra, balancé avec la conviction de ceux qui en ont gros sur la patate : « On porte l’histoire, on brûle, on chante les soirs on arrache la lune jusque dans les étoiles ».

 Potentiel de séduction : Ce ne sont pas de simples histoires de garçons et de filles que raconte Jardin, c'est un cri, primal, révolté et nihiliste. Qui mérite d'être entendu.

Crumb
Crumb, c’est le Brooklyn comme on l’aime. Un peu hipster, certes, mais avant tout défendu par des groupes merveilleusement pop, car sans prétention ni ambition. Jinx, le premier album de ce quatuor new-yorkais, ce n'est donc rien d'autre qu'une psyché-pop évasive, portée part tout un tas d'idées, de synthés et de notes parfois jazzy, mais qui donne l'impression d'avoir été enregistré avec naturel, sans aucune autre intention que d’être entre potes, à chiller dans les rues de Brooklyn un chaï latte dans la main, une guitare dans l’autre.

 À quoi ça ressemble ? : Les New-Yorkais ont visiblement beaucoup écouté Tame Impala, King Krule et Stereolab, et c'est tant mieux : ça donne naissance à une fusion romantique de ces trois groupes sur des pop-songs hallucinées qui ont ce pouvoir rare de hanter dès les premières écoutes.

 Potentiel de séduction : Dans le clip de Nina, Crumb a invité David Patrick Kelly (Jerry Horne dans Twin Peaks) à venir passer un bout de tête. Insignifiant pour certains, raison supplémentaire de faire autre chose de ces New-Yorkais qu’un simple groupe chouchouté par Pitchfork pour d’autres.

B77
Quand on apprend que ce duo, originaire de Fribourg, en Suisse romande, s’est rencontré en jouant au foot, on a d’abord été surpris – c’est qu’on n’est pas vraiment habitué à voir des footeux dévoiler autant d’émotions et de sensibilités (ça va, on plaisante hein !). Quand on apprend, ensuite, que Léopold Schwaller et Luca Carbone ont d’abord fait du rap avant de créer B77 (en référence à un vieux modèle de magnétophone à bandes), on se dit alors que les deux compères sont des girouettes, incapables de savoir ce qu’ils veulent, si ce n’est l’argent. À l’écoute de leurs morceaux, on est au contraire frappé par la précision et la beauté de leurs mélodies. Et ça, ça efface tous les mauvais clichés que l’on pouvait naïvement avoir.

 À quoi ça ressemble ? : Comme Muddy Monk, Léopold et Luca viennent de Suisse et, comme Muddy Monk, les deux compères sont signés chez Half Awake (également maison-mère de Papooz et Anna Leone). Les comparaisons s'arrêtent là ? Pas vraiment à l'écoute de leur dernier EP, Fleur, visiblement composés par deux amoureux de la ride, de ces mélodies fédératrices et enivrantes, qui donnent envie de prendre la route cheveux au vent.

 Potentiel de séduction : Le dernier morceau de leur EP s’appelle Song For The Kingdom. Ça pose l’ambition du duo, définitivement pas là pour animer les foires d’été organisées dans les plus beaux villages de France.

Mathilde Fernandez
Pour les amateurs de pop française, et particulièrement de ceux qui aiment jeter un œil aux crédits, Mathilde Fernandez n'est pas n'importe qui : depuis quelques années, on la retrouve en effet aux côtés de Perez (Walhalla), Christophe, La Femme ou encore Casual Gabberz. Aujourd'hui, après deux EP's (Live à Las Vegas et Hyperstition), elle revient en mode conquérante, en tant que Chanteuse de guerre prête à « lécher les larmes de l'univers ».  Et pour couronner le tout, le titre a été produit en collaboration avec Sébastien Chenut (Scratch Massive), ce qui n'est pas rien.

À quoi ça ressemble ? : À une Mylène Farmer plus baroque que jamais, qui aurait rencontré Martin Hannett (le producteur de Joy Division) et l’aurait invité à lui produire des morceaux inspirés par Klaus Nomi et Nina Hagen.

Potentiel de séduction : Probablement trop arty pour toucher les fans de Thérapie Taxi, mais c’est tant mieux. Ce que vise Mathilde Fernandez, c’est le chaos, une radicalité que l’on ne peut atteindre en interprétant une minute et trente secondes de ses chansons sur le plateau de Yann Barthes.

(Crédits photo : Kontra Music)